Tayeb Louh

Fraude aux élections législatives : Tayeb Louh minimise l’ampleur du phénomène

Le ministre de la Justice et garde des Sceaux, Tayeb Louh, a affirmé avant-hier, lors d’une conférence de presse animée à Alger, que son département a diligenté une enquête sur les cas de fraudes signalés lors des élections législatives du 4 mai.
Selon le ministre, ses services ont abouti à l’identification des responsables figurant sur les vidéos postées sur les réseaux sociaux portant sur des tentatives de fraudes. « Suite aux requêtes des partis politiques, et la publication d’une vidéo sur les réseaux sociaux montrant une tentative de fraude, une instruction a été ouverte. Le parquet avait entamé son enquête mercredi et écouté les concernés par cette vidéo », a-t-il affirmé. En effet, même si le ministre de la Justice tente de minimiser l’ampleur de ce phénomène, le bourrage des urnes a incontestablement marqué les élections législatives du 4 mai dernier, comme le démontrent les vidéos qui circulaient depuis la matinée du scrutin sur les réseaux sociaux, postées par des internautes depuis les bureaux de vote. Des vidéos qui ont fait réagir la classe politique nationale, ainsi que la HIISE (Haute instance indépendante de la surveillance des élections) qui ont interpellé les autorités et le ministère de la Justice pour y intervenir et mettre fin aux pratiques de triche qui ternissent l’image du pays et touchent à la crédibilité des élections. Un phénomène qui nuit non seulement à la crédibilité des élections, mais aussi à l’autorité de l’état. Louh est allé dans le détail pour faire part du nombre des infractions électorales enregistrées, du moins celles reçues par les services de la HIISE et celles notées par des partis. «Nous avons été destinataires, de la part de la HIISE, de 38 saisines qui vont suivre le cours judiciaire, avec l’ouverture d’instruction à Bouira ou d’autres wilayas du pays », a-t-il assuré. Par ailleurs, les formations politiques qui n’ont pas digéré le résultat du scrutin, crient au scandale. Comme c’est bien le cas du Front des forces socialistes (FFS) qui ; dans un communiqué rendu public, affirme avoir déposé 13 recours sur des dépassements enregistrés lors de ce rendez-vous avec «des preuves à l’appui». Selon la formation politique de l’opposition, «tous les documents et preuves matérielles justifiant le bon droit du parti à réclamer des sièges dans ces circonscriptions ont été déposés auprès du Conseil constitutionnel», pouvait-on lire dans le communiqué.
Le FFS, qui a obtenu 14 sièges, après la proclamation des résultats de scrutin par le Conseil constitutionnel, espère porter son quota de sièges à 27 dans l’espoir de conforter sa position dans la prochaine composante parlementaire. Pour sa part, le Rassemblement national démocratique (RND), qui a été gratifié de trois sièges supplémentaires, après la validation des résultats du scrutin par l’institution de Mourad Medelci, porte le nombre de députés à son actif à 100. Même son de cloche chez d’autres formations politiques. Le Mouvement de la société pour la paix (MSP), le Parti des travailleurs (PT) ont également déposé des recours auprès du Conseil constitutionnel. Si certains partis ont choisi le chemin légal pour défendre leur droit, d’autres formations, sinon deux, n’ont pas trouvé mieux que d’opter pour la grève de la faim à l’effet de dénoncer le résultat du vote.
Comme c’est le cas du FNA de Moussa Touati et le FNJS de Khaled Bounedjma. Pour ce qui est du taux d’abstention enregistré lors des élections législatives du 4 mai dernier, le ministre de la Justice plaide pour l’engagement de réflexions à même d’identifier les raisons de ce phénomène et les mécanismes à mettre en place pour inciter les gens à exercer leur doit constitutionnel dans le choix de leurs élus au sein des différentes assemblées.
Pour rappel, le taux d’abstention enregistré lors de ce rendez-vous électoral a mis le gouvernement et les partis politiques dans l’embarras. Plus de 35% seulement des citoyens ont exprimé leurs voix contre près de 65% d’abstentionnistes sur un total de 23 millions d’électeurs, selon les données chiffrées annoncées par le Conseil constitutionnel. Une participation des plus alarmantes dont l’une des raisons principales de l’ancrage de ce phénomène au sein de la société est dû, selon le commun des observateurs et des analystes de la scène politico-électorale, à la crise de confiance entre l’électeur et les institutions publiques. En attendant les chiffres portant résultats définitifs du Conseil constitutionnel, le Front de libération nationale (FLN) garde toujours sa position de la première force politique au sein de la Chambre basse du Parlement, avec 164 sièges suivi par son allié stratégique, le Rassemblement national démocratique (RND) avec 100 sièges et l’Alliance islamiste MSP avec 33 sièges.
Abdellah Bourim