Soltani

Mis en réserve depuis longtemps par le MSP : À quoi rime le retour de Soltani ?

Après avoir supporté en silence de mort sa mise à l’écart des sphères décisionnelles du MSP, à cause de ses désaccords étalés sur l’espace public avec le président sortant Abderrezak Makri, Boudjerra Soltani entend retourner aux affaires.

Une rentrée qui s’annonce par la grande porte même si, à vrai dire, il n’a pas quitté le parti sachant qu’il a toujours joué dans l’ombre. L’ex-confident du défunt Mahfoud Nahnah, fondateur du parti, va retrouver ses disciples aujourd’hui pour un exerce de complaisance dont il excelle à merveille. Boudjerra Soltani, ancien président et figure de proue du MSP, animera aujourd’hui la tribune du premier Forum médiatique que lance donc le parti. Hier, c’est le président du MSP Abderrezak Menasra qui vient de publier sur sa page facebook, pour préparer l’opinion publique, des photos de son entrevue avec l’ex-membre de la défunte Alliance présidentielle. La rencontre s’est focalisée sur la «conjoncture économique difficile que traverse l’Algérie et les enjeux et autres défis de la rentrée sociale». Une thématique qui sera abordée à l’occasion de ce forum médiatique qu’organise le MSP, aujourd’hui, au siège du parti. Une tribune à travers laquelle, «cheikh Soltani» devrait donner son opinion sur le front social en ébullition marqué par une conjoncture de crise financière. Lui qui a déjà assumé la responsabilité de ministre du Travail, a-t-on expliqué à travers la publication de Menasra. Pour un Soltani toujours présent dans les médias, force est de dire que sa sortie est un vrai baromètre pour mesurer la résonance des idées qu’il défend auprès des militants. Son obsession, le retour qu’il prépare depuis des mois, lui qui ne cesse de se réclamer du statut de véritable détenteur du legs de Nahnah. Au final, son objectif est clair, faire tout le possible pour un retour du parti dans le giron du pouvoir comme il l’a tant défendu. Désavoué lors de la réunion du Conseil consultatif du parti consacrée à l’offre de dialogue faite par le gouvernement, et qui a résulté d’un rejet, Soltani a disparu des radars avant de revenir quelques temps après sur les écrans. Néanmoins, l’arrivée de Abdelmadjid Menasra à la tête du MSP a suscité son enthousiasme et a renforcé sa détermination, d’autant que Menasra n’est pas forcément d’une politique de rupture avec le pouvoir. Du moins pas autant que l’est Abderrezak Makri. En effet, les positions pro-gouvernementales de Soltani se confrontent largement avec celles incarnées par l’aile dure qui se définit plutôt comme de l’opposition parlementaire. La mise à l’écart de Soltani est venue alors comme une suite logique d’autant que les deux hommes (Soltani et Makri) ont des visions diamétralement opposées allant jusqu’à l’assise doctrinale du parti. À travers ses sorties médiatiques ou ses écrits, il exprime clairement des regrets de voir le MSP sortir de la «Cour des grands», pointant du doigt l’absence de «la culture de l’État chez les leaders du courant islamiste». Des attaques groupées qu’il dirige soigneusement à son ennemi juré Makri. Dans un écrit au titre révélateur : «entre l’opposition et l’aliénation avec le pouvoir», Soltani fait le bilan de la courte expérience du MSP au pouvoir, estimant qu’elle a apporté beaucoup au parti. Il souligne, en outre, que l’éloignement du gouvernement n’a fait que «faire fuir les militants du parti qui se retrouvent alors sans aucune ambition. Une situation qui profite en conséquence aux concurrents», a-t-il expliqué. Il en veut pour résultat de cette position qu’il décrie, les résultats médiocres réalisés lors des législatives dernières. Ceci, comme pour renvoyer aux frictions dans le parti. Pour la rencontre d’aujourd’hui, les regards seront certes braqués sur Soltani mais aussi sur le président du parti Menasra. Reste maintenant à savoir si Makri répondra de sa présence ou pas à ce forum.
Hamid Mecheri