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Constantine : Les chiens errants, une cible de la vindicte humaine

Meilleur ami de l’homme, le chien devient vite une menace lorsqu’il est en errance, mais aussi une cible de la vindicte humaine, allant de la mutilation à l’empoisonnement jusqu’à l’abattage, comme c’est le cas à Constantine, suscitant l’irritation des âmes sensibles, bénévoles et charitables qui s’affairent à identifier, vacciner et relocaliser cette communauté canine, par le biais de refuges en attendant des lendemains meilleurs.

«Ecumant» les cités à la recherche de nourriture et d’un refuge, après avoir été abandonnés par leurs maitres, et à défaut d’être capturés et transférés dans un lieu adéquat où ils seraient pris en charge par les services de la commune, ces canidés se meuvent, en bande parfois, d’un quartier à un autre, constituant aussi bien une cible, qu’un vecteur potentiel de maladie en l’absence de vaccination et de contrôle par les autorités compétentes. Recueillant des chiens errants depuis 7 ans, pour les soigner et les vacciner, Hacene Hadjira, docteur vétérinaire et président de l’association locale «Salem 25» de protection des animaux et de l’environnement, nourrit l’ambition, confie-t-il à l’APS, de créer un refuge pour ces animaux en vue de procéder notamment à l’identification et la vaccination en sus de leur trouver des «tuteurs» pour les adopter. Soutenant que «le chien ne représente jamais un danger pour l’homme», le président de cette association, agréée le 11 février 2019, a fait remarquer que cet animal, connu pour sa fidélité, peut néanmoins devenir belliqueux quand il s’agit de se défendre, notamment lorsqu’il est agressé par des enfants ou même des adultes. Il exprime, à cet effet, son souhait de créer «un lieu pour abriter les chiens, mais aussi les chats errants, ouvert aux enfants et leurs parents, pour qu’ils puissent se familiariser avec ces animaux, apprendre à s’en occuper et en prendre soin», mais ce projet, dit-il, reste toutefois tributaire de «l’aide des pouvoirs publics». En attendant, assure M. Hadjira, ce sont les domiciles des membres de l’association «Salem 25» qui font office de refuges pour chiens errants, «le temps de les soigner, les vacciner et leur trouver un propriétaire». Il a fait état à cet effet, du cas d’un chien errant, «chétif, malade et à l’aspect repoussant», recueilli par une des membres de l’association et dont les soins ont redonné une belle apparence et de la vitalité à ce canidé, précisant que ce dernier a été par la suite «adopté». Selon le président de l’association «Salem 25», la majorité des chiens errants ont été à l’origine «exploités pour le gardiennage», en vue de sécuriser les chantiers en construction et dissuader d’éventuels rôdeurs, avant d’être abandonnés à leur sort, quelques mois plus tard, une fois le projet finalisé et réceptionné. «Normalement ces chiens, déjà rompus à la surveillance des chantiers, devraient être utilisés pour la sécurisation d’autres sites nécessitant un gardiennage notamment nocturne, au lieu de les laisser livrés à eux-mêmes, à la merci de personnes malintentionnées ou abattus lors de campagnes organisées par les services de la commune», a souligné M. Hadjira. Estimant que l’abattage des chiens errants «ne constitue pas une solution», au risque de provoquer un dérèglement de l’écosystème, ce vétérinaire a mis l’accent sur le «rôle important» des chiens qui représentent un rempart contre certains animaux sauvages comme le loup ou le sanglier, ainsi que les chats qui permettent de réguler la population des rats. Outre son objectif d’accorder un refuge aux chiens et chats errants, l’association «Salem 25» aspire, ajoute-il, à faire connaitre les zoonoses (maladies transmissibles par les animaux à l’homme), protéger la faune sauvage ainsi que l’environnement et ce, au-delà des frontières de la wilaya de Constantine, avec la création, dernièrement, de l’association «Salem 23» de Annaba et la création future des associations Salem 4, 5 et 19 (à Batna, Biskra et Sétif).

700 chiens errants abattus en 2018
Pour faire face à la surpopulation des chiens errants, des campagnes d’abattage, mais aussi de capture, sont régulièrement organisées par les services de la commune, mais celles-ci sont loin de constituer une panacée contre leur prolifération, confie à l’APS Charaf Bensari, vétérinaire et vice-président de l’Assemblée populaire communale du chef-lieu de wilaya, chargé de l’hygiène, de l’assainissement et des moyens généraux. Durant l’année 2018, environ 700 chiens errants ont été abattus à Constantine, a-t-il affirmé, précisant que ce chiffre reste «en deçà de la réalité», eu égard au nombre important de chiens errants existants à travers le territoire de la wilaya, alors qu’il y a uniquement deux brigades chargées de la capture des chiens durant la journée et de l’abattage durant la nuit. Des actions «insuffisantes», estime cet édile, évoquant la nécessité d’augmenter, au cours de l’exercice 2019, l’effectif des agents affectés à la capture des chiens en vue d’en attraper davantage et de réduire l’abattage. M. Bensari a fait savoir, à cet effet, que les services de la commune souhaitent également émettre une proposition visant à appréhender les chiens à l’aide de pistolets anesthésiants pour pouvoir faciliter leur capture, les soigner et les vacciner avec le concours d’associations locales de protection des animaux. Toutefois, en attendant la création à l’avenir d’une fourrière destinée aux animaux errants (chiens, chats, ovins et bovins) prévue à Djebel Ouahch, les services de la commune transfèrent les chiens capturés dans des locaux situés dans le quartier de Bardo, mais à défaut d’espace, «la plupart finissent par être abattus», a-t-il déploré. De son côté, Mohamed Boumaâza, directeur de l’Etablissement public à caractère industriel et commercial ropcoROPCO, relève que les services concernés orientent davantage leurs efforts vers la capture des chiens, précisant qu’en 2018, sur les 700 chiens errants abattus, 30% ont été abattus en collaboration avec l’association des chasseurs (quand ses membres sont disponibles) et les services de la Police et de la Gendarmerie. Pour les associations de protection des animaux, il s’agit de mettre un terme à l’abattage des chiens et des chats errants, déplorant les «souffrances que cette opération peut occasionner à ces animaux», et appelant à lutter contre la prolifération de ces animaux par l’identification, la vaccination et la stérilisation, des solutions somme toutes préconisées par l’Organisation mondiale de la santé.