Les déclarations du ministre de la Santé sur la mort de Aïcha Aouissat sujettes à polémique : Le CNES dénonce des «propos irresponsables»

Les propos du ministre de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui, sur la mort de Aïcha Aouissat, enseignante universitaire de son état, survenue lundi dernier à Ouargla suite à une morsure de scorpion, continuent à faire réagir, et à susciter surtout la colère des citoyens et de la société civile.

Hier, c’est au tour du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES), de dénoncer les déclarations du ministre, tenues lors de sa conférence de presse de mardi passé. Ainsi, dans un communiqué parvenu à notre rédaction, surprise et stupéfaite, l’aile de ce syndicat universitaire dirigée par Abdelhafid Milat, «dénonce les propos irresponsables du ministre de la Santé sur les circonstances du décès de notre collègue Aïcha Aouissat». Et, qu’y a-t-il de si grave dans les déclarations du ministre pour accueillir en conséquence une telle charge à son égard ? Le coup est parti mardi, lors du point de presse animé par Hasbellaoui sur l’épidémie du choléra. Interpellé sur la mort de cette patiente, admise le 25 août dernier au service de réanimation de l’hôpital de Ouargla, avant de rendre l’âme 10 jours plus tard, le ministre a surpris plus qu’il n’a éclairé sur cette affaire.
«Le monde animal est un monde qui est gentil. Au fait, l’animal ne fait pas de mal à l’homme. Il fait du mal lorsqu’il est menacé. La patiente (Aïcha Aouissat, ndlr) que Dieu lui accorde sa miséricorde, elle a été victime d’une piqûre de grade «3», c’est-à-dire très grave», a-t-il introduit son intervention avant de revenir sur les circonstances du décès de cette victime d’une envenimation scorpionique. «À l’hôpital de Ouargla, le service de réam (Réanimation) est l’un des plus performants dans ces pathologies. Mais vous saviez-bien que le médecin est humain et qu’on ne peut pas sauver tous les patients de la réam», poursuit le professeur en médecine. Toutefois, cette déclaration anticipe sur les conclusions de l’enquête menée à l’effet de déterminer les circonstances exactes de cette affaire. Pour le CNES, au lieu de tenir de tels propos qu’il qualifie de «dédaigneux», le ministre devait ouvrir une enquête officielle sur les carences en moyens humains et médicaux au niveau de l’hôpital de la capitale du Sud. Autrement dit, le ministère devrait enquêter sur deux volets. D’un côté, il y a une carence en matière de médecins spécialisés en cardiologie et neurologie, et de l’autre, il y a l’absence du sérum anti-scorpionique, relève ce syndicat. En outre, le CNES s’interroge sur le pourquoi d’avoir laissé cette patiente dans le service de réanimation de cet hôpital pendant dix jours, au lieu de l’orienter vers un autre établissement de santé où il serait possible de la faire soigner au mieux. Enfin, le CNES invite le ministre à revenir sur ses propos, comme il appelle aussi la famille universitaire à se tenir prête pour une action de protestation nationale, dont la forme et  la date seraient arrêtées ultérieurement.
Farid Guellil