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Boxeur et brodeur devenu le rossignol de Cirta : Un ouvrage biographique retrace le prodigieux destin de Tahar Fergani

Pour son premier anniversaire post-mortem, le défunt Mohamed Tahar Fergani sera immortalisé dans un ouvrage retraçant son génie inégalé dans l’improvisation et dont le timbre de voix, alliant chaleur et puissance, finira par impressionner son auditoire le hissant au panthéon du patrimoine culturel national.

Doté d’une voix singulière et d’une aura de dimension internationale, le rossignol de Constantine aura marqué plusieurs générations de par son répertoire musical riche et authentique, mais aussi par un parcours atypique qui l’avait conduit à faire différentes activités, dont la broderie et la boxe. Conférant une empreinte indélébile au malouf, il est ainsi devenu un artiste inégalable au destin indissociable de la ville du vieux rocher, celle-là même qui l’a vu naitre et croitre sa passion pour la musique. C’est ce prodigieux destin qu’a entrepris de consigner Hichem Benderbal, musicien, biographe et proche de Mohamed Tahar Fergani, lorsqu’il s’est attelé, confie-t-il à l’APS, à rédiger la biographie du regretté, «entamée à la demande du cheikh de son vivant». Affirmant que son ouvrage est actuellement achevé, M. Benderbal a précisé qu’il le présentera prochainement au ministre de la Culture, Azzeddine Mihoubi, qui a donné son «accord de principe» pour prendre en charge l’édition de la biographie du défunt Fergani dans la catégorie des beaux livres. Se décrivant comme un féru de musique et d’histoire, l’auteur a procédé à de nombreuses recherches et recueilli pendant dix ans, les témoignages de Mohamed Tahar Fergani, de sa famille et de ses proches pour retracer le long parcours de l’artiste, mais aussi l’œuvre d’un homme à l’existence féconde, ponctuée de rencontres enrichissantes. Selon l’auteur de cet ouvrage biographique illustré qui se déclinera sur environ 300 pages, ce livre ne constitue pas seulement un témoignage de la vie de Fergani, mais également le reflet de la mémoire de l’antique Cirta et de son histoire. «C’est un livre dédié à cet imminent personnage, mais retraçant également, en parallèle, l’histoire de Constantine, les lieux ainsi que les évènements qui ont jalonné la vie de Fergani», confie M. Benderbal qui avoue avoir écrit cette biographie «avec les tripes».

Fergani n’était pas seulement une voix
Ayant nécessité une décennie de recherches et de documentation, cet ouvrage rappelle également, poursuit son auteur, que Mohamed Tahar Fergani, cet artiste d’exception, n’était pas seulement une voix, mais aussi un père affectueux adulé par ses enfants et sa famille, ayant d’autres centres d’intérêt en dehors de la musique.
À ce titre, M. Benderbal a fait remarquer que le maître du malouf avait dans sa jeunesse pratiqué la boxe et qu’il possédait même un «bon crochet du gauche». Visiblement ému en évoquant le cheikh, ce biographe n’a pas manqué de relater les débuts de son «apprentissage artistique» dans le milieu familial où l’apport de son père, Hamou Fergani, ainsi que l’influence de maîtres de l’époque, ont grandement contribué à cultiver le don qui sommeillait en lui.
Parallèlement à son engouement pour la musique, l’auteur a également évoqué l’apprentissage de Fergani de la broderie traditionnelle constantinoise, un autre métier familial, auprès de son frère Abdelkrim «avant de se consacrer définitivement à la musique dans les années 1940». Selon M. Benderbal, Mohamed Tahar Fergani a été, à ses débuts, séduit et influencé par des artistes arabes de renommée mondiale comme Oum keltoum, Mohamed Abdelouahab, Ismahane et Farid El Atrache notamment, «au point de reprendre leurs chansons». Tel un voyage dans le temps, sa biographie lève le voile, en outre, sur son combat pour «la sauvegarde et la promotion du patrimoine, dont il deviendra un acteur incontournable et une référence en la matière», et revient sur la naissance de sa maison d’édition Sawt el Menyar qui existe à ce jour, selon M. Benderbel, et qui a, à son actif, des centaines de disques mythiques. Parmi les étapes importantes du parcours artistique du maestro du malouf, égrenées dans ce livre, l’auteur rappelle la création et le parrainage, durant les années 1980, de l’association «El Fergania», dédiée à la formation des jeunes et qu’il a fondée en hommage à son défunt père. Autre facette de la vie du regretté Fergani, ce pèlerinage aux lieux Saints de l’Islam, en Arabie Saoudite, et son voyage à El Qods en 1967, déplacements effectués en voiture et ce, avant la guerre des six jours, raconte encore l’auteur de sa biographie. Enfin, M. Benderbal est revenu sur la carrière internationale du rossignol de Constantine qui s’est illustré, à de multiples occasions, en interprétant dans différentes manifestations ses plus belles chansons comme Dhalma et El Boughi, pour ne citer que celles-ci, et reçu plusieurs distinctions, en reconnaissance de son immense talent.