Ouyahia

Migrans clandestins en Algérie : Les propos «imprudents» de Ouyahia

«Algeria first», ou l’Algérie d’abord, pour chiper puis paraphraser la citation électorale phare du Président Trump et sa politique migratoire, du reste démesurée et arrogante. Loin s’en faut, car il ne s’agit pas de parler des Etats-Unis mais tout juste d’en tirer des enseignements.

Ce n’est pas non plus un parallèle à tirer entre le locataire de la Maison-Blanche et le responsable politique algérien, Ahmed Ouyahia, qui vient de jeter un pavé dans la mare. En effet, interrogé, hier, par la chaîne privée Ennahar TV sur la question de la présence des migrants clandestins en Algérie, et les intentions du gouvernement quant à la régularisation de leur situation, voire même leur permettre de trouver des débouchés sur le marché du travail, Ouyahia assénera crûment: «Primo, ces personnes sont entrées dans le pays illégalement. Secundo, la législation algérienne ne permet pas de faire travailler la main-d’œuvre étrangère». Une déclaration qui fait déjà polémique et donne un aperçu sur la suite à donner à ce dossier épineux qui appelle à la réflexion. Et, au-delà, les propos «osés» du chef du RND suscitent interrogations lorsqu’encore ils sont assimilés à une «dérive verbale» qui risquerait de saper les efforts du gouvernement qui tente tant bien que mal de désamorcer une bombe à retardement.
Or, le contexte actuel voudrait que la question migratoire soit prise avec des pincettes, surtout qu’elle est en passe de devenir une véritable crise, telle qu’on la connaît aux pays de la rive nord, voire pire, eu égard à la proximité géographique de l’Algérie avec ses voisins, en proie à de graves dissensions. Conscient de la complexité de la tâche, le Premier ministre Tebboune a affirmé, il y a quelques jours, que le gouvernement qu’il dirige prendra les dispositions nécessaires à même de régulariser la situation de ces personnes livrées à elles-mêmes. Le chef de l’Exécutif aurait pu éluder la question d’un revers de main et choisir l’option de facilité. Mais, non! Il s’agit d’une crise qui recommande une gestion prudente, aussi bien dans le propos que dans l’action à mener sur le terrain. Maintenant, s’il est vrai que la présence de ces communautés sur le territoire national est irrégulière, le fait qu’elles séjournent clandestinement en Algérie, après avoir fui les zones de conflits dans leurs pays respectifs (région du Sahel, Syrie…) ne doit pas être pris pour tort, encore moins un délit à réprimander. Ouyahia ne s’est pas arrêté là. Pour lui, ces ressortissants subsahariens sont une source de «criminalité, de drogue… et bien d’autres fléaux», pour reprendre ses termes. Sous sa casquette de chef politique, le directeur de cabinet de la Présidence de la République a tenté de modérer ses propos en indiquant qu’il ne s’agit pas pour lui d’appeler les autorités publiques à «renvoyer ces personnes, les jeter dans la mer ou le Sahara, mais le séjour en Algérie doit être réglementé par la loi».
Au risque, donc, d’assimiler son propos à un désaveu pour le staff gouvernemental, Ouyahia s’est ressaisi pour réclamer la régularisation de la situation des migrants. Néanmoins, pour le patron du RND, la priorité doit être accordée à la sécurité du pays et des Algériens, même au détriment des droits de l’Homme. «On ne doit pas laisser le peuple algérien subir l’anarchie. À ceux qui parlent des droits de l’Homme, qu’ils sachent qu’on est souverain chez-soi», réplique-t-il, avant l’heure, à toute critique à son encontre. Quant à l’intégration des Subsahariens dans le marché du travail, Ouyahia estime que la situation est loin d’être la même que celle de la communauté chinoise, en fort séjour en Algérie, mais dont la main-d’œuvre «est ramenée chez nous par les entreprises et investisseurs de ce pays». Pour finir, l’homme fort du RND a réorienté son viseur pour cibler l’Occident. Il accuse les pays européens de vouloir faire de l’Algérie et des pays de la région une sorte de «digue» pour bloquer le passage des Africains vers la rive nord de la Méditerranée.
Farid Guellil