Le Makhzen fuit de partout

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Laver le linge sale n’a jamais été une affaire réglée en famille chez le Makhzen. Le régime marocain, face aux multiples problèmes, aux turbulences qu’il traverse et qui le font ronger de l’intérieur, finit par perdre le contrôle de la situation au point où ce qui devait être gardé dans le plus grand secret parvient sur la place publique. Par exemple, la guerre de succession à Mohammed VI qui fait rage depuis plusieurs mois, voire années, est un secret de Polichinelle que se partagent les clans de Moulay Rachid, le frère du roi, d’un côté, et Moulay Hassan, le fils d’un roi à la santé dégradée, de l’autre. Elle a mis aux prises jusqu’aux dirigeants des renseignements intérieurs et extérieurs d’un Makhzen qui, plus est, et à l’heure actuelle, traverse la crise migratoire de Ceuta qu’il avait lui-même orchestrée pour dissimuler ses graves problèmes socio-économiques. Le Makhzen a beau essayer de maquiller tous les coups qu’il reçoit en pleine figure à cause d’une avalanche de scandales qui éclaboussent le régime et ses figures politiques, comme l’espionnage avec le logiciel Pegasus, la corruption dans le Parlement européen, les frasques et les scandales de mœurs qui suivent partout ses diplomates à l’étranger… Aujourd’hui, les services marocains arrivent à peine à contenir ce qui serait susceptible de maintenir le régime de M6 en place. De la « fuite » programmée de quelque 70 000 clandestins marocains vers la ville autonome espagnole Ceuta jusqu’à la « fuite » de fichiers classés secret défense de quelque 70 000 agents et autres espions marocains à l’étranger… les services marocains se prennent la tête dans les mains. La maison du Makhzen fuit de partout. Ceux que venait de révéler l’ancien numéro 2 des services de renseignement extérieur (DGED) dirigé par Yacine Mansouri est symptomatique. Mehdi Hijaouy, l’ancien maître-espion, qui est sous le coup d’un mandat d’arrêt international et fait l’objet d’une course-poursuite de la part des autorités marocaines, a livré sur le plateau des secrets en confessant ses confidences au journal satirique français « Le Canard enchaîné ». À commencer par la crise de Ceuta, dont il confirme un complot monté par les Abdelatif Hammouchi (l’actuel patron des services intérieurs – DGST) et Fouad Ali El Himma, principal conseiller du roi M6 pour les questions de sécurité, et dont Hijaouy était un plus proche collaborateur du temps où il était dans les arcanes du pouvoir marocain. Selon lui, l’ampleur d’une telle crise ne pourrait se dérouler à l’insu du Makhzen. On comprend mieux maintenant pourquoi le Makhzen a fait des pieds et des mains pour faire taire et neutraliser l’un de ses agents les plus redoutables qui démasque la nature malveillante de ses pratiques.

Farid Guellil