Ould Salek

Le chef de la diplomatie sahraouie, depuis hier à Alger : «Avec son soutien à la colonisation marocaine, la France mène la région à la guerre»

L’entêtement persistant du Maroc à ne pas se conformer à la légalité internationale pour le règlement du conflit, qui l’oppose au Front Polisario sur le Sahara occidental, est la conséquence directe du rôle de la France, au sein du Conseil de sécurité, bloquant le parachèvement du processus de décolonisation au Sahara occidental.

Pour le chef de la diplomatie de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), Mohamed Salem Ould Salek, par le rôle que joue la France , au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, Paris «pousse la région à la guerre» a-t-il averti et de s’interroger «est-ce le choix préféré de la France ? Et pourquoi?», a-t-il lancé, hier, lors de la conférence de presse qu’il a animé, au siège de la représentation diplomatique de la RASD, à Alger. Saluant la tournée prochainement, du nouveau envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, pour le Sahara occidental, la première qu’effectuera l’ex-président Allemand, Kohler, depuis sa nomination à ce poste, le chef de la diplomatie sahraouie a déclaré que le rôle de l’ONU «doit dépasser le seuil des efforts et des discours de bonnes intentions» pour « assumer ses responsabilités par l’application du droit international», a-t-il indiqué. Alors que les prédécesseurs de Kohler, au poste d’envoyés personnels du SG de l’ONU pour le Sahara occidental, à l’exemple de James Baker et Christopher Ross ont buté, sur le refus de Rabat de se conformer à la légalité internationale, la position marocaine rendue possible «grâce au soutien inconditionnel de la France à Rabat dans sa colonisation du Sahara occidental», le nouveau envoyé, Horst Kohler réussira-t-il, là où ses prédécesseurs ont échoué ? Question qui s’impose, d’autant plus qu’à quelques jours du début de la tournée, du nouveau envoyé personnel du SG de l’ONU, Rabat anticipe et affiche déjà son hostilité, à travers son représentant auprès de l’ONU, Omar Hillal, déclarant «nous n’attendons pas une solution et nous allons vers la régionalisation avant l’autonomie» faisant ainsi obstruction à la mission de Kohler et persistant à tourner le dos au règlement pacifique sous l’égide de l’ONU, du conflit qui l’oppose au Front Polisario, sur la base des textes et l’esprit de la Charte de l’ONU. Sur les déclarations d’Omar Hillal et ses manœuvres lors des travaux de la quatrième commission de l’ONU, chargée des questions politiques spéciales et de la décolonisation, le chef de la diplomatie sahraouie dira que « Omar Hillal rame à contre sens de l’Histoire». Pas plus loin que mardi dernier, la quatrième commission de l’ONU a, en effet, mis en échec, toutes les manœuvres d’Omar Hillal visant à donner un autre visage à la présence marocaine au Sahara occidental autre qu’une force d’occupation, comme le stipulent les textes juridico-politiques de l’ONU, outre à porter, encore une fois un coup dur, aux déclarations mensongères du diplomate du Royaume chérifien. Dans son projet de résolution adopté sans vote, mardi, la quatrième commission s’est félicitée «des efforts déployés par le Secrétaire général et son envoyé personnel pour parvenir à une solution politique qui soit mutuellement acceptable» par Rabat et le Front Polisario et qui «assure l’autodétermination du peuple du Sahara occidental », souligne le projet de résolution, en rappelant la responsabilité de l’ONU à l’égard du peuple sahraoui. Aussi la commission de décolonisation de l’ONU a réitéré «le droit inaliénable de tous les peuples à l’autodétermination et à l’indépendance, conformément aux principes énoncés dans la Charte des Nations unies et dans sa Résolution 1514 du 14 décembre 1960, qui contient la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux», une réponse cinglante à Omar Hillal qui a tenté, en vain de donner un autre sens et une autre direction à la résolution 1514. Pour le chef de la diplomatie de la RASD, le temps est venu pour que le rôle de blocage de l’application du droit international au Sahara occidental, que joue la France, au sein du Conseil de sécurité, «cesse» pour venir à bout du règlement de la dernière question de décolonisation en Afrique inscrite à l’agenda de l’ONU. Dans le jeu «équilibriste et des équilibres» entre membres du Conseil de sécurité, détenteurs de droit de Veto, la France use de ce droit pour, cite le diplomate sahraoui, «pour priver le peuple sahraoui de son droit à l’autodétermination», pour «le non élargissement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental à superviser les droits de l’Homme». Ne manquant pas de rappeler, par ailleurs, qu’à ce jour «après plus de 42 ans d’occupation militaire marocaine de parties des terres de la République sahraouie» la communauté internationale, poursuit-il «ne reconnaît aucune souveraineté du Royaume marocain, sur le Sahara occidental, le Maroc est l’État occupant» des territoires sahraouis.
Karima Bennour