apn

Nomadisme politique : Ces députés qui trouvent le moyen de contourner la loi

Même si le nomadisme politique est interdit pour les élus des deux chambres du parlement (APN et Conseil de la nation), à la faveur de la promulgation de la loi électorale suivant la révision constitutionnelle de 2016, les pratiques consistant à changer d’appartenance politique à la veille de chaque rendezvous électoral n’ont pas cessé pour autant. Beaucoup de candidats aux législatives de 2017 ont retourné la veste et postulé au rendezvous chez d’autres formations politiques. En effet, le nouveau texte de loi stipule clairement que chaque député qui se présente sur une liste électorale d’un parti politique donné et qui changera de formation une fois élu perdrait son mandat parlementaire à l’Assemblée nationale populaire (APN) ou au Conseil de la nation. Avisé par la chambre parlementaire concernée, le Conseil constitutionnel annoncera le gel du mandat électoral du député en question coupable de nomadisme politique et procédera selon les mécanismes prévus en cours : soit le laisser sans appartenance partisane soit l’exclure. Le député du parti des travailleurs (PT), Djelloul Djoudi, a estimé lors de l’adoption de ce texte de loi que : «la prohibition de la transhumance est une garantie pour la promotion de la démocratie et le mandat électoral et aussi pour le respect de la volonté du peuple, vu que le citoyen a voté pour un programme politique et non pas pour la personne du candidat». Les députés de la formation de Louisa Hanoune, qui ont fait de cette question leur cheval de bataille, ont été les premiers à applaudir l’adoption de ce texte au parlement notamment après l’expérience qu’a vécue ce parti en 2008. À l’époque, nombreux députés du PT ont quitté le groupe parlementaire et ont remis au président de l’APN des documents attestant de leur changement de couleur politique au profit du FLN ou du RND, évoquant un motif politique pour justifier leur décision. Un véritable séisme pour ce parti qui a failli perdre son groupe parlementaire, ne lui restant que 11 députés. Les observateurs de la scène politique sont unanimes à considérer cette loi comme une avancée et un pas en avant vers la moralisation de la vie politique et l’instauration de plus d’éthique et de valeurs démocratiques face un pourrissement qui a touché tous les segments de la vie politique. Ce «cancer de la démocratie» est aussi objet d’inquiétudes de la classe politique en général et des autorités publiques devant l’ampleur prise par la transhumance politique, imputée souvent à l’immixtion des affaires dans la sphère politique. Peu importe l’orientation politique du parti s’il est pro-pouvoir ou dans l’opposition, de plus en plus de candidats s’intéressent uniquement au poste proposé ou au classement sur la liste de candidature proposé par le parti en question. La candidate Naima Farhi en incarne le parfait exemple sur le nomadisme politique. Cette avocate de formation et personnalité politique très controversée de Sétif a entamé la course vers la députation législative de 2007 après avoir remporté un siège sous la bannière de Mouvement El-Infitah. Elle a récidivé lors des législatives de 2012 en optant pour le parti de PLJ (parti de la liberté et de la justice) mais sans remporter un mandat à l’APN. Elle a retenté son coup pour ces législatives de 2017 en croyant miser sur le bon cheval ; cette fois : le FLN, mais la chance ne lui a pas souri, encore une fois. Autre exemple en date, le rejet de la candidature du député FLN sortant, Belmeddah Nouredine et la désignation d’un autre à sa place a créé un climat tendu au sein du FLN allant jusqu’à adresser une lettre de contestation au SG d, Djamel Ould Abbès. Belmeddah s’est ensuite orienté vers un autre parti et a abordé le scrutin sous l’étiquette de l’ANR (Alliance nationale républicaine), de Belkacem Sahli, avec laquelle il a remporté un siège, pour représenter la diaspora nationale établie dans la zone «Amérique-reste Europe». Le changement d’obédience partisane est justifié dans la plupart des cas par le désir des adeptes à arriver au plus vite au lieu de suivre l’hiérarchie et attendre longtemps, en brûlant ainsi les étapes. D’autre part, même des figures très connues dans la scène politique ont adopté le même procédé. à l’exemple de Amrane Ait Hamouda, ancien cadre du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie) non moins ex-député. En effet, le fils du colonnel Amirouche s’est présenté à la dernière législative sur une liste indépendante dénommée: « alternative citoyenne ». Même si le différent avec son ancien parti n’est un secret pour personne, Ait Hamouda a expliqué son choix par la « régression du personnel politique constaté notamment dans les listes proposées par les partis politiques pour les législatives». À Bouira, deux militants ont claqué la porte du MPA (Mouvement populaire algérien) pour se présenter sur des listes d’autres formations. Ainsi, Farida Si Nacer, militantes du MPA s’est présentée sur la liste du parti de Belkacem Sahli (ANR). Cette candidate a pu remporter un siège au parlement. La chance n’a pas souri à son ex-collègue du MPA, Ahmed Slimani, qui s’est présenté sur la liste RCD.

Hamid Mecheri