Bouteflika

Le duopole hégémonique FLN-RND ne fait plus recette : Bouteflika veut un gouvernement consensuel

Il n’est point nécessaire d’être diplômé de West Point pour se convaincre que le règne sans partage du FLN sur la vie politique algérienne (avec un intermède FIS très court), n’est plus adapté au contexte politique et sécuritaire actuel.
Ni même un binôme FLN-RND, ce qui revient à signifier la même chose au plan politique, le RND possédant, dès sa naissance, les mêmes bases idéologiques que le vieux parti. Le président de la République, au moins, s’est fait à l’idée de faire adhérer tous les partis représentatifs à l’Assemblée nationale à une politique nationale salutaire. Le temps est à l’union, non à la désunion, et si l’on regarde du coté des frontières algériennes, on est vite convaincu que les périls multiformes qui menacent le pays sont à prendre très au sérieux dans un contexte de fragilisation du pays, du fait de la récession financière et du tarissement des rentrées en devises, ce qui se répercute négativement sur la situation sociale du pays et le pouvoir d’achat du citoyen.
Si l’on regarde attentivement les résultats des élections législatives du 4 mai, on peut en déduire beaucoup de choses, que le président Bouteflika semble avoir capté au vol. La presse internationale a été très critique vis-à-vis des résultats des élections qu’elle a qualifié de «défaite générale», tant l’abstention et les bulletins blancs étaient importants. La participation des votants elle-même a été encore inférieure à 2012, en dépit de la mobilisation des autorités. L’équilibre des forces à l’Assemblée restera, une nouvelle fois, non pas uniquement inchangé, mais plus déséquilibré encore. Le FLN est passé de 221 députés en 2012 à 164 aujourd’hui. Il reste majoritaire mais n’est plus hégémonique, talonné presque par un RND aux dents longues, qui a gagné 37 nouveaux sièges, avec un total de 100 et exige plus de considération. Mais plus que ces deux partis, c’est le parti des abstentionnistes qui est hégémonique, puisque le taux de participation a été de 35,37%, très inférieur à 2012, qui avait marqué un 43% ; cette donne, Bouteflika l’a prise en ligne de compte, pour rechercher, pour la première fois depuis longtemps, un gouvernement d’union, qui sera plus équilibré et moins exclusif. A ces deux partis, il faut ajouter un MSP en locomotive des partis islamistes, le Rassemblement de l’espoir de l’Algérie (TAJ, 19 élus) et le Mouvement populaire algérien (droite, 13 élus), qui pourrait remplacer, du moins en Kabylie, un FFS et un RCD encore réfractaires à toute idée de faire bloc avec les partis au pouvoir. Bouteflika a ses raisons d’être déçu par les chiffres des législatives. Depuis 1999, il a toujours souhaité travailer avec des adhésions populaires, des plébiscites, des votes larges, comme ce fut le cas pour la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Cela lui avait donné toujours de larges marges de manœuvres pour aller loin dans ses conceptions de l’Etat et de la société.
Mais avec cette législative, le score est tellement rachitique qu’il ne donne pas envie de continuer à ne compter que sur le duopole FLN-RND.
Fayçal Oukaci