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Extrémisme et discours religieux : Le vaste chantier de Mohamed Aïssa

Le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs compte lancer une instance de consultation indépendante pour la promulgation des fatwas avant la fin de l’année en cours. Aussi, il est annoncé la révision du cursus de formation des imams. Influencée par des «savants et des cheiks religieux», des pays du Moyen-Orient, la prolifération du discours radical en Algérie, à travers des fatwas importées d’ailleurs, s’explique aussi par le fait que les lieux du culte musulman dans le pays semblent échapper au contrôle des autorités en charge des affaires religieuses. Du moins, il y a quelques années en arrière. Une situation, aujourd’hui, que le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Mohamed Aïssa, considère de dangereuse car mettant en cause le référent religieux national se basant sur l’héritage ancestral des Algériens. Dans une lutte sans relâche contre le sectarisme et le salafisme, Mohamed Aïssa ne cesse, depuis son arrivée à la tête du département, de prôner un islam modéré, autrement l’islam de Cordoue, celui adopté par nos ancêtres en pleine rupture avec toute influence étrangère. Pour Mohamed Aïssa, le référent religieux est plus menacé par le sectarisme et autres mouvements, étrangers aux traditions religieuses de l’Algérie, d’où son appel aux imams de mosquées à «immuniser la société» contre ces courants. D’où son choix d’opter pour des personnalités religieuses nationales devant composer la nouvelle entité qui aura la charge et le monopole dans le domaine de fatwa. À ce titre, il a annoncé, samedi depuis Mostaganem, la première ébauche de cette nouvelle autorité. Ainsi, des imams au sein des Conseils scientifiques de wilaya et des universitaires, issus de plusieurs domaines scientifiques, tels que les sciences islamiques, médecine, astronomie, économie, sociologie et psychologie siégeront au sein de cet organisme d’essence religieux.
Des déclarations du premier responsable des Affaires religieuses, tenues en marge de l’ouverture du deuxième Colloque international sur le discours religieux dans les médias. La décision d’instituer cette autorité, en charge de contrôle des fatwas, est motivée par l’avènement des chaînes satellitaires qui on investi dans le champ religieux, en offrant des services dits de «fatwas sur demande». Comme quoi, l’immixtion du business dans le domaine religieux ne se soucie plus des exigences de la foi. Même si, et à ce titre, pour Mohamed Aïssa, n’a pas manqué de rappeler l’existence d’un organisme chargé des fatwas en Algérie, lequel était mis sous l’autorité du Haut-Conseil islamique (H-CI).

Une formation approfondie pour les imams
L’autre axe sur lequel s’attelle le département de Mohamed Aïssa est celui d’opérer «une profonde révision des systèmes de formation des imams et du discours religieux». «Nous devrons sortir de ce Colloque (tenu à Mostaganem, ndlr) avec une réflexion positive dans le sens d’introduire l’imam dans les cercles de formation, où il actualise ses connaissances en pédagogie et ceux de l’université l’habilitant à mieux faire circuler l’information», a annoncé Mohamed Aïssa, devant les assistants à cette rencontre religieuse qui a vu la participation de plusieurs pays arabes. Il a même invité les imams à se spécialiser dans «l’art de l’éloquence pour être mieux persuasifs et véhiculer, clairement, le discours religieux aux récepteurs». Au passage, il a insisté sur la nécessité de comprendre la religion, suivant la référence nationale, sans occulter les efforts des ancêtres et des cheikhs ayant prôné une voie modérée en Andalousie.
Un message saint et tolérant qui continue, pésentement, de susciter l’admiration des communautés non musulmanes. Sur un autre volet, Mohamed Aïssa a exhorté les professionnels de l’information, du culte et les imams à réhabiliter les ulémas d’Algérie et à défendre l’identité algérienne, maghrébine et arabe. Le ministre a insisté à ce que le Colloque sorte avec une charte sur laquelle se référera l’Autorité de régulation de l’audiovisuel en Algérie. Enfin, Mohamed Aïssa a mis en garde contre les rumeurs et l’intox, notamment tout ce qui est colporté sur les réseaux sociaux et sur Internet en général, dont le contenu propagé peut «détruire les nations, véhiculer la haine et noircir la réalité», incitant, ainsi, à faire face à ces idées destructrices nuisant à l’image de l’islam et des musulmans.
Hamid Mecheri