Migrants

Mauvais traitements des migrants algériens : La LADDH accuse les pays de l’UE

Les migrants clandestins algériens sont bel et bien maltraités dans les centres de détention européens. C’est le constat fait par la LADDH qui parle de «détenus victimes de soupçons infondés» et accuse les pays de l’UE de «mauvais et horribles traitements» contre nos ressortissants.

Pour les organisations des droits de l’Homme activant en Méditerranée, le nouvel an 2018 s’entame sur fond de scandales en trait avec l’immigration clandestine. Les images et vidéos filmées par des migrants algériens détenus dans le centre de rétention d’Archidona (Espagne) sur leurs conditions d’accueil difficiles, dont le dernier épisode émouvant rapporte la mort d’un jeune algérien de 36 ans, ont mis le feu aux poudres. S’appuyant sur ces rapports, des défenseurs et avocats humanitaires expriment leurs inquiétudes devant la multiplication des actes de violence envers les migrants et les politiques de restrictions adoptées par certains gouvernements européens. Les circonstances de la mort de Mohammed Bouderbala dans la prison d’Archidona et la décision de la justice espagnole de conclure à un «acte de suicide» ont été mises en cause. «On avait jamais vu de telles atrocités et actes hautement inhumains infligés aux hommes», a dénoncé hier la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) à travers un communiqué. Houari Kaddour, son président, s’inquiète en particulier des «mauvais et horribles traitement des migrants clandestins algériens lors de leur expulsion». « Des vidéos sur les réseaux sociaux en témoignent sur des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants émaciés et traumatisés, empilés les uns sur les autres, enfermés dans des hangars sans accès aux nécessités les plus élémentaires», écrit la LADDH. Les cas de mauvais traitements rapportés font que « les valeurs fondamentales de l’UE sont remises en question aujourd’hui et l’Union doit construire une politique migratoire fondée sur les droits garantis par la Convention européenne des droits de l’homme», interpelle Houari Kaddour. Il appelle ainsi l’UE à «redoubler d’efforts pour améliorer la protection et la promotion des droits de l’Homme en particulier dans les centres de détention pour migrants». Comme l’ont exprimé déjà plusieurs organisations des droits humains en Espagne, la LADDH doute également de l’hypothèse donnée par les autorités espagnoles sur le cas de Mohammed Bouderbala. Une version des faits selon laquelle le jeune algérien s’est «suicidé». La LADDH soutient, à contrario, la version qui évoque une victime violentée à coups de matraque par les gardiens pénitenciers avant de succomber à ses blessures. Pour appuyer ce qu’elle avance, la LADDH a rapporté le témoignage d’un journaliste espagnol selon lequel le migrant algérien décédé ne s’est pas suicidé. Ainsi, d’après Sergio Rodrigo, qui travaille pour le journal El Mediterraneo, le jeune Mohamed Bouderbala aurait succombé à ses blessures après avoir reçu plusieurs coups assénés par des agents de police anti-émeute espagnols. «Face à la gravité des faits, la LADDH ne peut continuer à fermer les yeux sur les horreurs inimaginables subies par les migrants clandestins algériens en Europe », s’offusque cette organisation humanitaire, non sans épingler aussi les autorités algériennes, qui, selon elle, «refusent de fournir des détails à l’opinion publique sur la détention de ressortissants algériens», alors qu’elles «ne portent que très rarement assistance à ces détenus», ajoute le communiqué. La LADDH déplore aussi le fait que les autorités algériennes «ne communiquent pas le nombre des ressortissants algériens détenus à l’étranger alors que  les autorités consulaires ont justement pour tâches, entre autres, l’assistance aux personnes de nationalité algérienne». Face à ce manque de «statistiques officielles», la LADDH a dressé ses propres chiffres «en se basant sur les informations partielles collectées auprès des familles de détenus et les rapports des ONG internationales». Des chiffres, qui « restent sûrement incomplets », reconnait la LADDH, qui recense plus de 18 150 ressortissants algériens dans les prisons européennes. Ils sont répartis comme suit : France (plus de 7 000), Espagne (plus de 4 500), Italie (plus de 2 500), Belgique (plus de 1 500), Allemagne (plus de 2 300), Grèce (plus de 150), Grande-Bretagne (plus de 200). Parmi les principales causes de ces détentions figurent les délits de «présence illégale sur le territoire» de pays concerné dans 74 % des cas et «infraction de droit commun» à raison de 17 %. Les infractions liées au trafic de stupéfiants ou à l’appartenance à un groupe terroriste ne dépassent guère les 5 % des cas, selon la LADDH, ce qui dénote que nos ressortissants «sont beaucoup plus motivés» par des raisons économiques que le crime. Un motif qui ne nécessite «nullement» leur maintien en détention, estime la LADDH.
Enfin, la même organisation conclut que nos ressortissants clandestins sont «victimes de soupçons infondés».
Hamid Mecheri