Cimenterie de Sour El Ghozlane : Une entreprise prospère aux grandes ambitions

Face aux enjeux économiques et environnementaux, la société de cimenterie de Sour El Ghozlane affiche sa pugnacité et ses ambitions. Celles-ci ne lui permettent pas seulement de s’adjuger une bonne part du marché locale qu’elle dispute à d’autres unités de production locale même si le PDG semble s’en défendre, mais vise à conquérir des marchés étrangers comme elle le fait déjà avec celui d’Espagne.

Grâce, en effet, à son produit certifié selon les normes internationales ISO 9001, tous les espoirs sont permis pour cette entreprise qui, rappelons-le, a eu ses déboires, il y a une bonne dizaine d’années. Grâce aussi à une meilleure gestion adossée à un personnel performant et service marketing percutant.

Une production en hausse
Comme tous les secteurs soucieux de se faire de la publicité pour valoriser leur potentiel, la cimenterie de Sour El Ghozlane, entre El Hachimia et Sour El Ghozlane organisait, du 14 au 15 mai, des journées portes ouvertes sur leur production et les moyens mis en œuvre à cet effet. Au moment où nous arrivions, le PDG Mohamed Bibi, était en conférence avec ceux de nos confrères arrivés avant nous. Dans ce bureau appartenant au groupe administratif, aucun, comme aucun grain de poussière, ne parvenait de la fenêtre donnant sur la cour où se dressaient les stands exposant les produits de l’usine. Selon ce responsable la production ajuste ses variables en fonction du marché et celle-ci étant entrée dans une période faste, le pic a été atteint en décembre-janvier, avançant le chiffre de 1 200 000 tonnes/an. Cette phase est même marquée par une surproduction estimée, par le conférencier, à 15 000 tonnes. Interrogé sur les moyens de stockage, ce dernier a fait savoir que la société dispose, en plus d’une aire de stockage, de 4 silos pour le stockage du clinker, un composant entrant dans la composition du ciment de la taille d’un petit pois chiche d’une couleur brune. Leur capacité est de 45 000 tonnes. Contrairement au produit fini, c’est-à-dire le ciment pour le stockage duquel il a été réservé 8 silos d’une capacité de 35 000 tonnes, le clinker peut être stocké indéfiniment, n’étant pas une matière périssable. La capacité de production annuelle est évaluée en moyenne à 1 175 000 tonnes, générant un surplus dirigé vers un marché espagnol. D’autres marchés européens pourraient être ciblés, l’ambition affichée par la direction étant, à l’avenir, de parvenir à une production mensuelle de l’ordre de 500 000 tonnes. Pour l’heure, la priorité, on l’a deviné, est de satisfaire le marché local et national très demandeur de ce produit, le pays ayant fait, du bâtiment, son cheval de bataille pour gagner son pari sur les enjeux soci-économiques liés à ce secteur. Chiffre à l’appui, le responsable de cette société a montré que celle-ci arrive en tête du palmarès de la production devant les cimenteries implantés dans la région du centre qu’elle s’étend sur une superficie de 292 657 m2 et qu’elle emploie 2000 travailleurs, dont 1 795 de la région, soit 80% des travailleurs. Nombre d’entre eux, qui font partie du personnel, sont concernés par une formation pour recycler leurs connaissances et leur savoir-faire dans leurs domaines respectifs.

Matériel et entretien
Le matériel s’use. Le four, notamment. Les galets sur lesquels il repose aussi. Le PDG nous assurait que les réparations font appel à des spécialistes étrangers qui peuvent effectuer des opérations de bandage sur le four ou le remplacement des galets. Il est rare que l’usine, qui tourne sans arrêt ,cesse sa production. Pour effectuer ces réparations, on attend le mois de congé. La fois où cela était arrivé, c’était à cause du four qui a connu un endommagement important ayant entrainé un arrêt de plusieurs jours…Une équipe d’expert a travaillé à sa remise en l’état, en sciant la partie endommagée pour la remplacer avec une portion de tube de même diamètre fabriquée spécialement à l’étranger pour cela. Aujourd’hui une équipe d’ingénieurs suit le déroulement du processus de fabrication du début jusqu’à la fin à partir de la salle de contrôle que nous avons visitée. L’équipe présente à tout moment se relaye pour assurer la permanence du contrôle. La moindre défaillance dans le matériel en service est repérée sur un des écrans de télésurveillance et signalée aussitôt aux ingénieurs chargées de la maintenance. Ce système de contrôle est nouveau et a déclassé l’ancien conservé quand même sur place mais définitivement mis hors service. Nous visitons également le laboratoire à l’étage en dessous. Là, les échantillons de la matière première sont analysés avant de les accepter dans la composition du produit. Avant notre arrivé au labo, une voix féminine explique dans un micro quels sont ces composants : le clinker à l’aspect brunâtre et à la taille d’un petit pois chiche obtenu par concassage, le gypse, le calcaire, l’argile, le pouzzolane, le fer, le sable. Certains comme le gypse ou le fer sont achetés. Le reste comme le cleiken ou sable sont fabriqués sur place. Des précisions sont ensuite fournies par la même voix concernant le concassage, qui donne le clinker, broyage dont résulte une matière pulvérisée appelée farine et d’autres détails sur les proportions des combinaisons, degré de cuisson subi par ce mélange qui abouti au produit fini, lequel répond à une norme certifiée. Cette norme rend son utilisation dans la construction de bâtiments, de ponts ou de viaducs comme ceux de l’autoroute Est Ouest. Au laboratoire, où différents réactifs sont disposés à cet effet, une des laborantines donne un aperçu du travail effectué sur les différents échantillons analysés pour juger de leur qualité. En passant dans la salle à côté, équipée, elle aussi, de cinq écrans, la laborantine soumet un appareil appelé spectromètre un mélange qui analyses rapidement et transmet aussitôt les données sur les écrans. La pâte obtenue grâce aux différents échantillons est jugée conforme aux normes fixées. Actuellement le laboratoire projette d’acquérir, pour deux milliards de centime, un nouveau spectromètre.

Le problème de pollution évoqué
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à ce régime, l’usine pose deux problèmes : celui de la pollution et celui des dégâts matériels occasionnés aux habitations proches du site par les tirs d’explosifs sur la roche. Sur le premier point, le responsable de la société a donné des garanties quant au risque lié à une quelconque pollution. Un filtre géant équipe l’installation et ne permet de laisser échapper aucune émission. D’autre part, un projet d’acquisition de 14 manches à air pour 848 millions de dinars viendra renforcer le dispositif en place pour en porter le nombre à 29, le filtre géant compris. Ce qu’il faut dire, c’est qu’il y a une vingtaine d’année, aux environs de la fabrique, les vergers et les champs avaient soufferts de cette pollution. Sans compter qu’avec le vent qui emporte loin les particules suspendues en l’air et occasionne les mêmes désagréments aux champs et aux habitant. Tout cela est du passé et le directeur est formel que tout risque de ce genre est enrayé grâce à son système de filtres. Les mêmes assurances sont fournies quant à d’éventuelles fissures des maisons voisines du gisement où s’effectuent les tirs de cartouches explosives aux dires du PDG qui l’a répété encore à nos confrères de la télévision dans l’entretien qu’il leur a accordé en marge de cette conférence. D’abord, a-t-il fait observé, les maisons voisines en pisé ont disparu et leurs propriétaires indemnisées. Pour les autres, elles sont trop lointaines pour être inquiétées par des tirs contrôlés. Pendant qu’a lieu cet entretien dans la cour, nous avons pu observer le bien fondé de ces déclarations. Aucune émanation de poussière ne se faisait sentir. Le soleil brillait dans un ciel d’un bleu immaculé. Le four, qui continuait à tourner, se faisait lui-même discret comme par peur d’indisposer par une pollution sonore trop forte le personnel et les visiteurs de ces portes ouvertes. Le bruit, comme contenu dans des limites tracées, n’est devenue perceptible que lorsque nous nous sommes approchés de ce qui constitue le cœur de cette usine. Tout le travail se fait là. Concassage, broyage, cuisson et à l’autre bout le stockage. Pour ceux qui veulent en faire une idée exacte qu’ils s’imaginent un pistolet géant, avec un barillet qui tourne en permanence et le canon par lequel il se termine et qui, pris dans le même mouvement, tourne également. Cette dimension de démesure n’a d’égale que ses silos géants qui semblent s’adosser à la montagne qui touche au ciel. L’exploitation du gisement a une durée de vie de cent ans. Quand, dans soixante dix ans ou quatre vingt ans, il sera épuisé, un autre tout proche entrera en exploitation d’une égale durée de vie. Ainsi, comme on peut le voir, et comme le PDG de cette fabrique en pleine prospérité, la cimenterie de Sour El Ghozlane a de beaux et longs jours devant elle. Et en tournant, elle entrainera dans son mouvement toute l’économie de la région avec elle. S’il y a eu une ombre au tableau qu’il convient de signaler, cela avait trait au nombre de visiteurs. Au regard de quoi, le responsable de la société, tirant la leçon de cette expérience fournie par ces portes ouvertes, dont c’est les premières du genre, a pensé à les organiser au niveau du chef de wilaya. Pourquoi pas ? Avec une vidéo accompagnée d’intervention des ingénieurs et une exposition de photos, ce serait une vraie réussite.
Omar Soualah