Mohamed Loukal

Avec des reserves de change au-dessus de 100 mds dollars : Doit-on casser la tirelire ?

Les réserves de change de l’Algérie fondent comme neige sous le soleil. Même si, elles se situent toujours en dessus de la barre des 100 milliards de dollars.

Le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, qui l’annonçait hier devant les membres du Conseil de la nation, a assuré que la situation financière de l’Algérie demeure «solide et confortable». «Depuis fin février 2017 et jusqu’à présent, les réserves de change sont toujours supérieures à 100 milliards de dollars», a déclaré Loukal, qui précise que la croissance économique a, quant à elle, connu une hausse de l’ordre de 4% en 2016, plombée par une croissance dans le secteur des hydrocarbures. Le gouverneur de la Banque d’Algérie, qui présentait le rapport sur les évolutions économiques et monétaires du pays de 2015 et 2016, en séance plénière du Conseil de la nation, a tenu à rappeler que «les matelas de devises se sont établis à 114,1 milliards de dollars en décembre 2016, contre 121,9 milliards usd à fin septembre 2016». L’autre indicateur, communiqué par le gouverneur, concerne la valeur du dinar qui a connu une «stabilité» à la fin de 2016, s’échangeant à 110 DA, contre 1 dollar. «Au premier trimestre 2016, la valeur du dinar a baissé de 3,2% contre le dollar américain, contre une augmentation de 6% de sa valeur face à l’euro», a rajouté le gouverneur. D’ailleurs, il ne manquera pas de se féliciter de l’amélioration du taux de change du dinar par rapport à l’euro, qui s’est échangé à 125,6 DA en mai 2016, et à 116,4 DA à la fin de la même l’année, cette tendance s’est préservée au cours des premiers mois de l’année 2017. D’autre part, les recettes de la fiscalité pétrolière, de l’année 2015, ont atteint 2 273,5 milliards de dinars contre 3 388,4 milliards de dinars au cours de l’année 2014. «En contexte d’accroissement des dépenses publiques, qui sont passées de 6 995,7 milliards de dinars en 2014 à
7 656,3 milliards de dinars en 2015, soit une hausse de 9,4%, le déficit du solde global du Trésor a atteint 2 621,7 milliards de dinars, soit 15,8% du PIB, un record historique, contre 8,0% en 2014», a précisé à cet effet le gouverneur. En sus, il expliquera que ce «déficit, financé à hauteur de 89,1%, par prélèvement sur les ressources du Fonds de régulation des recettes (FRR), a entraîné une forte baisse de l’encours de ce Fonds, qui est passé de
4 408,5 milliards de dinars à fin 2014, à 2 072 milliards de dinars à fin 2015, soit une érosion de 53% en l’espace d’une année». Plus loin, il a expliqué qu’à la «fin de l’année 2016 les dépenses publiques se sont élevées à 7 303,8 mds DA» .Au cours de la même période, les recettes de la fiscalité pétrolière ont poursuivi leur baisse, atteignant 1 805,4 milliards de dinars, contre
2 273,5 milliards de dinars au terme de l’année 2015. L’encours du FRR, pour sa part, s’est érodé davantage en début de 2016, atteignant le plancher légal de 740 milliards de dinars à compter de fin février. Par la suite, le gouverneur a affirmé que la situation monétaire consolidée s’est caractérisée par une très faible expansion de la masse monétaire M2 en 2015 (0,13%) et une croissance très modérée de cet agrégat, au cours des neuf premiers mois de 2016 (2,52 %), en contraste total avec la période 2010-2014, où la croissance de la masse monétaire (M2) a été de 13,8% en moyenne annuelle. L’État passe de position de créancier net à une position de débiteur. Dans un autre sillage, le gouverneur a fait état d’une «détérioration de la position financière nette de l’État à l’égard du système bancaire». En effet, il notera que, à la fin décembre 2014 et fin septembre 2016, l’État est passé d’une position de créancier net (1 992 milliards de dinars) à une position de débiteur net vis-à-vis du système bancaire (-2,024 milliards de dinars), sous l’effet du recours considérable aux ressources du Fonds de régulation des recettes, du rachat par le Trésor de créances non performantes des banques publiques sur des entreprises publiques (305,3 milliards de dinars), par émission de titres, et de l’augmentation des crédits des banques à l’État, principalement suite à leurs souscriptions à l’emprunt national (158,7 milliards de dinars).

Croissance des crédits dédiés à l’économie
D’autre part, Loukal a fait état de la poursuite de la croissance des crédits à l’économie, à un «rythme appréciable», et ce, «malgré les développements monétaires et financiers défavorables». En effet, les crédits à l’économie, avant rachat par le Trésor des créances non performantes détenues par les banques publiques sur des entreprises publiques, ont progressé de 16,57% en 2015 et de 15,28 en 2016. Tout en précisant que les crédits aux grandes entreprises représentent 50,7% à fin 2015 et 52,7% à fin 2016, contre 41,2% et 297,3%, respectivement, pour les crédits aux PME/PMI. Enfin pour ce qui est de l’inflation, celle-ci «après la désinflation significative des années 2013 et 2014, elle est repartie à la hausse en 2015, atteignant 4,8%, en rythme annuel moyen. Et puis, elle a atteint 6,4% en 2016 ».
Lamia Boufassa