Bouteflika-Macron

Il rencnontre Bouteflika, il reconnait implicitement les crimes coloniaux et s’offre un bain de foule… Macron reçu en grande pompe à Alger

C’est une visite en grande pompe que celle faite, hier à Alger, par le président français Emmanuel Macron, sur invitation du président de la République, Abdelaziz Bouteflika. Une première depuis qu’il est à la tête de l’État français, après celle de février dernier en tant que candidat à l’Élysée. Une visite d’amitié et de travail, certes de courte durée, mais dont le caractère politique, mémoriel et symbolique n’enlève en rien au message qui augure une avancée notable dans la relation algéro-française.

À son arrivée, en fin de matinée, à l’aéroport international d’Alger, Emmanuel Macron a été accueilli par de hauts cadres de l’État algérien, parmi lesquels le président du Sénat Abdelkader Bensalah, le Premier Minsitre Ahmed Ouyahia, le vice-ministre de la Défense Ahmed Gaïd Salah, ainsi que d’autres responsables du gouvernement et les représentants diplomatiques français en Algérie. À priori, et quand bien même elle n’est pas dite d’État, la visite de Macron à Alger se veut un geste politique fort à la relation d’exception entre l’Algérie et la France. Fortement attendu sur le dossier mémoriel, d’autant plus qu’il a qualifié la colonisation -en tant que candidat- de «crime contre l’humanité», le chef d’État français s’est dirigé au Sanctuaire du Martyr d’Alger, où il a déposé une gerbe de fleurs à la mémoire des martyrs de la guerre de Libération nationale. Une réponse par le geste ? Peu de temps après, le jeune président français, qui s’est offert une balade dans le centre d’Alger, a été interpellé au cours de sa marche pédestre par des jeunes algériens sur la reconnaissance des crimes coloniaux. «Votre génération doit regarder l’avenir. On doit reconnaître (les crimes coloniaux, ndlr), mais la jeunesse algérienne ne doit pas toujours regarder le passé (…) Vous me voyez ici aujourd’hui. Les crimes commis ont été reconnus (…)», a-t-il répondu, en invitant la jeunesse, à laquelle il fait un clin d’œil, à tourner la page. Ainsi, au cours de sa balade menée de la Grande-Poste jusqu’à la Place Emir Abdelkader en traversant la Rue Larbi-Ben M’hidi (ex- rue d’Isly), Macron a eu droit, à la fois, à un bain de foule et aux interpellations de la jeunesse en particulier. Pour le restant de sa visite, le président français a été reçu en audience par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, en présence d’Ahmed Ouyahia, Gaïd Salah, le MAE Abdelkader Messahel et d’autres membres du gouvernement. Auparavant, il a eu des entretiens avec le Premier ministre ainsi que le chef d’état-major de l’ANP. Les discussions et selon l’agenda tracé entre les deux parties, ont porté sur l’examen du partenariat d’exception entre l’Algérie et la France. Aussi, sur le plan économique, il était question d’«explorer de nouvelles voies pour renforcer leur coopération et leur partenariat». D’autre part, Macron a échangé avec les hauts cadres de l’État autour du dossier sécuritaire ainsi que la situation prévalant dans la région. À l’issue de son entretien avec Bouteflika, le chef d’État français a déclaré : «Nous avons évoqué plusieurs sujets bilatéraux, notamment la volonté conjointe de renforcer les liens économiques ainsi que des sujets qui trouveront leur issue lors de la 4e session du Comité intergouvernemental de haut niveau algéro-français (CIHN)».
Farid Guellil