Elections

Campagne électorale : Comment les partis politiques comptent-ils séduire les électeurs ?

Avec l’expiration, hier, 19 mars, de la période de recours pour le dépôt définitif des listes électorales, et la désignation des têtes de liste qui les driveront, les partis politiques auraient ainsi tourné la page de la confection des listes électorales, et s’apprêtent désormais à l’étape la plus dure de ce processus. Entamer la campagne électorale, prévue le 9 avril et qui durera jusqu’au 30 du même mois. Et pour cela, la tâche s’annonce déjà très difficile pour les 63 partis politiques engagés dans ces joutes électorales et aussi pour les listes d’indépendants, dans la course pour les 462 sièges de l’Assemblée populaire nationale (APN). En effet, le week-end dernier a été très mouvementé par une activité partisane intense, pour annoncer les têtes de liste de leurs candidats, tout en dévoilant les grandes lignes et principaux axes sur lesquels ils s’appuieraient durant la campagne électorale. C’est le cas chez les partis au pouvoir, le FLN et RND, de même des autres formations tels que le MPA et le PT ainsi que d’autres de la mouvance islamiste, à l’instar d’En- Nahda, El-Bina et le FJD. Mais, force est de constater que les craintes pour l’abstention continuent à alimenter et à constituer l’essentiel des discours des formations politiques. Situation qui placerait les partis politiques face à un réel dilemme : convaincre la population d’abord de la nécessité d’aller aux urnes et, ensuite, pousser les électeurs à opter pour le choix de leurs candidats respectifs. À un mois du début de la campagne électorale, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales a assuré que tous les moyens ont été mis à la disposition des acteurs engagés dans ces joutes électorales, soulignant que le spectre de l’abstention est un défi, et pour les autorités publiques, et pour les partis politiques. Noureddine Bedoui, lors d’une audition devant la commission des affaires juridiques et administratives du Sénat, a mis les partis politiques devant le fait accompli, en déclarant que la «mobilisation partisane se fait durant les 365 jours de l’année et non uniquement durant les périodes électorales». Face à cela, quels sont les principaux axes sur lesquels se baseront les campagnes électorales des partis politiques? Pour les partis au pouvoir, chez le FLN et le RND, l’argument sécuritaire est largement mis en avant. Ces formations, qui soutiennent le programme du président de la République et le processus de la Réconciliation nationale, appellent à la vigilance et à un vote massif le jour du scrutin, pour constituer un rempart contre toutes tentatives de déstabilisation, tout en saluant les efforts des forces de sécurité et de l’Armée. Le FLN, qui a connu des perturbations dans l’élaboration de ces listes électorales, dit présenter des candidats intègres pour servir le peuple et combattre l’utilisation de l’argent sale dans la politique. Même son de cloche chez le RND, où son SG, Ahmed Ouyahia, a plaidé pour la préservation de l’unité nationale et la préservation de l’islam «de nos ancêtres» du sectarisme et de l’extrémisme et aussi pour la promotion du rôle des zaouïas nationales. Sécuriser aussi le front intérieur et faire face à une campagne de «propagande et de boycott» des partis de l’opposition et aussi à des appels de quelques organisations pour l’autonomie de la Kabylie figurent, aussi, parmi les principaux points d’attaque du RND. Par contre, la crise économique, dans laquelle se trouve le pays, serait un sujet pour les partis politiques et une occasion pour dévoiler leurs solutions pour l’amélioration de la situation financière du pays. Pour le RND, il est question d’évoquer son plan pour réaliser la transition énergétique, et de se libérer de la dépendance des hydrocarbures pour l’économie et l’orientation pour une économie de savoir, en développant les TICs. Pour le Mouvement populaire algérien (MPA), une formation dont un nombre important de ses candidats sont des chefs d’entreprise et des patrons, l’adoption d’une économie libérale est une obligation et non pas un choix. Selon son SG, Amara Benyounès, il est temps pour aller vers l’instauration de mesures économiques strictes qui sont «parfois douloureux, mais nécessaires pour l’avenir du pays pour le doter d’une économie forte, se basant sur la production et la création de richesse». Une vision dont ne partage pas forcément le parti des travailleurs (PT), qui appelle, quant à lui, au retour du rôle de l’État dans la régulation des marchés et instaurer le monopole d’État dans les opérations d’importation. La SG du PT, Louisa Hanoune, et aussi tête de liste de son parti à Alger, n’a pas cacher son intention de s’attaquer aux projets de lois sur le travail et la santé. Hanoune s’est attaquée ouvertement au ministre actuel de la Santé, Abdelmalek Boudiaf, en l’accusant de vouloir toucher à la gratuité des soins et de permettre l’introduction du privé dans ce secteur stratégique. Aller vers l’amélioration des conditions socioprofessionnelles des travailleurs et l’amélioration du pouvoir d’achat des Algériens constituent aussi les principaux axes sur lesquelles s’appuiera le PT dans sa campagne électorale. Les partis de courants islamistes, quant à eux, sont unanimes à dire défendre les valeurs sociales et religieuses des Algériens et en dénonçant, d’une part, des tentatives d’intrusion d’un islam extrémiste et radical et, d’autre part, des tentatives d’occidentalisation et d’intrusion de valeurs étrangères à l’islam.

Hamid Mecheri