Corée du Nord

Corée du Nord : L’avertissement de l’Américain Mike Pence à Pyongyang

Le vice-président américain a recommandé aux dirigeants nord-coréens d’arrêter les provocations. Ceux-ci ont répondu en affirmant être prêts à la guerre.

Voilà Pyongyang prévenu. En visite en Corée du Sud, Mike Pence, le vice-président des États-Unis, a mis en garde le régime nord-coréen en recommandant aux dirigeants du pays de ne pas éprouver « la détermination » de Donald Trump à régler la question nucléaire. Mike Pence a adressé cet avertissement au cours d’une conférence de presse à Séoul après une visite très symbolique de la zone démilitarisée (DMZ), où il avait affirmé que « toutes les options » étaient « sur la table » pour régler le problème nord-coréen.
« Ces deux dernières semaines, le monde a été le témoin de la puissance et de la détermination de notre nouveau président au cours d’opérations menées en Syrie et en Afghanistan », a déclaré Mike Pence, évoquant la frappe américaine contre une base aérienne du régime syrien et le largage d’une méga-bombe contre des jihadistes en Afghanistan. « La Corée du Nord ferait mieux de ne pas éprouver sa détermination ou la puissance des forces armées des États-Unis dans cette région », a-t-il ajouté.

La Corée du Nord prête
La réplique de la Corée du Nord n’a pas tardé. Pyongyang s’est dite prête à répondre à « n’importe quel type de guerre » déclenchée par les États-Unis, a mis en garde lundi l’émissaire nord-coréen aux Nations unies, après plusieurs avertissements lancés par l’exécutif américain. « Si les États-Unis osent choisir l’action militaire (…), la RPDC (République populaire démocratique de Corée, NDLR) est prête à réagir à n’importe quel type de guerre voulue par les États-Unis », a déclaré l’ambassadeur adjoint à l’ONU, Kim In Ryong. « Nous prendrons les mesures de représailles les plus dures face aux provocateurs », a-t-il ajouté. La Corée du Nord a adopté des mesures « de légitime défense » face à la menace d’une action militaire américaine, a souligné Kim In Ryong, précisant que celles-ci reflétaient la volonté de Pyongyang de « répliquer en espèce aux bombes nucléaires et ICBM », sigle désignant les missiles balistiques intercontinentaux. Kim In Ryong a en outre assuré que Pyongyang tiendrait les États-Unis pour « pleinement responsables des conséquences catastrophiques provoquées par leurs actions scandaleuses ».
De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dit espérer qu’« il n’y aura pas d’actions unilatérales comme celles que nous avons vues récemment en Syrie » de la part de Washington. « Nous n’acceptons pas les aventures nucléaires et balistiques de Pyongyang en violation des résolutions de l’ONU, mais cela ne veut pas dire qu’il est dès lors possible de violer le droit international en utilisant la force » contre la Corée du Nord, a-t-il mis en garde. Pyongyang a de nouveau testé un missile dimanche et de nombreux experts redoutent qu’un sixième essai nucléaire ne soit imminent en Corée du Nord, dans un contexte de fortes tensions sur la péninsule. Donald Trump, qui a promis jeudi que le « problème » nord-coréen serait « traité », avait auparavant annoncé l’envoi vers la péninsule coréenne du porte-avions Carl Vinson, escorté par trois navires lance-missiles, puis évoqué une « armada » comprenant des sous-marins.

Fini de patienter
Le numéro deux du régime nord-coréen avait répliqué samedi que son pays était prêt « à répondre à une guerre totale par une guerre totale » et « à toute attaque nucléaire par une attaque nucléaire de notre façon ». Mike Pence était arrivé dimanche en Corée du Sud, où sont basés 28 500 soldats américains, quelques heures après l’échec de l’essai balistique de la Corée du Nord et au lendemain d’un gigantesque défilé militaire à Pyongyang, où ont été exhibés une soixantaine de missiles et notamment ce qui semblait être un nouveau type de missile balistique intercontinental.
« Nous anéantirons toute attaque et nous fournirons une réponse écrasante et efficace à toute utilisation d’armes conventionnelles ou nucléaires », a déclaré le vice-président au cours de sa conférence de presse avec le président sud-coréen par intérim Hwang Kyo-ahn. Mike Pence a réaffirmé que l’ère de la « patience stratégique » était révolue, une allusion à la doctrine du gouvernement de Barack Obama qui consistait à refuser tout dialogue avec le Nord, mais à durcir les sanctions afin que Pyongyang fasse des gestes tangibles en direction d’une dénucléarisation, dans l’espoir que les tensions internes dans ce pays reclus provoquent un changement.
La Corée du Nord a « répondu à nos gestes d’ouverture par la tromperie délibérée, des promesses non tenues et des essais nucléaires et balistiques », a accusé le vice-président américain. Mike Pence s’était rendu dans la matinée dans le village frontalier de Panmunjom, où avait été signé le cessez-le-feu de 1953, à quelques mètres d’une ligne de démarcation qu’il a qualifiée de « frontière de la liberté ». Il a affirmé que la relation entre Séoul et Washington était « à toute épreuve et inaltérable ».

L’allié chinois
Les tensions ont augmenté ces derniers mois, les essais balistiques nord-coréens ayant entraîné des avertissements de plus en plus menaçants des États-Unis, qui, eux-mêmes, ont encore un peu plus enflammé la rhétorique nord-coréenne. Le nouveau et inexpérimenté président américain a plusieurs fois affirmé qu’il ne laisserait pas la Corée du Nord mettre au point un missile intercontinental susceptible de porter le feu nucléaire sur le sol américain. Or, Pyongyang explique justement son programme atomique par la menace américaine. Donald Trump s’est également dit prêt à régler seul la question nucléaire nord-coréenne si Pékin ne parvenait pas à faire rentrer son turbulent allié dans le rang. À Séoul, Mike Pence a, quant à lui, salué lundi après-midi les efforts des Chinois : « C’est encourageant de voir que la Chine s’engage dans ce sens. »
Le ministère chinois des Affaires étrangères a à cet égard fait une mise au point concernant la suspension dès ce lundi des vols de la compagnie aérienne publique Air China entre Pékin et Pyongyang, assurant que cette mesure n’avait aucun caractère politique, mais reposait sur des considérations « commerciales ».