Charbet

Mostaganem : Boissons traditionnelles pour étancher la soif du jeûneur

Les familles de Mostaganem préparent, durant le mois de ramadhan, des boissons traditionnelles tonifiantes pour résister et étancher la soif durant les longues journées de jeûne. Les recettes de «M’hamdha», «El Khechaf» et «Cherbet» sont transmises de génération en génération et ces «spécialités» ont su résister au temps, prenant une place de choix au milieu de la population. «El Khechaf» est un jus très consommé durant le ramadhan à Mostaganem, notamment au moment du «shour», avant l’aube et le début du jeûne, en raison de sa valeur nutritive et les ingrédients qui le composent, explique à l’APS Hassiba Bendriss, journaliste spécialisée dans le patrimoine. Toutefois, ces dernières années, cette boisson a tendance à disparaitre des tables du ramadhan, relève la même spécialiste. Selon elle, cette boisson a des origines ottomanes. Sa préparation, transmise aux familles mostaganémoises autochtones, est similaire à celle pratiquée, à ce jour, en Turquie et en Egypte. Hadja Khouira, du mythique quartier de Tidjdit, explique que pour préparer cette boisson plusieurs ingrédients sont nécessaires : une quantité de dattes et raisins secs, un verre de sucre, trois cuillérées d’eau de fleur d’oranger et un peu de cannelle. «On fait bouillir le tout au feu doux durant une heure dans un verre et demi d’eau jusqu’à ce que le liquide soit homogène, le tout remis sur feu doux durant une heure pour que le jus soit homogène», explique-t-elle. Cette septuagénaire qui a appris cette recette de sa grand-mère, ajoute qu’on peut remplacer la datte et les raisins secs par des pommes pour donner à cette boisson un goût acidulé comme on peut ajouter du zest de citron et des arachides dont les amandes et les noisettes.

Cocktails tout simplement magiques
«Ce jus est servi aux membres de la famille au moment du S’hour, accompagné d’un plat de couscous ou Mesfouf. Il est très recommandé pour résister à la soif comme il aide à supporter la sensation de la faim grâce aux quantités de sucre contenues dans la datte et les raisins secs», précise-t-elle. Dans les villages et les hameaux des «M’djaher», au sud de la wilaya, on prépare également une autre boisson traditionnelle, la «M’hamdha» aux valeurs nutritives et fortifiantes que l’on consomme au moment de la rupture du jeûne, souligne Hassiba Bendris. «M’hamdha» est préparée plusieurs mois avant le début du ramadhan, selon Hadja Fatima, une vieille dame habituée à concocter cette potion très apaisante pour l’estomac et le colon et aide également le jeûneur à résister à la soif. Hadja Fatima précise que les femmes et les grand-mères cueillent des plantes aromatiques qu’elles font sécher au soleil avant de les broyer et les mélanger avec diverses épices comme le gingembre, le carvi, le cumin et autres feuilles. A la veille du mois sacré, on sort cette mixture à laquelle on ajoute une cuillérée de la «Rouina», de l’eau et une moitié de cuillerée de levure pour le laisser lever une nuit entière. Le lendemain, le mélange est ajouté aux plantes aromatisées et aux épices. La mixture est servie dans des ustensiles en argile ce qui lui confère un goût particulier. Selon Hadja Fatima, cette boisson est efficace contre les problèmes gastriques, les ballonnements d’estomac, très fréquents durant le ramadhan et les maux du colon. Elle aide également à résister à la soif.

Cherbet… pur jus de citron
Contrairement au «Khechaf» et «M’hamdha», le jus de citron couramment appelé «Cherbet» préserve toujours sa place sur la table des mostaganémois en dépit de la disponibilité sur les étalages d’une grande variété de boissons gazeuses et de jus aux multiples saveurs. Des familles de cette région du Dahra préfèrent préparer à domicile leur propre «Cherbet» ou de l’acquérir auprès de certains vendeurs de gâteaux traditionnels ayant pignon sur rue à Mostaganem. Cette boisson rafraichissante à base de citron est présente sur toutes les «meïdate» (tables) du ramadhan, notamment en période de chaleur et après de longues heures de jeûne. Elle est consommée durant le f’tour ou lors des soirées, accompagnées de «Chamia», de «Zlabia» et autres friandises ou carrément en «panaché», mélangées avec de la crème glacée. Si certains opérateurs et industriels versés dans la production de boissons ont tenté d’investir ce créneau en proposant ce jus sous diverses formes, en bouteille ou en sachets, l’expérience n’a pas eu le succès escompté. «Les consommateurs préfèrent la «Cherbet» préparée à domicile ou par des spécialistes à base de citron», fait remarquer Mohamed, propriétaire d’une supérette. De son côté, Ghali Sid Ahmed, chef du service d’observation du marché et d’information économique de la direction locale du commerce, a mis en garde contre les boissons d’origine inconnue ou douteuse présents en grand nombre sur les marchés et très demandées par les consommateurs. «Nous conseillons les consommateurs d’éviter d’acheter ces produits qui ne disposent d’aucune indication sur l’identité de leur fabricant, le lieu de production, les composantes et les dates de péremption», a-t-il prévenu, soulignant également les mauvaises conditions de leur exposition à la vente dans la rue, sur les trottoirs ou sur les routes de campagne. Le même responsable a cité le cas de plusieurs personnes intoxiquées dernièrement à Oran pour avoir consommé un jus de citron douteux. C’est dire tous les dangers auxquels s’exposent les consommateurs imprudents.