Port secs

FERMETURE TOTALE DES PORTS SECS : Les préjudices d’une décision radicale

Si la décision de fermer les ports secs non-conformes aux règles requises à l’exercice de l’activité est somme toute souveraine, en ce sens qu’elle émane de l’autorité du président de la République, l’administration des Douanes fait peu cas des conséquences dramatiques d’une décision radicale.
En effet, dans son instruction faite à la mi-juin 2020, le chef de l’État a enjoint le gouvernement d’assainir cette activité des pratiques malsaines et frauduleuses dans un but précis, à savoir protéger l’économie nationale. Ce n’est donc pas une fin en soi, c’est-à-dire, l’objectif n’est de se débarrasser des opérateurs, nationaux surtout, collaborateurs et travailleurs avec, qui, aujourd’hui, se voient payer le prix fort d’une décision « irréfléchie » et « incompréhensible ».
Autrement, les conséquences de la fermeture pure et simple de tous les ports secs dont dispose le pays, au nombre de 22, comme nous l’a appris, lundi dernier, la DG des douanes, sont dramatiques sur le plan social et préjudiciables à l’économique nationale. Bref, cette décision est aux antipodes de la feuille de route « social-économie » du chef de l’État qui, à contrario, voudrait créer davantage d’emplois et non pas perdre des milliers et voudrait renflouer les caisses de l’État et non provoquer une saignée.
Pour s’en convaincre du préjudice, il suffit de tendre l’oreille aux acteurs exerçant l’activité. En effet, nous confie un opérateur, la fermeture des ports secs équivaut, sur le plan social, à une perte sèche et directe de près de 4 000 emplois et environ 8 000 autres indirects. Au titre des conséquences sur l’économie, l’exclusion, dans la chaîne, de ces terminaux rattachés aux ports maritimes, aura profité aux compagnies étrangères au détriment des opérateurs algériens, à considérer notamment les transferts des dividendes en devise. À cela s’ajoute une répercussion directe sur les prix des produits importés.
Crées depuis les années 2000 à l’effet de désengorger les ports maritimes de la charge importante des conteneurs, la DGD ne réalise peut-être pas que la fermeture des ports secs impactera négativement le traitement du flux important des marchandises. Conséquence immédiate, une hausse importante des surestaries. Preuve en est, les délais sont passés de 90 à 180 jours dans la nouvelle LFC, étant facturées  en devises et payées en transfert libre à cause de la rade. Du coup les conséquences au Trésor public sont non négligeables de par la facturation en devise des compagnies maritimes. Non seulement, les douanes feront également face au casse-tête du temps mis pour le dédouanement des marchandises qui, à cause de cette décision, les délais de traitement sont passés à 20 au lieu de 5 jours auparavant.

Les opérateurs appellent à la révision de la décision
Devant l’ « impossibilité » pour eux de changer d’activité, sinon de  reconversion, les opérateurs algériens dans le domaine ne savent plus quoi faire de leurs investissements qui, du jour au lendemain, se retrouvent sans débouchés. Et pour cause, les équipements et le matériel spécifique au domaine, comme les scanners, les logiciels informatiques, l’aménagement des plateformes et le matériel roulant, sont bon à jeter, pour ainsi dire.
Pour notre interlocuteur, sur le plan financier, un « petit » opérateur se verra perdre sur le champ un investissement minimum de 100 milliards de centimes.
Estimant « erronée » l’appréciation du gouvernement dans la compréhension du domaine de la logistique maritime et les avantages des ports secs, les opérateurs algériens tirent la sonnette d’alarme. C’est d’autant plus qu’il considèrent la décision de préjudiciable, surtout que l’administration des Douanes et de la commission nationale chargée du dossier n’«a pas tenu son engagement après les mises en demeure adressées aux ports secs ».
Enfin, dans un appel aux autorités compétentes, les opérateurs des ports secs demandent la révision de cette décision. Pour ce faire, ils suggèrent la mise en place d’une commission interministérielle, composée des représentants des transports, les finances, le commerce et les douanes, pour « une réelle étude et évaluation » des avantages économiques et stratégiques, mais aussi « les conséquences dramatiques » que peut causer la décision radicale de fermeture des ports secs.
Farid Guellil