Mohammed Bouderbala

Le parquet national enquêt sur la mort de trois ressortissants nationaux en Espagne et en France : Une affaire de dignité pour l’Algérie

Mohammed Bouderbala, 36 ans, originaire de Mostaganem aurait été torturé jusqu’à la mort par les gardiens de la prison d’Archidona en Espagne. La police espagnole évoque «un suicide», mais sans convaincre la famille de la victime et les organisations de défense des droits humains. La justice algérienne a, pour sa part, ouvert une enquête et a demandé une deuxième autopsie sur le corps de notre compatriote. Le parquet algérien lance également une enquête sur les deux ressortissants nationaux morts en France, a révélé le ministre de la Justice, Tayeb Louh.

Mohammed et plusieurs autres migrants illégaux algériens détenus à la prison d’Archidona auraient été humiliés, agressés et maltraités quotidiennement par les gardiens de la prison. Les conditions de détention dans ce pénitencier s’avèrent des plus terribles: malnutrition, froid glacial en l’absence de chauffages, les lieux sont dépourvus même de douches. Cette infrastructure, étant neuve mais non opérationnelle, a été présentée pourtant par le gouvernement espagnol comme disposant de toutes les commodités nécessaires pour justifier le déplacement de migrants après saturation des centres d’accueil à Malaga. Ces prétendues assurances n’ont pas calmé les organisations humanitaires locales qui se sont élevées contre la décision de déplacer des migrants vers des prisons sans avoir à commettre des délits criminels. En plus des conditions de séjour insupportables dans cette prison, les migrants subissent des actes de violence quand ils essayent de dénoncer leurs conditions intenables. Avant même l’arrivée du drame du meurtre du ressortissant algérien, des vidéos avaient circulé montrant des actes de maltraitance envers les migrants alors que les appels à l’intervention des autorités algériennes se sont multipliés. Mais, en cette triste journée de jeudi 28 décembre, les harraga algériens auraient décidé d’enclencher une action de protestation à l’intérieur de la prison pour dénoncer les actes de violences répétées et sans fin de la part des agents de garde espagnols. Les autorités espagnoles ne voulaient surtout pas d’une mutinerie qui risquerait de les faire enfoncer davantage dans un scandale. C’est ce qui explique l’intervention musclée de la police pour avorter l’action des harraga avant de dégénérer. Alertés, les gardiens de prison ont fait recours à une force brutale et inouïe. Les instructions étaient claires : faire stopper à tout prix cette mutinerie. Plusieurs détenus se sont vus fracturer des membres de leurs corps alors que d’autres ont subi de graves blessures suite aux coups de violence de la police. Ce sont ces coups violents qui ont causé une hémorragie interne à Mohammed, qui, selon les témoignages de ses compatriotes a été dépourvu de soins ou encore de l’absence d’une ambulance pour l’évacuer d’urgence à l’hôpital. Autrement, il aurait été abandonné et finit par succomber à ses blessures. C’est du moins là les scènes décrites par les migrants algériens, renvoyés d’Espagne, à la chaine Ennahar TV. Des vidéos filmées par les harraga à l’intérieur de cette prison montrent les conditions difficiles d’accueil. Au lendemain de ces faits, les autorités espagnoles ont avancé la thèse «de suicide» de la victime algérienne. Chose que les harraga nient catégoriquement car «la victime avait déjà immigré à plusieurs reprises», a-t-on témoigné. Selon la version de la police espagnole, qui a ouvert une enquête, le cadavre de Mohammed Bouderbala «a été découvert à l’intérieur de sa chambre par des fonctionnaires chargés de sa surveillance» et qu’ils n’«ont pas pu le ranimer». La justice avait autorisé le 20 novembre son placement en rétention jusqu’au 18 janvier, selon la même source. Il est bon de souligner que quelque 40 migrants algériens ont été transportés tard la nuit vers le port d’Oran, mercredi dernier, dont la plupart étaient détenus à Archidona. Ces ressortissants nationaux sont originaires de la même localité et wilaya que la victime. Aussi, des médias espagnols ont rapporté des vidéos montrant des bus transportant les algériens afin de les rapatrier en Algérie. Des militants des droits de l’homme espagnols et des associations avaient observé un sit-in devant cette prison, transformée en centre de rétention de migrants en situation illégale, dans le but d’empêcher l’expulsion des Algériens et dénonçant les conditions de détention ayant provoqué justement la mutinerie. Le frère de la victime a exigé une enquête indépendante en Espagne, affirmant que son frère n’était pas suicidaire. « J’étais en contact avec mon frère tous les jours. Je l’appelais souvent. Il se plaignait de la nourriture et du froid mais pas de la vie», avait-il témoigné à des médias espagnols, cité par TSA. Mercredi dernier, le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a reçu, à Alger, des membres de la famille de Mohamed Bouderbala, selon un communiqué du MAE. Messahel a assuré la famille du défunt de la mobilisation, par les services consulaires de l’Algérie en Espagne, «de l’ensemble des moyens requis pour le rapatriement de la dépouille mortelle et sa remise à la famille dès que les procédures liées à l’enquête seront achevées en Espagne et en Algérie». Le ministre a présenté officiellement ses condoléances aux parents et à la famille du défunt en les assurant de sa sympathie et de sa solidarité. Pour sa part, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Tayeb Louh, a révélé jeudi que «le parquet algérien a ouvert une enquête afin d’élucider les circonstances de la mort suspecte d’un ressortissant algérien en Espagne, conformément à l’article 588 du code de procédure pénale de 2015». «Les autorités espagnoles ont enquêté sur les circonstances mystérieuses de la mort d’un ressortissant algérien en Espagne», a-t-il poursuivi, ajoutant que «l’Algérie a ouvert à son tour une enquête sur l’affaire, en vertu du code de procédure pénale». Cette procédure judiciaire concerne également deux de nos ressortissants, morts en France, dans des conditions suspectes. En tout cas, sur les plans politique et diplomatique, et à travers ces actions judiciaires, l’Algérie veut surtout préserver la dignité des ressortissants nationaux établis ou en situation irrégulière à l’étranger.
Hamid Mecheri