Ibrahim Al Jaâfari

Le chef de la diplomatie irakienne Al Jaafari bientôt à Alger : Pétrole, sécurité et prisonniers algériens au menu

La presse irakienne a fait état hier, d’une invitation officielle faite à Ibrahim Al Jaâfari, le chef de la diplomatie irakienne, de visiter l’Algérie dans les tous prochains jours. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, avait longuement discuté hier, à Baghdad, après un passage par Amman, avec Al Jaâfari.

Le plus clair des discussions a porté sur l’expérience irakienne avec le terrorisme, et Messahel a fait l’éloge d’un pays ami qui a pu, après maints sacrifices, assainir le paysage du fléau terroriste. C’est dans le cadre de la tournée dans le monde arabe qu’il mène sur instruction du président de la République, que Messahel continue à prendre son bâton de pèlerin.
Concernant la préparation de la visite du chef de la diplomatie irakienne à Alger, il est certain que, hormis les relations d’ordre commun, trois points ressortiront comme prioritaires. Le premier concerne le pétrole, ou plus exactement, la stratégie à adopter ensemble pour peser plus lourd au sein de l’Opep, et sinon faire monter les prix, du moins les stabiliser à un seuil acceptable. Car l’Irak comme l’Algérie, dépendent, dans une très large mesure des seules recettes des hydrocarbures, et de mauvaises recettes sont synonymes de problèmes financiers et sociaux importants.
Autre point à discuter, le terrorisme. L’Irak, depuis la reconquête de Mossoul et le délogement de l’état islamique vers la Syrie, aime à répéter qu’il a vaincu le terrorisme. L’Algérie a connu les mêmes affres et avait réussi, avant l’Irak, à se débarrasser du terrorisme, avec d’autres moyens et d’autres soucis en tête. L’Irak multicommunautaire et multiconfessionnel a certainement des choses à dire dont l’Algérie pourrait profiter.
Autre point, très épineux, mais programmé à être aplani : les prisonniers algériens détenus en Irak. Les familles algériennes des détenus avaient adressé plusieurs lettres aux Affaires étrangères, avaient organisé plusieurs sit-in, et avaient eu, au final, l’assurance des autorités algériennes de regarder de plus près la possibilité de clore un dossier qui traine depuis au moins six longues années. Ils étaient treize au départ à être mis au cachot pour des raisons diverses, dont principalement « entrée en Irak de manière illégale » et « liens présumés avec entreprise terroriste », «projets d’attentats » et « atteinte à la sécurité de l’état ».
En fait, ces chefs d’inculpation contre les ressortissants algériens sont des fourre-tout et ne rendent pas compte avec exactitude de la situation réelle de leur présence en Irak. La majorité des Algériens qui se sont retrouvés en Irak ont rejoint d’abord les pays limitrophes au lendemain de l’invasion américaine contre l’Irak et à l’appel des oulémas musulmans (dont une bonne majorité de prédicateurs saoudiens wahhabites). Capturés, mis au noir depuis des années, ils n’ont bénéficié ni d’un avocat, ni encore moins d’un procès équitable. Un détenu a été exécuté déjà en 2011 et l’Algérie avait vivement protesté contre l’iniquité du procès. Suite à quoi Baghdad a promis de discuter le dossier avec Alger. Mais depuis des années, les choses se sont arrêtées à ce stade. Des images prises par téléphone ont été recueillies par les familles des détenus en Algérie, et sur ces photos, prises à l’intérieur des prisons, les Algériens dénonçaient les conditions d’incarcération et l’entassement des prisonniers les uns sur les autres ainsi que l’insalubrité et l’iniquité des geôliers.
F. O.