RND-FLN

Radioscopie d’une victoire prédite

Le voile est tombé sur les élections législatives de 2017 avec la consécration de l’hégémonie des deux partis au pouvoir, le FLN et le RND, avec 261 sièges à l’Assemblée nationale, c’est-à-dire qu’ils possèdent la majorité absolue.

Les islamistes, grâce à une coalition disciplinée et à un jeu serré dans les quartiers et les grandes agglomérations urbaines, ont pu revenir à leur « norme » et accéder à la troisième marche du podium. Des observateurs internationaux estiment que les électeurs ont fait un vote refuge en reconduisant les formations politiques majoritaires. Le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Bedoui, qui a annoncé ces chiffres, hier, à Alger, a parlé d’un scrutin qui s’est déroulé dans des conditions «exemplaires» et «sereines», esquivant un taux d’abstention record de 38,25 %, en baisse par rapport à 2012 où il était de 42,90 %. Ainsi, le FLN et le RND, totalisent 261 sièges sur les 462 que compte l’APN et obtiennent ainsi la majorité absolue, si on compte des partis comme TAJ et le MPA au rang des partis au pouvoir, puisqu’il s’agit là encore de deux partis qui ont soutenu le gouvernement Sellal, le programme présidentiel, qui ont fait partie du dernier staff ministériel ces cinq dernières années et voté toutes les lois au Parlement ? Vu de cet angle, les partis au pouvoir dominent largement la nouvelle Assemblée nationale. Le Front de libération nationale conserve sa première place à l’Assemblée avec 164 sièges sur 462 (en baisse par rapport à 2012), suivi par son allié du Rassemblement national démocratique (RND), du directeur de cabinet de la présidence, Ahmed Ouyahia, avec 97 sièges (en hausse). La victoire du FLN, l’ex-parti unique qui est au pouvoir depuis que l’Algérie est indépendante de la France en 1962, était largement attendue, car d’un côté, il y avait débauche d’énergie du vieux parti, qui mettait en mouvement une machine électorale très rodée, et d’un autre côté, l’opposition politique était faible ou fragilisée.

Les islamistes reviennent sur la pointe des pieds
Aux précédentes législatives de 2012, les partis islamistes avaient enregistré leur plus mauvais score depuis le premier scrutin pluraliste de 1990. Ils avaient été notamment victimes de leurs divisions alors qu’ils espéraient surfer sur les victoires de leur mouvance dans les pays du « printemps arabe ». Cette année, deux coalitions islamistes ont tenté de jouer l’unité autour de listes rassemblant plusieurs mouvements et partis. L’alliance MSP remporte 33 sièges, l’autre alliance 15 sièges, et le Rassemblement de l’espoir de l’Algérie (TAJ), nouveau parti islamiste, 19. Leur progression est limitée : ils totalisent 67 sièges contre 60 en 2012. Les partis « ikhwan » menés par Mokri, Djaballah, Menasra, Douibi, Benabdeslam, ou encore Ghoul (un ancien du Msp, ne l’oublions pas), ont joué en blocs monolithiques pour éviter le naufrage de 2012. Les islamistes, tous, sans exception, d’obédience « ikhwan », ne pouvaient pas aller plus loin que ne leur permettaient leurs moyens, leurs forces et leur base électorale. Aucun des partis de la mouvance démocratique n’a obtenu suffisamment de sièges pour pouvoir constituer un groupe parlementaire, qui nécessite 21 députés. Le Front des forces socialistes (FFS, plus vieux parti d’opposition) a remporté 14 sièges, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), qui avait boycotté les législatives de 2012, 9 sièges, et le Parti des travailleurs (PT) de la figure de proue de l’extrême gauche Louisa Hanoune, 11 sièges.

Un taux de participation en baisse
L’autre inconnue de cette élection était le niveau de l’abstention à l’issue d’une campagne sans relief qui a mis en lumière l’indifférence des électeurs sur fond d’inertie politique et de marasme économique.
Le taux de participation, annoncé par le ministre de l’intérieur Nourredine Bedoui, est de 38,25 %, en baisse par rapport à 2012. Plus de 23 millions d’électeurs étaient appelés à élire les 462 membres de l’Assemblée populaire nationale au suffrage universel. Cette année, la flambée des prix des produits alimentaires quelques semaines avant les législatives, la situation socio-économique du pays ont dissuadé nombre d’électeurs de se déplacer. Les Algériens ont boudé les urnes lors des élections législatives du 4 mai 2017.
Le taux de participation enregistré à l’issue de ce scrutin n’aura été que de 38,25%, contre un taux de 43,14% en 2012, soit le plus bas depuis le début des élections pluralistes en Algérie. Même le déplacement de Bouteflika en personne aux urnes n’aura pas suffi. Le président Abdelaziz Bouteflika a cru devoir appeler les Algériens à accomplir leur devoir électoral pour contrecarrer les partisans du boycott et du défaitisme. L’ordre des choses a été respecté, et tans pis pour ceux qui espéraient un changement. Leur naïveté leur aura été néfaste. Car il était inscrit sur les tablettes du temps, que le statuquo sera maintenu, et si les partis hégémoniques, tant à l’Assemblée qu’au sein du gouvernement, crient victoire, c’est que l’opposition politique a été à ce point négligeable pour espérer renverser l’ordre politique.
Fayçal Oukaci