Syrie

Les USA frappent une base aérienne en Syrie : Tensions avec Moscou

Les États-Unis ont procédé dans la nuit de jeudi à vendredi, aux tirs d’une soixantaine de missiles contre une base aérienne syrienne près de la ville de Homs, un changement de stratégie des Américains motivé par l’attaque à l’arme chimique en début de semaine d’un village du nord-ouest de la Syrie.

Cette initiative, sur ordre de Donald Trump qui a expliqué avoir agi dans «l’intérêt de la sécurité nationale» américaine, a immédiatement accru les tensions avec la Russie, alliée indéfectible du régime de Bachar al Assad. Deux navires de guerre américains, le USS Porter et le USS Ross croisant en Méditerranée orientale, ont procédé vers 00h40 GMT aux tirs de 59 missiles de croisière Tomahawk contre la base de Chayrat près de Homs.
Les Occidentaux estiment que l’armée syrienne a mené mardi une attaque à l’arme chimique contre le village de Khan Cheikhoune, dans la province d’Idlib, à partir de cette base abritant un terrain d’aviation, des avions de chasse et des stocks de carburant. Cette attaque, qui a fait quelque 70 morts dont des enfants, a été vivement dénoncée par les Etats-Unis lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu, l’ambassadrice américaine Nikki Haley montrant en séance des photos des victimes. Cet engagement militaire constitue la mesure la plus radicale prise par le gouvernement américain depuis le début du conflit syrien il y a six ans.
Donald Trump, qui participe à un sommet avec son homologue chinois Xi Jinping dans sa résidence de Mar-a-Lago en Floride, voit se dessiner sa première grande crise diplomatique, notamment avec la Russie et avec l’Iran, les deux soutiens d’Assad, depuis sa prise de fonction.

POUTINE DÉNONCE UNE AGRESSION
Vladimir Poutine a fait part de son mécontentement par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov qui a dénoncé «une agression contre une nation souveraine», la Syrie, en se servant d’un «prétexte fallacieux», celui d’une attaque présumée à l’arme chimique. Moscou affirme que le régime syrien ne dispose pas de ce type d’arme et accuse les Etats-Unis de chercher à détourner l’attention de la communauté internationale des morts civiles provoquées par l’offensive en cours contre la ville de Mossoul dans le nord de l’Irak.
Le ministère russe des Affaires étrangères a estimé qu’il était évident que l’opération menée vendredi avait été préparée avant la présumée attaque contre Khan Cheikhoune. Des responsables américains ont précisé avoir informé la Russie avant les tirs de missiles et avoir pris soin de ne pas viser la partie de la base de Chayrat sur laquelle se trouvaient des troupes russes.
Un responsable de la défense américaine a indiqué à Reuters que cette opération était «unique» et qu’il n’était pas dans l’intention des Etats-Unis de s’engager dans une escalade militaire. Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a précisé que la politique américaine en Syrie n’avait pas changé. «Cela signifie que le président est déterminé à prendre des mesures décisives lorsque cela est nécessaire», a commenté Tillerson devant la presse, ajoutant qu’il n’y avait pas de modification de la politique et de la position américaine quant aux activités militaires en Syrie. La visite de Tillerson la semaine prochaine à Moscou ne semble pas, malgré tout, être remise en cause par ce regain de tension entre Russes et Américains, a déclaré le président de la commission des Affaires étrangères de la Douma, la chambre basse du parlement russe.
La Russie souhaite une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’Onu pour discuter de cette initiative qualifiée de «mesure irréfléchie qui exacerbe les problèmes et menace la sécurité mondiale», a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. L’armée syrienne a indiqué que six personnes avaient été tuées dans cette attaque qui avait provoqué d’importants dégâts matériels.

SOUTIENS OCCIDENTAUX
L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a annoncé pour sa part que quatre soldats, dont un général, avaient péri sur la base qui avait été presque totalement détruite.
«Les premières informations sont que cette frappe a gravement endommagé et détruit l’aviation syrienne et les infrastructures et équipements de soutien sur la base de Chayrat, réduisant la capacité du gouvernement syrien à produire des armes chimiques», a dit le capitaine Jeff Davis, porte-parole du Pentagone. La télévision syrienne a dénoncé une «agression américaine» mais le ministre de l’Information a estimé ne pas s’attendre à une «escalade militaire», jugeant que cette initiative des Etats-Unis était limitée dans le temps et dans l’espace.
L’Iran, qui soutient le régime de Bachar al Assad, a également condamné l’opération. «L’Iran condamne l’emploi d’armes chimiques mais estime également qu’il est dangereux, destructeur et contraire au droit international de s’en servir comme d’une excuse pour mener des actions unilatérales», a rapporté l’agence de presse ISNA. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a salué «le message fort et clair» adressé par Donald Trump au gouvernement syrien selon lequel «l’utilisation d’armes chimiques ne pouvait pas être tolérée». Les réactions à Paris, Londres, Berlin mais également en Turquie et en Arabie saoudite étaient favorables à l’initiative américaine. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a déclaré qu’il s’agissait d’un «avertissement» et d’une forme de «condamnation» du «régime criminel» de Bachar al Assad.