Le Sauveur du monde de Leonard de Vinci

Le Sauveur du monde de Leonard de Vinci mis en vente à New York

Le tableau, estimé aux alentours de 100 millions de dollars, sera vendu par la maison Christie’s le 15 novembre. Une nouvelle transaction pour cette œuvre qui serait la dernière du maître italien aux mains de collectionneurs privés et dont le parcours est des plus mouvementés.
Voilà un nouveau coup de théâtre dans l’histoire déjà mouvementée du dernier Leonard de Vinci aux mains de collectionneurs privés. L’œuvre en question? Le Salvator mundi du milliardaire russe Dmitry Rybolovlev, longtemps au centre d’une tourmente judiciaire! Formidable coup médiatique pour Christie’s qui va vendre la toile le 15 novembre à New York.
Pour ne rien gâcher, le tableau sera proposé en même temps qu’une œuvre mythique d’Andy Warhol, The last supper, dans sa plus grande taille, avec le même motif répété soixante fois sur la toile. Son «estimation sur demande» est chiffrée aux alentours de 50 millions de dollars. C’est surtout un coup de génie de la part de l’expert Loic Gouzer, directeur du département après-guerre et contemporain devenu vice-président de Christie’s, d’avoir réuni ces deux œuvres mythiques de l’histoire de l’art. «Je suis parti du Warhol pour aller chercher le Vinci, explique ce jeune spécialiste habitué à casser les codes des enchères par des ventes mariant les genres et les époques. C’est lui qui a fait grimper le Picasso , Les Femmes d’Alger (version O) de 1955 jusqu’à 179,3 millions de dollars, en 2015…
Le Warhol vient d’une collection américaine, confirme Loïc Gouzer au Figaro. Mais qui est le vendeur du Da Vinci? Gouzer ne peut, ou ne veut, pas le dire. Et pour cause… Yves Bouvier, roi des ports-francs de Genève, Luxembourg et Singapour avait été accusé par Dmitry Rybolovlev de lui avoir vendu ce chef-d’œuvre pour sa collection moyennant une commission démente. Devant la juge d’instruction du tribunal de grande instance de Monaco où réside Dmitry Rybolovlev, le Suisse avait reconnu l’avoir trompé en inventant des tiers fictifs afin de faire grimper le prix de ce Salvator mundi. La toile avait été acquise en 2013 pour 80 millions de dollars via une vente organisée par Samuel Valette, responsable du département vente privée chez Sothebys, avant d’être revendue au Russe pour 127,5 millions de dollars à Dmitry Rybolovlev.
Les vendeurs du Salvator mundi, s’estimant lésés de 47,5 millions de dollars, s’étaient alors retournés contre Sotheby’s. En vain. Notre consœur des Échos, Martine Robert, révèle que «dans le courrier adressé par Sotheby’s auprès du tribunal de New York, un nouveau détail accable Bouvier: celui-ci aurait, fin janvier 2015, “indûment fait croire à Sotheby’s qu’il demeurait propriétaire du Salvator mundi” (cédé deux ans auparavant au russe) lorsqu’il a sollicité la maison de ventes pour une expertise “à des fins d’assurance”. En réalité, il essayait ainsi de rassurer un Rybolovlev de plus en plus suspicieux vis-à-vis du marchand».

Un tableau disparu pendant 137 ans
Au-delà des intermédiaires, le parcours du tableau lui-même pose quelques questions. Le Salvator mundi (soit Jésus en sauveur du monde) était connu depuis longtemps mais on supposait qu’il avait été détruit. Il a été identifié dans une collection américaine il y a quelques années et montré pour la première fois au grand public à la National Gallery de Londres, entre le 11 novembre 2011 et le 5 février 2012, lors d’une exposition sur le rôle du maître à la cour du duc de Milan. Il aurait été peint aux environs de 1500. Il représente le Christ à mi-corps nous faisant face, tenant un globe de cristal dans sa main gauche alors qu’il soulève sa droite et bénit. Ce serait l’une des 15 huiles de Léonard. Comme La Joconde, le tableau a été réalisé sur un panneau de noyer. Il est documenté par deux dessins préparatoires et plus de vingt copies peintes par les assistants et suiveurs l’artiste. Il existe enfin une gravure précise faite par l’artiste bohémien Wenceslaus Hollar en 1650, d’après l’original. Le premier enregistrement d’un Salvator mundi de Vinci dans un registre date de 1649. Il se trouve dans l’inventaire de la collection d’art de Charles Ier d’Angleterre. Cette œuvre vendue après la mort du roi a été rendue à la Couronne lors de l’avènement de Charles II et plus tard est passée dans la collection du duc de Buckingham. Le fils de ce dernier l’a mis aux enchères en 1763, suite à la vente au roi de Buckingham House (palais de Buckingham).