Corée du nord

Corée du Nord : Derrière les parades géantes, le culte de la dynastie des Kim

La parade géante de samedi à Pyongyang avait pour objectif d’exposer à la face du monde la puissance militaire revendiquée par la Corée du nord, mais répondait aussi à un objectif de propagande intérieure: célébrer la dynastie des Kim.

Les célébrations nationales de l’anniversaire de la naissance du fondateur de la dynastie, Kim Il-Sung, sont pour le régime un moyen de contrôler la population, mais aussi de perpétuer la longue tradition dynastique, observe un diplomate sous couvert de l’anonymat. «Presque tout le monde est mobilisé pour faire quelque chose», observe-t-il. «Et il est probable que beaucoup d’habitants apprécient l’événement».
En un peu plus de cinq ans, le maître actuel de Pyongyang, Kim Jong-Un, a progressivement établi un pouvoir absolu dont la légitimité repose notamment sur son lien du sang avec les deux précédents leaders du régime. Ainsi, avant que ne défilent samedi devant lui des dizaines de milliers de militaires et de civils et les armements les plus massifs, ce sont deux portraits géants de son grand-père Kim Il-Sung et de son père Kim Jong-Il qui ont été présentés à la foule. Preuve que, dans un contexte de tensions extrêmes dans la région, cette parade du 105e anniversaire de la naissance de Kim Il-Sung n’adressait pas seulement un message à Washington. Autour de la place Kim Il-Sung de Pyongyang, une bannière géante vouait le fondateur de la République populaire et démocratique de Corée (RPDC) à la «gloire éternelle» tandis qu’une autre plaçait son petit-fils, l’actuel leader nord-coréen, dans la droite filiation de ses désormais mythiques aînés. «Préservons avec nos vies le comité central du parti dirigé par le Grand camarade Kim Jong-Un!», proclamait-elle. Bien que décédé en 1994, Kim Il-Sung reste le dirigeant en titre du pays, dont il est le «président éternel». La doctrine du «Juche» qu’il a édictée, et qui repose notamment sur l’autosuffisance économique, demeure la philosophie officielle du régime.

«Noël du Juche»
Dans un discours avant la parade, le numéro 2 du régime nord-coréen, Choe Ryong-Hae, a expliqué que ce défilé représentait «un témoignage fidèle à l’attention du grand président Kim Il-Sung et du grand dirigeant Kim Jong-Il que nous poursuivons la cause révolutionnaire». Partout dans le pays, son portrait et celui de son fils sont omniprésents, tandis que Kim Jong-Un est officiellement appelé «le général respecté». S’il a envoyé «au monde un message de dissuasion», le défilé était «un moment important du culte de la famille Kim», a déclaré Bruce Bennett, chercheur à la Rand Corporation.Les défilés sont un événement courant en Corée du Nord, observe Jeffrey Lewis, chercheur à l’Institut Middlebury des études internationales, basé en Californie: «C’est comme Noël, mais centré autour du Juche et non de Jésus.» Le vocabulaire religieux est d’ailleurs étonnamment présent à Mangyongdae, où se trouve la chaumière natale de Kim Il-Sung, «Soleil de la Nation». «C’est le lieu sacré que tous les habitants du monde regardent», explique le guide Chon Hyon-Ran en montrant des «reliques», comme une pipe ou une pierre à encre. Un flot ininterrompu de pèlerins viennent y rendre hommage à Kim Il-Sung – ils sont 1,8 million par an selon M. Chon – et boire l’eau également «sacrée» du puits familial.

Histoire sélective
Kim Il-Sung est né le 15 avril 1912 quand la Corée était encore une colonie japonaise. L’histoire officielle nord-coréenne raconte que les premiers mots qu’il écrivit, à quatre ans, furent «L’indépendance de la Corée» et qu’il quitta à 13 ans son village natal déterminé à ne revenir que dans une Corée indépendante. Officiellement, il aurait conduit la lutte contre les forces japonaises et «finalement libéré notre pays en 1945», à 33 ans.
Mais cette histoire sélective passe sous silence le rôle des Etats-Unis dans la défaite japonaise ou encore celui de l’Union soviétique dans l’accession de Kim au pouvoir. Dans un des pavillons de Mangyongdae, des femmes en costume traditionnel répètent des chansons en hommage au défunt leader. «Dans notre pays, même les petits enfants commémorent la naissance du président Kim Il-Sung», affirme Pak Won-Ae, la voix tremblante d’émotion, dans une déclaration conforme à la ligne officielle du régime.