Mali

Bamako, Minusma et Barkhane bouclent l’année 2017 au Mali avec 716 morts : Et si on revenait à la «pax algériana»?

Le bilan de la gestion de la crise au Nord-Mali a été désastreux. 716 personnes ont perdu la vie : 638 civils et assaillants, 436 Fama, 175 Minusma et 13 Barkhane. Avec «en bonus» la création d’un hyperpuissant conglomérat terroriste, alliance de quatre groupes : Ansar Eddine, Al Qaïda au maghreb, Mouvement Maçina et Al Mourabitoune. Donc, en termes de gestion, on peut dire que les résultats ont été catastrophiques.

Toutefois, avec Soumeylou Boubeye Maïga comme Premier ministre au Mali, les donnes sont en train de changer. Maïga sait bien, pour avoir été partie prenante des Accords d’Alger, pour avoir fait maintes et maintes fois la promotion d’une solution politique négociée, que la paix n’a pas de prix et qu’elle demeure la route la plus difficile à emprunter mais aussi la plus sûre et la moins coûteuse, humainement, militairement et politiquement. Une course contre la montre a commencé et se joue en réalité au Nord-Mali. Qu’on en juge : une délégation de haut niveau de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) est en déplacement à New York, aux États-Unis. Parmi les personnalités de l’ex-rébellion qui effectuent ce voyage figurent entre autres, les secrétaires généraux du MNLA et du HCUA, respectivement Bilal Ag Acherif et Algabass Ag Intalla. La délégation compte aussi un haut représentant du MAA, Mohamed Ould Mahmoud dit Mado et le responsable des questions humanitaires du MNLA, Attaye Ag Mohamed.
Leur déplacement au pays de l’Oncle Sam qui se fait après une courte escale en France et serait en rapport avec l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. Les « Accords d’Alger » pointent aujourd’hui, pour tout le monde, comme le seul cadre politique concret et sérieux, et pacifique surtout. Hors de ce cadre, c’est le langage des armes et la surenchère politique. On l’a vu et éprouvé. Au langage des armes terroristes répondent les armes loyalistes ou onusiennes, et à ces armes-là, répondent de nouveau les armes terroristes, et la boucle peut tourner à l’infini, dans une drôle de guerre, une guerre sans objectifs et sans fin. Voilà ce que les « Accords d’Alger » tentent d’éviter aux Maliens, en les amarrant à un processus politique sérieux, quand bien même d’autres y voient des concessions que Bamako devrait redouter et rejeter. Le nouveau Premier ministre malien, Soumeylou Boubeye Maïga, en connaisseur avisé du dossier malien, sait à quoi s’en tenir en la matière. Sa première audience a été réservée à l’ambassadeur algérien à Bamako ; c’est un signal fort de ses dispositions présentes à s’accrocher aux issues offertes par ces accords. Depuis 2013, Alger laisse faire les pays du champ, laisse le Mali trouver ses propres articulations, regarde faire la France avec Serval, puis Barkhane, mais enregistre les résultats de chacun et de tous. Le bilan, on l’a dit, a été désastreux : 716 personnes ont perdu la vie, dont 638 civils et assaillants, 436 Fama, 175 Minusma et 13 Barkhane, et la création d’un puissant Nosrat al-Islam wal Mouslimin. N’est-il pas temps de revenir au processus de paix, aux propositions d’Alger, qui a déjà prouvé son efficacité en 1991, en 2006 et en 2015 ?
F. O.