Abdelkrim Dali

Fonds sonores d’Abdelkrim Dali : Un livre ouvert à retranscrire

Les fonds sonores de Cheikh Abdelkrim Dali constituent un livre ouvert à retranscrire et explorer pour créer une continuité dans l’histoire culturelle et artistique nationale, a soutenu samedi l’artiste et musicologue Abdelkader Bendaâmache, lors d’un hommage rendu au défunt artiste par la direction de la culture de Tizi Ouzou.

Animant une conférence sur le parcours et l’œuvre de ce monument du chant andalou, à l’occasion du 39ème anniversaire de sa disparition, M.Bendaâmache a estimé que le grand monument que fut Abdelkrim Dali qui a toujours œuvré pour la pérennité de ce genre musical ancestral, a légué un fonds documentaire « inestimable » qui devrait, selon lui, être exploité pour l’enrichissement et la promotion de la culture.
En 1971, l’Institut national de musique a commencé à suivre Abdelkrim Dali dans son travail de formateur, de recherche, d’auteur et de chanteur. Les enregistrements se sont étalés sur six ans et pendant cette période, il a parlé du genre musical, du mode, de la poésie, et auteurs et interprètes de l’andalou ou de style de Grenade (Espagne) devenu par la suite style de Tlemcen .
Abdelkrim Dali dont le nom ne peut être dissocié de la célébration de l’Aïd El Fitr grâce à son illustre chanson Saha Aïdkoum, a réussi à se faire un nom parmi les grands cheikhs grâce à son dévouement et son amour pour ce genre musical algérien qui a été créé à partir d’un héritage cédé par les Andalous qui se sont installés en Algérie après la chute de Grenade, a-t-il affirmé. Cet enfant de Tlemcen qui a vu le jour en novembre 1914, s’est abreuvé des mélodies et des rythmes auprès de son premier maître Cheikh Abdeslam Bensari. Il a ensuite été formé par deux autres piliers de cette musique traditionnelle, en l’occurrence Lazaâr Bendali Yahia et Omar El Bakhchi, a-t-il rappelé. Entre 1931 et 1933, il a travaillé avec Chikha Titma et a enregistré plusieurs disques qui lui ont ouvert les portes de la réussite et l’ont propulsé vers de nouveaux horizons. En 1945, il a rejoint Alger et Mahieddine Bachtarzi l’avait intégré dans ses programmes de tournées et son nom devient assez connu sur la scène artistique nationale. Au niveau de la Radio algérienne, Abdelkrim Dali a fait partie des ensembles musicaux qu’a créés El Boudali Safir. A ce stade, affirme le conférencier, une jonction entre le style andalou et le kabyle est apparue, grâce à l’intégration de Dali dans la troupe de Cheikh Nourredine en tant que luthiste.
Durant les années 1950, le cheikh qui s’est déjà imposé comme un maître de son style musical, s’est lancé dans la formation en dirigeant le premier conservatoire de la musique andalou dans la commune d’Alger de l’époque. En plus des cours qu’il dispensait, Abdelkrim Dali qui comptait un répertoire riche d’une centaine de chansons, faisait des recherches sur les styles savants de Tlemcen et d’Alger, et a pu préserver plusieurs poèmes, chants et morceaux de musique qui sont aujourd’hui témoins d’enracinement de cette culture, a souligné Bendaamache. La directrice de la culture de Tizi-Ouzou, Nabila Goumeziane, qui a travaillé sur cet hommage en collaboration avec la fondation cheikh Abdelkrim Dali, a souligné que ce grand artiste qui s’est éteint en 1978 a mis toute sa vie au service de la culture algérienne en général et de la musique andalouse en particulier. Tizi Ouzou, carrefour de l’art et de la culture, est une terre ouverte à l’ensemble des artistes algériens et honore tous les hommes et les femmes qui ont œuvré pour la préservation des valeurs nationales et les repères culturels de la disparition, a-t-elle observé.