France

France : Macron, le trentenaire qui veut s’offrir l’Elysée

Enfant chéri du système mais qui se dit «anti-système», conformiste ou audacieux, «ni de droite, ni de gauche», Emmanuel Macron, trentenaire à l’ambition immense, a fait irruption dans la campagne présidentielle en espérant s’offrir l’Elysée pour premier trophée.

Ancien banquier d’affaires chez Rothschild, inconnu il y a trois ans, ministre de l’Economie deux ans durant, héritier et parricide de François Hollande, le candidat, pour la première fois face à des électeurs, promet un «renouvellement» profond de la vie politique, à la tête d’un grand mouvement du centre. Education bourgeoise chez les jésuites à Amiens, nez dans les livres auprès de sa grand-mère , de collège, c’est un élève modèle, mais aussi rebelle quand il s’agit de défier les conventions pour épouser sa professeure de français au lycée, de 24 ans son aînée.
Avec Sciences-Po Paris, un diplôme de philosophie, l’ENA promotion Sedar-Senghor puis l’Inspection générale des finances, il a attiré l’œil de ses premiers mentors politiques: Jacques Attali en 2007; puis François Hollande, qui le nomma secrétaire général adjoint de l’Elysée en 2012 et le propulsa à Bercy, à l’été 2014. Ses «intuitions», alors qu’il n’a que «cinq ans de boutique en politique», selon l’expression d’un rallié de droite, impressionnent dans son premier cercle comme chez ses adversaires.
«Je pense que Macron a eu l’intuition, précisément parce qu’il était extérieur à la vie politique traditionnelle, que les partis de gouvernement avaient créé leurs propres faiblesses, avaient perdu leur propre attractivité, étaient, pour reprendre un vieux mot, usés, fatigués, vieillis», confiait récemment François Hollande. Par exemple, «il a eu cette intuition de créer En Marche! quand il a élaboré sa loi» adoptée par 49-3 à l’été 2015, se souvient le député PS Richard Ferrand. C’est en défendant ce texte fourre-tout, qui va de l’extension du travail du dimanche à la libéralisation du transport en autocar, qu’»il a constaté les scléroses du pays», souligne ce soutien de la première heure, secrétaire général du mouvement lancé le 6 avril 2016.

«Son plaisir c’est de jouer»
A la tête de sa petite entreprise politique, siglée de ses initiales, qui revendique aujourd’hui 250.000 adhérents (sans obligation de cotisation), Emmanuel Macron a affiché de plus en plus ostensiblement ses ambitions, avec un fervent meeting fondateur à La Mutualité le 12 juillet 2016 devant 3.000 personnes, puis en quittant le gouvernement le 31 août. Le trentenaire veut à la fois «libérer» et «protéger», en refondant «un modèle social dépassé» tout en «réarmant les individus». Un programme jugé flou par ses détracteurs, qui raillent sa propension à articuler dans la même phrase deux idées contradictoires, sans toujours éviter le jargon «techno».
Son ascension a aussi été scandée par des déclarations polémiques: la colonisation était qualifiée en février de «crime contre l’humanité», alors qu’en octobre il avait noté que «la réalité de la colonisation» c’est «il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie». Il a indigné la communauté LGBT, ainsi que l’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira, en affirmant que les opposants au mariage pour tous avaient été «humiliés.»
Alors qu’il était ministre, il a aussi choqué en qualifiant «d’illettrées» les employées d’un abattoir, ou bien en répondant à des grévistes en tee shirt qui lui reprochaient son costume, que «la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler». Lui vante sa volonté de «tourner la page non seulement des cinq dernières années, mais aussi des vingt dernières», et prône la «bienveillance».
Avec son ascension dans les sondages, Emmanuel Macron, 39 ans, regard bleu et sourire facile, s’est laissé gagner par la ferveur des réunions publiques, s’attardant sur scène, se délectant des «Macron président!», au point que ses adversaires se moquent des attitudes «christiques» ou de «gourou». S’il n’est pas élu, ses intentions profondes restent énigmatiques. «Macron, son plaisir c’est de jouer, c’est pas de gagner. Le jour où il aura perdu, il s’en fout, il passe à autre chose», assurait à l’automne un membre du gouvernement. Lui, jure qu’il gardera les commandes d’En Marche! et un œil sur l’avenir. Et en même temps qu’il ne sera «plus en politique dans 20 ans». Paradoxal ?