Palais du gouvernement

Le Gouvernement Tebboune hausse le ton politique : De l’audace, encore de l’audace contre la corruption…

Il y a deux jours, lors de son inspection de l’état d’avancement des travaux de la Grande Mosquée d’Alger, Tebboune avait été direct, sermonneur et menaçant vis-à-vis du partenaire chinois en charge de la construction : «Il n’y a plus à discuter, tout a été dit, c’est des études qui ont été terminées, et maintenant il faut finir le travail». Plus loin : «Je vous donne un mois, jusqu’au 15 août, passé ce délai, il y aura des sanctions».
Désormais, la mode est à l’action. Pas de répit pour les retardataires, les tourneurs en rond, et surtout pour les corrompus. Style Tebboune ? Non, disons que le Président Bouteflika a cherché à insuffler, dans le gouvernement de l’ex-ministre de l’Habitat, un ton nouveau, une langue accessible au commun des Algériens, une audace politique et une transparence, dont l’objectif est de dénoncer au peuple les mascarades et les entourloupes du passé.
Un des critères de changement du précédent gouvernement a été pour le Président de laisser de côté tous ceux qui trainaient des casseroles. C’est un des motifs qui a laissé un Bouchouareb par exemple, «sur le carreau».
Réputé proche d’Ouyahia, Bouchouareb, a été immédiatement récupéré par son secrétaire général. L’ancien ministre de l’Industrie a été désigné au Bureau national du RND et nommé responsable chargé des relations extérieures et de la communauté algérienne de l’étranger.
Depuis un mois, on aura tout vu tout entendu. En présentant son plan d’action devant le Parlement, Tebboune avait, sans effort, dénoncé dans une déclaration fracassante faite devant tous les sénateurs, que «l’État a consacré un énorme budget avoisinant les 70 milliards de dinars à l’investissement sans pour autant qu’il y ait un impact palpable sur le secteur ni sur le niveau de vie des citoyens».
Dans son sillage, son ministre, Mahdjoub Bedda, égratigne Bouchouareb au sujet du montage automobile en Algérie, qualifié de forme d’importation «déguisée», et promet que désormais «tout le monde doit s’aligner sur la politique du Gouvernement», parce que le taux d’intégration actuel, au contraire de tout ce qui a été dit, «n’est pas acceptable». La guerre contre la mafia de l’import, la corruption et l’évasion fiscale est lancée tambour battant. Même l’opposition politique n’en revient pas, et reste silencieuse. De son côté, Djamel Kaouane, à la tête de la Communication, confirme qu’une enquête est menée au sujet des cartes de Journaliste professionnel, qui a été délivrée à des personnes qui n’ont aucune relation avec la presse, égratignant au passage la gestion de son prédécesseur sur le sujet. Kaouane promet en outre toute son aide à l’Autorité de régulation pour mettre de l’ordre dans un secteur livré à l’anarchie depuis des mois, voire des années.
Le gouvernement Tebboune semble avoir choisi de s’attaquer au mal frontalement. Le ton est direct et la langue de bois mise de côté. On attendra dans les faits la confirmation de ce nouvel exercice de style, très séducteur, certes, mais tout à fait délicat.
Tebboune cherche une nouvelle configuration socioprofessionnelle et ne s’encombre pas des anciennes influences qui ont été agissantes, jusque-là, dans le monde du travail et de l’économie.
O. F.