Hayatou

Il est délogé de son trône par le Malgache Ahmad Ahmad lors d’un vote sanction : Pas de grand huit pour Issa Hayatou

Le «vieux lion» est resté bien sage dans sa tanière. Ne rugira plus. Difficile pour lui de se relever d’un tel revers. La dernière AGE de la CAF a tourné court pour le président sortant. A l’humiliation. Une page du football africain vient d’être tournée, une autre qui s’ouvre sur fond d’espoirs. Que faut-il attendre de la nouvelle ère qui commence ? Le premier concerné a quatre ans pour répondre en menant à bon port la refonte promise. On peut le croire…

Un règne sans partage
Une journée pas comme les autres, historique même pour le football africain que ce jeudi 16 mars 2017 (une date à retenir) qui a vu, dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba, l’AG élective de l’instance en charge de la gestion du football continental, l’auguste Confédération africaine de football (CAF) pour ne pas la nommer, changer de maître en élisant un nouveau président, l’indéboulonnable Issa Hayatou, en poste depuis 1987, d’où un surnom loin d’être volé d’ «empereur», et malgré son statut de super favori (on peut mesurer et apprécier combien la surprise aura été grande, on parle de véritable séisme) est sanctionné, c’est le mot, à l’unanimité par ses pairs en choisissant, pour le remplacer aux plus hautes fonctions, le Malgache Ahmad Ahmad, dont l’ambition, le rêve même (il était peut-être le seul à y croire malgré toutes les supputations en provenance de la Fifa et le soutien qu’on disait indéfectible du successeur du non moins inamovible Blatter sorti par la porte de service, pour des accusations de corruption et interdit désormais de toutes activités liées à la discipline, l’Italo-suisse Infantino, était de prendre le relais du vieux dictateur camerounais. Ce n‘était pas gagné à l’avance mais le challenger, qui a reçu la bénédiction de la famille du football africain aura su tenir avant de mener, de main experte, une campagne à l’image des vertus du sport aux destinées duquel il vient d’être chargé et haut la main (les résultats du suffrage en attestent et confirment le vent de changement qui souffle maintenant sur les grandes associations sportives mondiales, et donc la volonté du continent de ne pas en rater le train en décidant, sur un score sans appel, d’envoyer le «vieux lion» (il fêtera l’été prochain son 71e anniversaire dans la déception que l’on peut imaginer), qu’on croyait indomptable pour reprendre l’appellation qui sied si bien à la sélection nationale de son pays, à la retraite au moment où peu de monde accordait la moindre petite chance à son concurrent. Après 29 années (il a été élu en août 1987) de règne sans partage, celui qui a pris le pouvoir (il en fera ce qu’il voudra) à la mort de son prédécesseur, un autre «despote», l’Ethiopien Ydnekatchew Tessama, accumulera aussi bien les mandats (sept au total et dans la tradition des dirigeants du continent chargés à vie, souvent à leur convenance, de mener les affaires dans une stricte logique familiale en ne quittant, ce qui est entré dans la normalité, le fauteuil que pour cause de décès) que les scandales. En écrasant, du haut de ses pouvoirs illimités, toute opposition. En se permettant, à sa guise et par des tours de passe-passe dont il avait le secret, de renverser (à son profit et en laissant quelques miettes à ses serviteurs dans une maison bâtie à sa taille) bien des situations compromises (compromettantes ?). Comme il y a deux années (avril 2015) quand, et alors que la retraite était toute proche, la porte de sortie tout indiquée et la fin d’une époque jugée consommée, il usera de ses dons de «sorcier», loin de toute morale, pour relancer sa carrière de chef suprême d’un ballon africain ne tournant plus aussi rond. L’astuce est toute trouvée, la direction la plus sûre. Celle, impériale et imparable, de toucher aux statuts de l’institution. En modifiant, sans que personne ne crie au scandale, la fameuse règle de la limite d’âge dont l’opération passera comme une simple lettre à la poste.

A plate couture
Dans la lignée de toutes les affaires scabreuses qui jalonnent son parcours depuis près de trois décennies quand même et les annales retiendront le record de longévité qu’il disputera aussi bien au défunt Havelange, ou son mentor et protecteur de toujours, Blatter, qu’il servira avec fidélité et avec lequel il partage aujourd’hui la même trajectoire, sa défaite électorale ne devant pas le dispenser de futurs ennuis judicaires, qu’il s’est assis sur le fauteuil. En profitant des avantages qui vont avec. Avec cette impression jamais démentie de figurer parmi les intouchables. Au point de ne pas voir venir ou apprécier à sa juste mesure la fronde portée par des jeunes loups subitement revigorés, encouragés même, par les changements intervenus au plus haut sommet de la Fifa, son tout nouveau patron, porteur de nouveaux projets, ouvrant la voie à de nouvelles donnes, la plus importantes, au chapitre des priorités et c’est apparu au grand jour lors du scrutin de ce jeudi à part, historique, étant que Hayatou, oubliant de penser à sa succession, n’avait plus les moyens de museler ses détracteurs et plus aucun pouvoir, aucune influence à même de ramener à ses vues une majorité silencieuse qui saura finalement user du bulletin secret, prendre une belle revanche et le renvoyer chez lui, à Garoua, dans le nord du Cameroun, finir de digérer sa cuisante défaite, lui qui se savait pourtant menacé dans son portefeuille de super dirigeant qui savait si bien (en usant de la ruse et d’une intelligence largement au dessus de la moyenne) mettre à ses pieds des opposants nourris au biberon et d’avantages en tout genre) son trône menacé. Hayatou, qui aimait tellement le pouvoir et qui en usera et abusera à volonté, n’avait dès lors plus d’avenir et le conclave d’Addis-Abeba (une sanction sans appel de 34 voix contre 20, et ça fait beaucoup pour un homme habitué aux victoires éclatantes) le confirmera. Quel est l’apport de Hayatou au football africain ? Les plus neutres (même ceux qui le critiquent lui reconnaissent un bilan global plutôt positif n’eurent été ses errements et son goût inconsidéré pour les «one man shows») diront que le continent a bénéficié assez largement de certaines de ses acquisitions (on citera, pour mémoire, et à titre de «reconnaissance», quelques avancées notables, comme la nette amélioration des finances et la confiance que lui ont «témoigné» bien des sponsors, ou ce gain significatif en terme de représentativité dès lors que l’Afrique, longtemps sous-cotée, gagnera, à l’occasion du premier show universel organisé sur son sol, en Afrique du Sud, en 2010, l’année du retour des Verts parmi le gotha mondial, trois nouvelles places dans la messe quadriennale en en comptant cinq) plaideront toutefois pour lui. Contesté comme jamais et affaibli par des soucis de santé (des problèmes rénaux) récurrents, Hayatou est donc reparti affronter l’AGE de la Caf, les mains presque dans les poches.

Excès de … confiance
En accordant très peu de crédit à son «challenger N°1», Ahmad Ahmad le Malgache, qui avancera ses pions avec l’assurance que lui conféraient sa relative jeunesse (il est âgé de 57 ans), et son activité débordante, au détour de ses longs périples à travers le continent avant de finir (c’est maintenant acté) par convaincre de la justesse de son projet. Et, surtout, de la nécessité pour l’Afrique, de ne pas perdre quatre autres années à subir le diktat d’un Hayatou finissant. Qui, comme Blatter, ou son alter-ego européen, Michel Platini (ci- devant ancien président de la toute puissante Union Européenne de Football) qui ont dû céder le témoin sous le poids insupportable d’accusations de corruption, pourrait (pour peu que les soupçons se confirmaient) répondre des nombreuses accusations du même type qui jonchent (un bail) ses sept (07) mandats. Privé de ses nombreux soutiens, lâchés par ses plus proches lieutenants, le Camerounais vérifiera finalement, à ses dépens (il ne voyait apparemment pas le coup venir, du moins pas aussi brutalement avec une élection qui tournera à l’humiliation) que l’heure du changement a sonné.
Verdict logique pour Ahmad dont le mérite (un candidat de dernière minute qui n’a décidé de dévoiler ses intentions d’entrer dans la course que tardivement, sans grandes convictions pensait-on, l’officialisation étant intervenue à la mi-janvier dernier) est de s’être accroché à son rêve «insensé» de déboulonner la statue à la seule vue de laquelle bien de ses ennemis intimes se débinaient. Qui bénéficiera, on le sent, de soutiens de poids. Saura, tout simplement, en bon challenger, convaincre les «hésitants» (à n’en pas douter et comme de tradition dans la maison controversée du Caire ils étaient nombreux à ne pas se déclarer de peur de représailles) à se rallier à son programme et son désir de nettoyer les écuries d’Augias. A lui accorder (et de quelle manière !) leur confiance, le signal le plus fort étant venu, comme on le soulignait récemment, sous la forme d’un soutien sans faille exprimé par l’ensemble (au nombre de 14 et l’assurance de partir avec les faveurs des pronostics) des fédérations réunies sous la bannière de la COSAFA. De premiers coups de boutoir qui annonceront le début de la fin d’un président qui aura du mal à encaisser. A charge pour le nouvel homme fort du jeu à onze africain de faire oublier trois décennies de pouvoir personnel.
De convaincre maintenant à l’épreuve du terrain. Convaincre qu’il envisage l’avenir de la même manière que la majorité qui vient de le mandater pour de sacrés défis. Le plus important restant la communauté de destin. Destin d’un football continental capable de mieux s’exprimer dans la cour des grands. Convaincre en tenant ses promesses. Au moins. Promesse de faire table rase du passé avec ce retour annoncé de (re)toucher à nouveau aux statuts avec le retour à la limite d’âge (70ans) preuve de sa bonne foie qu’il ne compte pas suivre le même chemin de son prédécesseur. Un «empire» s’écroule, une nouvelle ère vient de commencer. Les fédérations nationales, qui demandent plus de pouvoir c’est même compris dans son programme) jugeront sur pièce. Pourvu qu’il ne soit pas pris en otage par l’ancienne cour du président sortant qui a encore, même loin du fauteuil et avec la capacité de nuisance qu’on lui connaît, plus d’un tour dans son sac. Dure, dure, sera la mission.
Par Azouaou Aghiles