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Nouvelle mission parlemantaire et prochain gouvernement : Les défis de la 8e législature

Qualifiées de «tournant décisif», «rendez-vous avec le destin» ou encore de «nouvelle étape dans l’Histoire du pays», tous les ingrédients semblent réunis pour faire des élections législatives de demain une amorce pour une nouvelle ère démocratique dans le pays.

Le message adressé à la Nation, au lendemain de la fin de la campagne électorale, par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, ne fait pas l’ombre d’un doute; il exprime clairement la volonté du pays d’aller de l’avant dans le choix démocratique et l’ancrage des pratiques démocratiques dans la société et augure, également, des changements en la matière qui auront lieu après ce jeudi, jour du scrutin. En soulignant que les prochaines législatives revêtent «une dimension particulière», Bouteflika a appelé, dans les termes les plus clairs, les citoyens à «exercer» leur «choix» et collaborer dans «la progression de la démocratie». Un choix qui sera «respecté, libre et en concordance avec les convictions politiques» de chacun, assure le chef de l’État. En effet, la révision constitutionnelle, opérée l’année dernière, a apporté des modifications et des changements au Code électoral, notamment dans son volet portant formation du gouvernement. Désormais, le président de la République procède à la nomination du Premier ministre, la majorité parlementaire consultée. L’opposition parlementaire, en outre, s’est vue offerte, elle aussi, un rôle plus consistant à l’APN et des mécanismes de contrôle de l’action gouvernementale. Les responsables de partis politiques n’ont pas voulu laisser passer ce «train de changement démocratique» sans y être impliqués, et cela en essayant de peser de tout leur poids dans la campagne électorale. D’autres ont commencé à réfléchir, d’ores et déjà, à se constituer en conglomérats ou encore en «famille» politiques à travers des alliances, comme c’est le cas des islamistes qui ne cachent pas leurs aspirations de devenir une force importante au pays. Et la campagne électorale, menée par les diverses formations politiques, en constitue un véritable baromètre sur la nature des défis qui attendent les futurs locataires de l’Hémicycle de Zighout-Youcef. De ce fait les divergences entre les candidats pour la députation se manifestent clairement sur des dossiers, tels le nouveau Code du travail, la loi sur la santé, la réforme du régime de retraites, l’endettement du pays auprès du FMI… Des sujets qui sont dans le vif du débat, du fait de la conjoncture financière difficile que traverse le pays.
Les déclarations les plus en vue, en ce sens, sont celles du secrétaire général du Mouvement populaire algérien (MPA), qui n’hésite pas à défendre l’option d’une économie libérale et de marché, opposant son refus à toute intervention de l’État dans les affaires.
Discret et peu bavard, il évoque, pour justifier ses choix qui tranchent souvent avec le vocabulaire socialiste longtemps adopté par les gouvernements successifs, «des choix économiques très difficiles à supporter, mais nécessaires pour la solvabilité du pays», prédisant ainsi que «l’ère de la domination de l’entreprise étatique est révolue». Le leader de la formation politique ayant vu le jour en 2012 considère, ainsi, l’adhésion du pays au FMI comme une nécessité et non pas un choix.
Face à la vision libérale de Benyounès, d’autres formations du camp adverse s’alarment et s’opposent à cette position, à l’instar de la patronne du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune. Pour cette formation de l’aile socialiste, l’option d’une économie libérale signifie un renoncement aux acquis sociaux de l’État algérien, et synonyme de légitimation de l’exploitation et de l’appauvrissement des travailleurs et des couches vulnérables de la société. Le PT a mené une farouche opposition contre les lois sur le travail et la santé au cours de sa mandature à l’APN, accusant une «minorité de nouveaux riches» d’être derrière l’élaboration de ces textes. Hanoune qui coiffe la liste de son parti dans la Capitale entend poursuivre son combat contre de tels projets de loi, comme la réforme du système des retraites ou encore son appel pour le retour au monopole de l’État sur le commerce extérieur. Parmi d’autres points de divergence sur les orientations de l’économie, le choix pour l’exploitation du gaz de schiste dans le pays que défend le secrétaire général du RND, Ahmed Ouyahia, mais qui rencontre des inquiétudes émanant même de la part de ses alliés politiques. Les futurs députés ne seront plus appelés uniquement à voter pour des projets, mais aussi de tracer les mécanismes d’application et de financement de ces mêmes projets dans un contexte marqué par un infléchissement des cours du pétrole et la dégradation du pouvoir d’achat des citoyens. Une mission qui ne serait pas de tout repos pour les futurs députés qui vont se retrouver au pied du mur devant la grogne sociale.
Mais face à la tribune d’expression libre et riche en débats tant promis dans la future législature, ne risque-t-on pas de se retrouver confrontés à une impasse politique? Et les luttes transpartisanes ne menaceraient-elles pas d’entraver l’action du nouveau gouvernement faute d’un consensus, même avec une majorité confortable?
Tel semble la préoccupation de premier ordre des partis du pouvoir, comme a tenu à le formuler, durant la campagne électorale, le SG du Front de libération nationale (FLN), Djamel Ould-Abbès, en misant sur «une victoire avec une majorité absolue» au scrutin législatif de demain. Une majorité, certes, qui constituerait pour le futur gouvernement «une soupape de sécurité» pour éviter au gouvernement de subir la pression au sein du Parlement. En attendant que les choses se clarifient davantage ce week-end, une chose semble néanmoins se confirmer: devant les multiples prérogatives et nouvelles orientations, dont s’est dotée désormais la chambre basse du Parlement, elle aura tout au moins le mérite de s’affranchir de l’idée reçue, selon laquelle elle représente une simple chambre d’enregistrement.
Hamid Mecheri