Olivier Le Cour Grandmaison

Olivier Le Cour Grandmaison à Macron : «Reconnaissez publiquement les crimes de guerre»

Le politologue Olivier Le Cour Grandmaison a estimé, hier, à l’occasion de la visite du président français, Emmanuel Macron, à Alger, que la seule façon de «rendre hommage aux centaines de milliers d’hommes et de femmes, tués, massacrés, exécutés sommairement, torturés ou ayant fait l’objet de disparition forcée» est de «déclarer publiquement à partir d’Alger que des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre ont été commis par la France», a-t-il écrit au chef d’État français. L’universitaire spécialiste des questions de citoyenneté a précisé que cette déclaration portant «reconnaissance des crimes coloniaux» doit prendre en considération «la prise d’Alger en 1830 et la «pacification» de ce territoire par les colonnes infernales du général Bugeaud», a-t-il indiqué. Spécialiste des questions de citoyenneté sous la Révolution française et des questions qui ont trait à l’histoire coloniale, le politologue et auteur du livre publié, en 2005, sur la guerre et l’Etat colonial qu’Olivier Le Cour Grandmaison a titré «Coloniser, exterminer», pense que le moment est venu pour qu’Emmanuel Macron, le huitième président de la Ve République française, franchisse le pas et dépasser le stade des déclarations «pour être fidèle au candidat» qui, février dernier, rappelle-t-il, avait déclaré que «la colonisation était un crime contre l’humanité». Pour le professeur de sciences politiques à l’Université Paris-Saclay-Evry-Val-d’Essonne, «cinquante-cinq ans après la fin de la guerre d’Algérie, il est impératif souligne-t-il «de le faire en déclarant publiquement, dans la capitale de ce pays (Algérie : ndlr) comme à Paris» que des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, poursuit-il «ont été commis par la France» tout au long de sa présence coloniale en Algérie. Le politologue n’a pas manqué, à cette occasion, de s’adresser aussi à ceux, qui en France «sont contre cette reconnaissance» des crimes de l’état colonial français, en leur soulignant que la «glorieuse» France républicaine se signale par «son conservatisme, sa pusillanimité et son mépris», précise-t-il «pour celles et ceux qu’elle a exploités, opprimés et massacrés au cours de son histoire coloniale» et aussi, «pour les héritiers français ou étrangers», a-t-il ajouté. Une situation qui «n’a que trop duré» pour Olivier Le Cour de Grandmaison qui a et continue de permettre à certains français et lobbies descendant de l’histoire de la colonisation de brandir le carton rouge à ceux et celles qui, en Franc, tiennent des propos critiques contre le passé coloniale de la France. Comme ce fut le cas, lors des réactions aux propos de Macron-candidat à la présidentielle française, déclarant à partir d’Alger, que la colonisation française a commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. L’histoire de la «patrie des droits de l’homme», c’est aussi la sombre période de meurtres et de négation de la dignité humaine, faut-il le souligner et les peuples d’Afrique, comme le rappelle si bien, Olivier Le Cour Grandmaison, en février dernier «ont vécu une terrible violence du fait colonial» avec, cite-t-il, des morts, des expropriations, des privations de liberté et surtout une négation profonde de la dignité humaine, précisant «par la domination politique, économique et culturelle, et les chiffres de cette période sont éloquents d’horreur.» Et de rappeler pertinemment que les raisons principales à l’origine du déclenchement de la machine coloniale, à savoir, dira-t-il «procéder plus facilement au pillage systématique des ressources du continent africain, les colons ont soumis des populations civiles aux travaux forcés avec à la clé des millions de victimes.» Et des morts, il y en a eu aussi, à chaque fois, a-t-il tenu à préciser «que les populations ont tenté de se libérer du joug colonial», a-t-il déclaré, févier dernier. Pour l’historienne Sylvie Thénault, jugeant «indécent» de mettre sur une même balance, d’un côté les massacres, exécutions sommaires et tortures et de l’autre, des routes jugées comme «un bilan positif d’un asservissement abominable des peuples d’Afrique», a-elle précisé, en pointant du doigt ceux qui persistent, en France, à parler des «bienfaits de la colonisation». Et comme le soulignait Aimé Césaire : «La colonisation est la négation de la civilisation», en cela, elle est un crime, une barbarie intolérable et pour le chercheur au Laboratoire communication et politique du Cnrs, l’historien Pascal Blanchard, il n’y a point de doute «des pages de l’histoire de la colonisation sont de l’ordre du crime de l’humanité», avait-t-il affirmé, dans une de ses déclarations sur le sujet. Et une large opinion en France soutient que quand les politiques s’emparent des questions de l’Histoire «ça finit toujours mal» et l’exemple le plus édifiant comme le soulignent des chercheurs en histoire, des historiens et politologues, ce fut le cas «de la loi de février 2005, demandant d’enseigner positivement la colonisation».
Karima Bennour