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Argentine : Ils veulent la tête de la statue du Che !

La fondation libérale Bases a lancé une campagne pour faire disparaître tous les hommages publics rendus au Che dans sa ville natale de Rosario.

Maison de naissance de « Che Guevara », peut-on lire sur une bannière aux abords du 480 de la rue Entre Rios. C’est en plein cœur de Rosario, ville fluviale située à 300 kilomètres au nord de Buenos Aires, qu’est né le premier enfant de la famille Guevara de la Serna, Ernesto. Contraints de débarquer du bateau qui les emmenait du nord de l’Argentine à Buenos Aires par le déclenchement prématuré de l’accouchement de Célia, la mère du Che, la petite famille fait un arrêt express à Rosario. Ernesto, Célia et « Ernestito » ne resteront qu’une quinzaine de jours dans l’appartement situé au cinquième étage, avant de rejoindre la capitale argentine.
Ni musée ni visite, nombreux sont les touristes qui se cassent le nez sur la lourde porte de l’immeuble de style haussmannien. Ironie de l’histoire, la pancarte rouge installée par la municipalité de la ville de Rosario au début des années 90 se confondrait presque avec les couleurs d’une célèbre compagnie d’assurance internationale ayant élu domicile au rez-de-chaussée.

75 000 clés venues du monde entier
Avec la fresque de l’artiste argentin Ricardo Carpani, située à quelques pâtés de maisons, l’appartement de transit était jusqu’en 2008 l’unique signe visible de la naissance d’Ernesto Guevara dans la ville. Cette année-là, la municipalité socialiste a érigé une statue en son honneur, puis a organisé un circuit touristique autour de Che Guevara.
Une tonne et demie de bronze sur quatre mètres de haut s’élève dans le parc Yrigoyen de Rosario. Réalisée grâce à la fonte de 75 000 clés données par des habitants de Rosario et du monde entier, la statue impressionne. Le parc accueille les curieux, mais aussi les badauds venant se détendre autour d’un maté, traditionnelle boisson chaude argentine dont le Che était un amateur assidu. Inacceptable pour la Fondation Bases, un think tank libéral qui a lancé une campagne intitulée « Enlevez les hommages au Che
Guevara ! ».

Entre le Che et Hitler, je ne vois qu’une seule différence : la moustache
Profitant de la fenêtre médiatique qu’offre, en 2017, le centième anniversaire de la révolution russe et le cinquantième de la mort du Che, l’institut a lancé une pétition sur Change.org. On y voit une photo du Che, béret vissé sur la tête et arme au poing. « Comme il est né à Rosario, cela nous permet de donner une dimension humaine, ou plutôt semi-humaine, à un débat que nous souhaitons soulever à propos des crimes du communisme », explique Federico Fernandez, président de la fondation. La pétition a déjà récolté près de 15 000 signatures. Un succès inespéré : « Je ne m’attendais pas à autant d’adhésion », reconnaît-il.
Bases vise ce public jeune qui, « bien souvent, arbore fièrement le visage du Che sur ses tee-shirts sans même savoir qui il est ou en le percevant comme un genre de héros romantique. C’est une personne qui est adorée exactement pour l’opposé de ce qu’il a fait. […] Il faisait l’apologie de la violence, de la haine. Un assassin tyrannique, persécuteur d’homosexuels, de chrétiens et de dissidents en général », martèle Federico Fernandez, qui n’hésite pas à comparer la révolution cubaine et l’Allemagne nazie : « Entre le Che et Hitler, je ne vois qu’une seule différence : la moustache. »

Ce sont des nains de l’histoire
La pétition et ses 15 000 signatures devraient pourtant rester lettre morte. « Il me semble normal de conserver la mémoire d’un personnage historique, natif de Rosario et marquant pour l’Argentine comme pour le reste de l’Amérique latine », estime Bibiana Badosa, directrice du Tourisme de la municipalité de Rosario. « Il s’agit d’une demande d’un groupe, et ils ont tout à fait le droit de s’exprimer, mais il y a aussi de nombreux citoyens qui pensent le contraire et qui se sont impliqués dans la construction de cette statue », ajoute-t-elle. Juan Martin Guevara, petit frère du Che, de 15 ans son cadet, balaie carrément l’initiative d’un revers de la main : « Ils ne font pas bouger l’ampèremètre. Ce sont des nains de l’histoire. On ne parle déjà plus d’eux ni de leur proposition. »
Il y voit d’ailleurs une énième tentative de salir l’image d’une figure historique qui, pour lui, est presque incontestable : « Sur les 4 880 pages de texte que mon frère a laissées, il y en a 100 qui parle de la guerre et de la guérilla. Tout le reste porte sur la philosophie, la culture, l’histoire, la politique, l’économie… Deux ans et onze mois de guerre dans sa vie, contre ce qu’il a généré en termes de pensée et de changements dans le monde… Il me semble qu’on ne peut pas comparer. » La statue de bronze de Rosario semble aussi inébranlable que le mythe.