Pisciculture à Aïn Témouchent : l’alevinage et les techniques de reproduction suscitent l’engouement

Après avoir prospecté les sites potentiels (petits barrages et retenues collinaires) devant convenir pour l’ensemencement d’alevins d’eau douce, les services de l’aquaculture relevant de la direction de la pêche et des ressources halieutiques ont, en étroite collaboration avec ceux des ressources en eaux et de l’agriculture, lancé la première opération d’envergure d’alevinage, avant-hier. Disposant d’une importante quantité d’eau, les petits barrages de Mkhaissia (Sidi Ben-Adda) et de Oued Bendjelloul (Oulhaça) ont été les premières cibles préférentielles de la commission mixte qui regroupe les représentants des trois secteurs susmentionnés.
Aussi il est à préciser que les services agricoles avaient retenu 40 bassins d’irrigation pour des fellahs qui se sont inscrits dans la nouvelle dynamique prônée par les ministères regroupant les départements sus-indiqués. Il s’agit de pisciculteurs issus des communes de Chaabet El Lehem, Ain El Kihel, Hammam Bou Hadjar, Ain Tolba, S’biat (M’Said)… En somme il s’agit de près de 150000 alevins de loup de mer à ensemencer, ces jours-ci. Ce parc d’alevins provient de Sétif, apprend-on. Cependant, il est bon à rappeler que les techniques de reproduction et d’alevinage obéissent à trois critères essentiels : la disponibilité de l’eau et sa qualité, la nature et la topographie du terrain, les facteurs socio-économiques de la région. En ce qui concerne l’eau il est nécessaire de disposer toute l’année d’une quantité suffisante pour remplir les étangs et compenser les pertes d’eau par suintement, infiltration et évaporation. Avec la canicule qui sévit ces derniers temps, les météorologues estiment que l’évaporation peut atteindre 2,5 à 3cm par jour, ce qui nécessite un apport de 3l/s à l’hectare pour la seule compensation de l’évaporation. Aussi selon les spécialistes, la quantité d’eau minimale requise pour un établissement piscicole est aussi en fonction de l’intensification de l’élevage. En élevage intensif il faut se baser sur les exigences respiratoires du poisson. En sus ceci nous amène au problème de la qualité de l’eau qui ne doit pas être polluée. Dans l’ensemble, la qualité de l’eau d’alimentation de la pisciculture doit répondre aux normes physico-chimiques requises. Les principaux paramètres sont température, PH, oxygène, salinité, turbidité, alcalinité, concentration des nitrates et nitrites. Qu’en est-il en réalité, au niveau de l’expérience de la wilaya d’Ain Témouchent ? Cette question d’importance nécessite une réflexion de la part des promoteurs du projet. Et en premier, il y a lieu de former les porteurs de projets de pisciculture afin qu’ils puissent prendre les mesures qui s’imposent avant de procéder à l’ensemencement des alevins. Les premières informations qu’on a pu collecter indiquent qu’on est assez loin de cette technique et que les porteurs de projets se sont adhérés au programme sans qu’ils aient cette connaissance a priori.
Quant à la topographie originelle du terrain, disent les spécialistes qu’on a consultés, elle doit présenter une certaine pente (2-3%) pour équilibrer les déblais et remblais et permettre le remplissage et la mise à sec des étangs selon les besoins du pisciculteur. L’alimentation en eau et la vidange de l’étang par simple gravité est indispensable. Le remplissage de l’étang par pompage est fortement déconseillé et ne peut être envisagé que pour de petites superficies et de façon ponctuelle, car il augmente les coûts de production et rend le pisciculteur dépendant d’un matériel sophistiqué et onéreux. La nature du terrain sera de préférence argileuse pour limiter les infiltrations d’eau. À la limite, on construira des digues avec des noyaux d’argile selon les techniques classiques. En aucun cas, on ne construira des étangs dans des zones très caillouteuses et/ou très sablonneuses. En fin s’agissant des facteurs socioéconomiques, ils sont importants à considérer lors du choix de la zone d’implantation d’une pisciculture. Il est bon de savoir l’existence d’un marché pour écouler les produits piscicoles des fellahs. Bien que ces considérations semblent évidentes, il est surprenant de voir à quel point les facteurs économiques ont souvent été et sont toujours peu ou non considérés lors de l’installation d’une ferme piscicole. À Aïn Témouchent on est à quelque exception près, dans ce contexte. Néanmoins ce qui est avantageux est de voir le nombre de fellahs augmenter.
C’est à ce nouveau contingent de porteurs de projets qu’il faut inculquer les bonnes manières. Et rien ne sert de courir il faut partir à point. Il est bon d’apprendre qu’une commission de suivi devait être mise en place pour suivre le déroulement de cette opération d’envergure estimée à plusieurs millions de dinars. L’argent du contribuable doit être utilisé à bon escient indubitablement.
Boualem Belhadri

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.Les champs obligatoires sont marqués par *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>