Boudalia Greffou Malika révèle que des manuels scolaires algériens sont claqués à partir d’un manuel édité le «BELC» : «Francis Debyser a inspiré le système éducatif algérien»

Aujourd’hui, il n’est plus question de parler de l’«échec de l’École algérienne» comme constat partagé de part et d’autre. Il n’y a qu’à voir les fruits, sinon le produit du système scolaire pour le savoir.

Derrière, il y a tout un mouvement qui véhicule une certaine idéologisation de l’éducation que départagent les adeptes d’une école moderne ouverte sur l’universalité et les partisans d’une école traditionaliste qui repose sur les valeurs locales. Aujourd’hui, et visiblement, on en est encore au stade d’expérimentation des concepts, des programmes voire des théories ramenées d’ailleurs. C’est-à-dire, à partir du moment où l’Algérie ne s’est pas fixée sur tel ou tel système ou modèle à adopter pour son école, comme problématique dégagée lors du débat sur l’«École algérienne et le système éducatif», organisé hier au Forum du Courrier d’Algérie, on ne pourrait avoir des enfants éduqués, formés à lire et à écrire, mais surtout qui sauraient réfléchir. Si non quoi, on aurait en face de simples sujets sur lesquels on expérimente programmes sur programmes qui en bourrent plus qu’ils n’inculquent la réflexion et la recherche dans la tête de l’élève. C’est à peu près ce que résume Mme Boudalia Greffou Malika à travers son introduction édifiante : «L’application des théories comme concept en opposition avec l’école traditionnelle». Mais, comme on ne peut se passer de l’effet sans parler de sa cause, «l’échec de l’École algérienne a été annoncé en 1971. Malheureusement, à cette époque, je n’étais pas au ministère de l’Éducation pour le savoir. Le père de cette école n’était autre que Francis Debyser…», a révélé l’éminente pédagogue. Le propos renvoie, tentons-nous de dire, à la réforme administrative, décrétée en 1968 et mise en œuvre en janvier 1971 annonçant «l’année de l’arabisation». Lors des années 70 en effet, le débat sur le système éducatif national engage deux fronts, incarnés alors par Abdelhamid Mehri, SG du ministère de l’Enseignement primaire et secondaire, et Mohamed Seddik Benyahia, ministre de l’Enseignement supérieur.
Toutefois, l’idée est bien plus profonde qu’elle paraissait à en croire l’ex-attachée de recherche au ministère de l’Éducation nationale qui évoque des enjeux extérieurs. Alors directeur du BELC (Bureau pour l’Enseignement de la langue et de la civilisation française à l’étranger) et fonctionnaire au ministère français des Affaires étrangères, c’est Francis Debyser qui a «cousu, conçu et fabriqué le système éducatif algérien», pose la pédagogue qui était également membre de la Commission dirigée par Benali Benzaghou, chargée de la réforme du système éducatif et fondée en 2002.
«Ce que tout le monde ne sait pas, c’est que la méthodologie est née dans le Belc. Ce concept consiste en l’application des théories de l’éducation. Or, l’Algérie était alors sur une orientation éducative d’essence traditionnelle, ce qui était une réussite et a eu cours pendant des siècles en arrière», fait savoir Mme Boudali qui explique un concept qui adopte l’éducation de la langue française aux seuls adultes alors que ce modèle s’applique dans le domaine touristique.
Aujourd’hui, c’est ce même modèle qui serait calqué dans le système algérien, selon Mme Boudalia. Elle en veut pour preuve, le fait de produire des manuels scolaires algériens à partir des orientations contenues dans un manuel écrit par ce même Belc et qui porte la signature de F. Debyser.
Farid Guellil