Siège de la FAF

LES FOOTBALLEURS PROFESSIONNELS INTERDITS DE FAIRE GRÈVE : Une mesure arbitraire ou l’arbre qui cache la forêt

Incongrue cette mesure annoncée sur une chaîne de télévision privée par le président de la FAF, interdisant le recours à la grève des footballeurs professionnels sauf si celle-ci entre dans un cadre légal, autrement dit qu’elle répondrait pour une ou plusieurs raisons à des considérations d’ordre social. Il est de notoriété publique que tout arrêt de travail collectif à une ou de nombreuses causes qui, en réalité, sont retrouvées dans les textes de loi notamment celle 90-11 modifiée et portant sur les relations de travail. Est-ce que ne pas être payé au-delà de deux mois n’est-il pas une cause sérieuse de débrayage d’autant plus que le retard peut aller jusqu’à 7 mois, voire sur l’ensemble de la saison ? Revenons à la loi 90-11 qui est très claire et dispose en son article 6 – alinéa 2 : «Dans le cadre de la relation de travail, les travailleurs ont également le droit au respect de leur intégrité physique et morale et de leur dignité » alors que l’alinéa 5 précise que «…Au versement régulier de la rémunération qui leur est due ». Et, bien entendu, tout est dans le terme «régulier », autrement dit pour toute interprétation cartésienne à terme échu et plus précis encore dans les quelques jours qui suivent le mois concerné sans pour autant qu’à cela ne s’additionne une autre mensualité, sauf évidemment de grandes difficultés financières qu’en aucun cas l’absence ou le retard des subventions étatiques ne peuvent justifier pour la simple raison qu’il est question de professionnalisme du football et sans qu’il n’y ait nul besoin de donner une leçon d’explication détaillée, par professionnalisme s’entend la création de la richesse pour quiconque est à l’origine d’un produit commercialisable.
En l’espèce, c’est le spectacle fourni par une équipe de football qui, selon les standards mondiaux, est gérée par une société et importe peu son statut commercial pour peu que cette gestion réponde elle-même aux canaux en vigueur d’une société sportive commerciale comme c’est le cas partout dans le reste du monde; voire seulement juste à côté, chez nos voisins immédiats où tout se déroule comme dans le meilleur des mondes et nous en donnons pour preuve l’exode quasi-massif des footballeurs locaux parmi les meilleurs vers la Tunisie où, et c’est tant mieux pour le label algérien, ils font les beaux jours de leurs employeurs. Incongrue donc est cette mesure annoncée.
En effet, faudrait-il d’abord que la FAF ou la LFP mettent en obligation les clubs employeurs de remplir les engagements basiques de l’article 6 de la loi 90-11 précédemment cité pour ensuite brandir la menace d’une interdiction et par voie de conséquence de sanctions même s’il est vrai que derrière les derniers mouvements de grève étaient masquées des combines.
Enfin, rappelons également les dispositions de la loi 90-02 relative à la prévention et au règlement des conflits collectifs de travail et à l’exercice du droit de grève que l’institution en charge du football national ne semble qu’avoir survolé, voire ignoré dans le fond, les dispositions contenues en ce sens qu’elles consacrent justement le droit au recours à la grève en cas de conflit de travail où n’est pas trouvée une solution sauf peut-être que celle-ci (FAF) ne pourrait avoir raison qu’en ce qui concerne l’annonce d’un préavis de grève des joueurs pour permettre justement sa médiation ou celle de la LFP pour trouver une solution audit conflit.
En fait, la FAF donne l’impression de jouer les gros bras dans un cas de déni arbitraire des droits des footballeurs d’autant plus que ces derniers ne sont pas organisés et surtout représentés via une association et/ou syndicat. Quoi que pourtant, il existe un syndicat des joueurs né, il y a de cela bien longtemps mais qui n’a carrément jamais activé.
Med R.D.