Ikken

Khaled babouri-Farid Ikken, destins parallèles : Inanité de l’action et désespoir de la cause

à une année d’intervalle, la mort de deux Algériens, de profil plutôt tranquille, suscite l’incompréhension et soulève des interrogations à longueur de lignes. En août 2016, Khaled Babouri (dont la dépouille mortelle est toujours en Belgique) a commis un acte abominable en s’attaquant à la machette à deux policières à Charleroi. Tout dans son acte le présentait comme un terroriste de type Daesh. Mais il n’en était rien. Khaled était un loubard de quartier, un asocial, un desperado à la petite semaine, rien de plus.

Près d’un an plus tard, un autre Algérien, à Paris cette fois-ci, commet un acte dont l’inanité est insoutenable : s’attaquer à des policiers en faction avec…marteau et couteau. Au contraire de Babouri, Ikken n’en est pas mort. Blessé, il est hospitalisé et inculpé pour tentative d’assassinat sur policiers en fonctions, en relation avec entreprise terroriste.
Dans un cas comme dans l’autre, on pouvait s’attendre à une récupération de Daesh de l’acte perpétré, pour mieux frapper les esprits, mais cela aussi aurait été vain, car les deux personnages n’offrent pas visiblement le profil terroriste pro-Al Baghdadi ; de ce fait, il faut prospecter dans d’autres directions.
Pour le premier, Babouri, c’est un cas type de désespoir conjugué à des échecs sociaux et professionnels, la mal-vie et des problèmes de santé. Le tout est assorti d’ordres de rapatriement en Algérie par la police belge. Babouri vivait sous l’imminence d’un rapatriement immédiat. De ce fait, les policiers devenaient sa hantise ; et il était dans l’ordre de sa logique à lui, ayant atteint un stade avancé du désespoir, d’arriver à haïr la police locale. S’attaquer à elle se présentait comme la phase ultime de l’expression du désespoir.
Pour Ikken, le cas est encore plus édifiant car plus troublant. Journaliste débutant, propriétaire d’un site Internet, marié en Suède, étudiant en France, il avait tout pour présenter un profil de quelqu’un qui a réussi sa vie. Mais la réalité réside toujours dans les détails insignifiants : échecs professionnels et familiaux, déprime, horizons obstrués et état psychologique déplorable. Comme pour Babouri, la chute de haut était programmée et imminente.
Se jeter dans les bras hypothétiques de Daesh était un acte de désespoir, un refuge ultime, et non pas un geste réfléchi et programmé. Daesh n’a jamais entendu parler de lui, ni ne l’a investi d’une mission…avec un marteau à la main.
Dans ce type d’acte désespéré, se donner un emballage théologique a toujours fait partie des moments ultimes où il fallait se vêtir d’un habillage important et glorifié. Mais Ikken n’était ni un exalté, ni un islamiste, loin s’en faut. Sa radicalisation « dans les dernières minutes » de son passage à l’acte explique et confirme notre propos.
Certains cherchent des motifs du côté de ses thèses indépendantistes puisées chez le MAK, ou de ses échecs personnels, qui l’ont poussé à sa radicalisation soudaine. Journaliste, il n’arrive pas à s’imposer dans la presse écrite, voit ses tentatives de créer un site électronique, échouer lamentablement. Autant de causes à joindre à son divorce, ses soucis familiaux, et surtout une mauvaise, ou une non-intégration dans les sociétés occidentales; de ce fait, une pression couvait, et qui pouvait déboucher sur n’importe quoi. Daesh ne sera que l’alibi.
F.O.