France : L’affaire Benalla s’envenime

L’affaire de «Monsieur sécurité» de l’Elysée, Alexandre Benalla, s’envenime de jour en jour, qualifiée de crise politique ouverte par Jean-Luc Mélenchon qui tient pour responsable le président Emmanuel Macron. L’onde de choc provoquée par les révélations du journal Le Monde, vidéos à l’appui, sur les agressions violentes du collaborateur du président Macron pour la sécurité contre des manifestants le 1er mai dernier, ne cesse d’occuper le devant de la scène médiatico-politique française.

Au moment où l’enquête judiciaire suit son cours avec le prolongement de la garde à vue d’Alexandre Benalla, la commission d’enquête parlementaire s’apprête à auditionner aujourd’hui le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. D’ailleurs, l’installation vendredi soir de cette commission a entraîné une paralysie de l’Assemblée nationale française suite au refus de la majorité présidentielle (La République en marche) que les auditions soient publiques. «Une crise politique est ouverte. L’Assemblée est paralysée. La hiérarchie de la police aussi, parce que trois mises à pied ont bousculé une règle aussi vieille que la haute fonction publique d’Etat : les fonctionnaires servent et obéissent, mais c’est le politique qui endosse les responsabilités», a résumé le leader de la France Insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon dans un entretien au Monde, tenant pour principal responsable de cette crise le président de la République française. Pour lui, Emmanuel Macron «n’a jamais géré de crise politique de sa vie, ni en tant que maire, ni en tant que parlementaire, ni en tant que ministre. Il a réagi comme si l’Etat était une entreprise : il met à pied trois chefs de rayons et pense que tout est réglé. Il se trompe. La crise va durer», a-t-il souligné, indiquant dans la volée que le ministre de l’Intérieur est «déjà disqualifié».
Qualifiant cette affaire d’être «du niveau du Watergate», Jean-Luc Mélechon, estime que le président Macron «a pensé que l’affaire s’arrêterait toute seule. Il a commis une erreur grave. Personne ne lâchera prise». Dans son éditorial de samedi, Le Monde a écrit que l’affaire est en train de se transformer en affaire d’Etat, fragilisant l’exécutif «sur ce qui devait au contraire faire sa force : la promesse des pratiques d’un “nouveau monde”. La presse, dans son ensemble, a fustigé «le Rambo» et «le mutique» de l’Elysée faisant état d’une polémique qui se poursuit. «Le président ne s’est toujours pas expliqué sur l’invraisemblable omniprésence à ses côtés de ce “gros bras” de sa campagne», s’est indigné la République des Pyrénées, alors que Libération a commenté : «les Français se demandent qui ils ont vraiment élu». Pour sa part, Le Figaro a trouvé que «le silence macronien crée une disruption dans une présidence devenue aussi bavarde, et parfois anecdotique, que celles de Nicolas Sarkozy et François Hollande».
Mais tous les titres relèvent avec étonnement le silence du chef de l’Elysée dans cette affaire, soulignant qu’alors qu’il a suscité l’espoir chez les Français qui voulaient du sang neuf et des idées nouvelles, «il patauge dans le marigot des années les plus noires des barbouzes».