Ahmed Bedjaoui

La révolution algérienne par l’image et la lumière : Hommage aux pionniers du domaine

-La journée d’étude sur «La révolution algérienne par l’image et la lumière» organisée, hier au siège du Conseil de la nation, à travers notamment trois thèmes développés, par le critique de cinéma Ahmed Bedjaoui, l’historien Mourad Oueznadji et le réalisateur Ahmed Rachedi, a allumé le projecteur sur, le rôle indéniable et essentiel qu’a joué l’image dans l’internationalisation de la lutte du peuple algérien pour son indépendance.

Conscients de l’importance de l’image et de l’audiovisuel, parallèlement au rôle de l’information, dans l’action de sensibilisation du monde, à la cause du peuple algérien et pour contrer la propagande des autorités coloniales françaises, les responsable de la révolution algérienne, ont vite fait d’investir, ce domaine. Considérant Tahar Hannache, comme premier cinéaste algérien, le critique cinéma, l’animateur pendant une vingtaine d’années de l’émission culte, Téle-Ciné-Club, Ahmed Bedjaoui dira que Tahar avait signé quelques documentaires avant de mettre en scène ce qui peut être considéré comme la première fiction algérienne, «Les plongeurs du désert». L’équipe technique était entièrement algérienne, Bedjaoui, citant Djamel Eddine Chanderli et son oncle Tahar Hannache à la réalisation, Mohamed Iguerbouchen à la musique et Himoud Brahimi comme acteur principal, animant lors de cette journée, une conférence autour « du rôle de l’image dans la bataille de la libération.» Les moyens dont disposait l’équipe pour ce tournage étaient très faibles, se contentant sur la musique pour nourrir la bande-son pour un film racontant comment, Himoud dans son rôle de Momo devait plonger en apnée pour purger les palmiers, tandis que le colon d’en face disposait d’une simple pompe, et que le film a été achevé peu de mois avant le déclenchement de la révolution. Le poète algérien Jean Sénac écrira quelques années plus tard, rappelle, hier, Ahmed Bedjaoui, que « Sait-on que le film Les plongeurs du désert de Tahar Hannache fut boycotté par le Gouvernement général sous prétexte qu’il était entièrement financé, réalisé et joué par des « autochtones » ». Ce qui a été en vain, puisque bon nombre d’algériens et des passionnés du métier cinématographique à travers le monde amis de la révolution algérienne ont réussi à capter les instants et moments ainsi que des images de la lutte du peuple algérien, faisant le tour du monde, constituant , des années plus tard une partie des archives de l’Algérie indépendante. Et c’est Djamel Eddine Chanderli qui sera, selon Ahmed Bedjaoui, le premier à filmer dans les maquis avant de doter le service cinéma de l’armée de libération de ses premières caméras. Beaucoup de cinéastes et de cameramen algériens et étrangers, amis de la lutte du peuple algérien pour son indépendance, se sont distingués dans des fictions. Des noms ont été cités, nombre de fois, hier, par Ahmed Bedjaoui outre les intervenants, lors du débat, à l’exemple de Djamel-Eddine Chanderli, le militant français René Vautier, Mohamed-Lakhdar Hamina ainsi que le Docteur Chaouli. Des enregistrements d’ images vivantes, avec tous les risques que cela comportait, sur les champs de bataille et sur la vie quotidienne dans les maquis et aussi dans les différents camps de réfugiés, pour en faire des documentaires, qui devaient servir d’appui aux actualités, notamment à travers les journaux télévisés des pays étrangers dont ceux soutenant la révolution algérienne. Les années de l’indépendance, le cinéma algérien sera presque exclusivement tourné vers les films sur la guerre de libération, lesquels films ont signé, faut-il le noter, la gloire du cinéma algérien, car, pour beaucoup, la passion et le rêve y étaient, pour ne citer « l’Incendie, le Vent des Aurès, l’opium et le bâton, les enfants de Novembre, Chroniques des années de braise et tant d’autres. Et la grande question que tout le monde se pose, notamment de nos jours, comment s’y prendre, pour faire revenir, en racontant, à travers le grand écran, avec touts le progrès enregistré dans ce secteur, notre histoire d’hier, pour sauvegarder la mémoire collective et qu’elle puisse se transmettre aux générations actuelles et futures. Le Cinéma étant, un des moyens, pour y parvenir, le secteur souffrant déjà de nombreux maux, dont principalement l’absence d’écriture de scénario en général, l’écriture de notre histoire demeurant encore un grand chantier, des expériences de réalisation de films sur des figures emblématiques du mouvement de libération, ont et sont menées par certains, depuis peu d’années, à propos desquelles beaucoup d’encre a coulé. L’historien Mourad Ouznadji, qui animant sa conférence sur le thème « les personnalités historiques, principal axe dans le cinéma algérien», n’a pas manqué, de relever, la problématique de l’écriture de notre Histoire, pour que les réalisateurs puissent trouver matière.
Karima Bennour