Jean-Michel Jarre

Jean-Michel Jarre : La musique comme «contre-pouvoir»

En tournée mondiale, le vétéran de l‘électro donnera samedi 20 mai son premier concert à New York. Le compositeur revient après sept ans d’absence avec l’espoir que sa musique apporte «de l’oxygène» aux États-Unis et à l’heure des attentats en Europe.
Jean-Michel Jarre donnera son premier concert, à New York, le 20 juin. Le vétéran de la musique électronique n’a rien à envier aux autres, il ferait même plutôt des envieux. L’exceptionnelle longévité du compositeur français (quatre décennies de carrière) fait de lui un artiste rare. Il vient de mettre fin à sept ans de silence avec la sortie de son nouvel album Electronica, qu’il a enregistré avec la crème de la musique mondiale: Cindy Lauper, Pet Shop Boys, Air, Massive Attack.
Le concert new-yorkais aura lieu au célèbre Radio City Music Hall, une salle de 6.000 places. Cet événement devrait être un temps fort de la première tournée américaine de ce Parisien de 68 ans, qui fut l’un des premiers à populariser la musique électronique. Jusqu’ici, Jean-Michel Jarre n’avait à son actif américain qu’un concert à Houston, au Texas, en avril 1986, un de ces concerts géants qui ont fait sa réputation puisqu’il avait réuni plus d’un million de personnes.
Cette fois, la tournée qui s’achève le 27 mai lui fera traverser le pays d’Est en Ouest, de Boston à Los Angeles. Le célèbre musicien explique pourquoi, il n’avait jamais vraiment fait de tournée aux États-Unis: «J’ai eu une relation difficile avec mon père», le célèbre compositeur de musique de films Maurice Jarre, dit-il. «Il a vécu aux Etats-Unis pendant 60 ans, à Los Angeles, et ça a été difficile pour moi d’aller en Californie parce que je considérais que c’était le territoire de mon père.»

Apporter de l’oxygène
Musicien engagé, pro-européen et anti-Trump, celui qui a sorti, il y 40 ans, le premier disque Oxygène au succès planétaire, espère que cette tournée permettra de «faire en sorte que la musique puisse apporter de l’oxygène, sans jeu de mots, et être en partie un contre-pouvoir émotionnel». Lui qui a enregistré l’an dernier une chanson avec Edward Snowden – un «lanceur d’alerte» qu’il faut «protéger» – estime que la musique électronique, plus que d’autres, peut faire «sentir le côté sombre ou le côté ambigu des technologies actuelles».
Dans ce contexte, ce Parisien se félicite de l’élection du nouveau président français Emmanuel Macron, porteuse d’espoir selon lui après le Brexit et la victoire de Donald Trump aux États-Unis. «On pouvait aller sur le côté sombre de la force, et on est allé plutôt sur la partie lumineuse de la force (…) Quoi qu’il se passe après, cette élection-là donne un signe de rupture positive, un signal qui est plutôt encourageant pour l’extérieur. On peut être pour une fois assez fier de la France!» confie-t-il à l’AFP en souriant.
«Traumatisé» par les attentats de Paris du 13 novembre 2015 (130 morts), il dit n’avoir compris qu’après comment ce choc avait affecté sa musique. En réécoutant Oxygene 3, «je me suis rendu compte (…) qu’il y avait des interruptions chaotiques», affirme Jean-Michel Jarre.
«En analysant ces moments chaotiques après coup, c’était comme le sentiment qu’on avait tout à Paris: qu’on peut sortir au coin de la rue et que tout peut arriver, vous pouvez aussi bien rencontrer l’amour de votre vie ou mourir du terrorisme. Ce n’est pas comme vivre en permanence dans un climat de guerre, c’est l’inverse: c’est la paix avec juste un élément de chaos qui survient».

L’intelligence artificielle, prochaine évolution de la musique
Quant à l’évolution de la musique, l’omniprésence de la musique électro conforte ce qu’il pressentait en se lançant dans la composition avec synthétiseurs dans les années 1970. «J’étais convaincu très tôt que la musique électronique n’était pas un genre en soi, mais une autre façon d’aborder la composition musicale (…) J’étais persuadé que ce serait la manière de faire de la musique, de la produire et même de la distribuer aujourd’hui» déclare le compositeur.
Il attend maintenant la prochaine révolution, celle de l’intelligence artificielle. «Il y aura des robots, des machines qui seront capables de créer de la musique, des histoires, des films et donc notre rôle devra être repensé sur le plan de la création», dit-il avec enthousiasme. En attendant son avènement, il poursuit sa quête du «morceau idéal».
«C’est comme un mirage, comme une savonnette, on court après», dit-il. «Quand je fais quelque chose, il y a en permanence contradiction entre frustration et espoir: frustration que ce qui est fait n’est pas suffisamment bien, et espoir qu’au prochain coup, ce sera mieux», conclut Jean-Michel Jarre.