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Après le « suicide » politique de Marine Le Pen : Macron à deux doigts de l’Élysée

Au second tour de l’élection présidentielle en France, Emmanuel Macron, sauf énorme surprise de dernière minute, part gagnant dans la course à l’Élysée pour devenir le huitième Président de la Vème République française. Ceux qui en doutaient et ceux qui voulaient barrer le chemin par leur vote à un candidat, qu’ils étiquètent d’ultralibéral, ont perdu tout  espoir après la prestation calamiteuse, pour ne pas dire suicidaire, au  débat télévisé de mercredi dernier entre Marine le Pen et Emmanuel Macron.

Une stratégie folle faite d’agressivité ? De  faux  arguments et de  mensonges,  que ni politiques ni communicants n’ont su expliquer. D’autant que  jusque la, Marine le Pen a réussi a dédiaboliser son parti et faire oublier l’héritage sulfureux de son père. Et précisément même, ce dernier est sorti de sa retraite forcée pour critiquer sévèrement la mauvaise performance de sa fille. Il a ainsi donné le ton. Il est clair qu’une  lourde défaite de Marine Le Pen à la présidentielle pourrait déclencher une guerre des lignes politiques au sein du FN. Pour nombre d’analystes politiques en France cela signerait sans doute l’arrêt de mort du parti tel qu’il existe depuis 1972. Ils  rappellent que depuis le tremblement de terre du 21 avril 2002, avec la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, le Front national voit s’envoler ses scores. Seulement, le parti lepéniste n’est jamais parvenu à les convertir en succès électoraux : il ne dirige aucune grande ville, aucun département, aucune région France, même si,  il s’autoproclame premier parti de l’hexagone. Selon les derniers sondages Emmanuel Macron  est donné vainqueur face à Marine Le Pen (FN) pour le duel de ce dimanche et cette «nouvelle défaite» pourrait sonner la fin du Front national, tel qu’hérité de Jean-Marie Le Pen. En effet, depuis l’avènement de Florian Philippot à la vice-présidence du Rassemblement Bleu Marine d’abord et du Front national ensuite, deux lignes s’opposent au sein du parti. Deux lignes difficilement conciliables à très moyen terme.
D’un côté, la ligne conservatrice incarnée par la nièce, Marion Maréchal le Pen, apporte bien plus que le seul socle idéologique historique du parti. Cette ligne droitière s’appuie sur une base militante aguerrie aux campagnes électorales et à la joute idéologique. De l’autre côté, la ligne plus sociale incarnée par Florian Philippot, si elle parvient intellectuellement à séduire un nombre croissant d’électeurs, ne parviendra pas à convertir un bulletin glissé une fois dans une urne en porte-voix pour le Front national. Le  1er mai 2017 a  marqué une fracture entre ces deux lignes : deux défilés étaient organisés en deux points de Paris, chacun avec ses soutiens. Les militants historiques étaient avec Jean-Marie Le Pen devant la statue de Jeanne d’Arc (place des Pyramides, à Paris), tandis que les nouveaux électeurs  soutenaient Marine Le Pen dans un meeting à Villepinte. Cette fracture idéologique semble avoir été amplifiée par le débat télévisé. À l’issue du second tour de l’élection présidentielle, selon le score réalisé par Marine Le Pen se posera la question de l’avenir du mouvement et d’un choix durable de ligne politique. Si elle obtient un score supérieur à 40 %, elle pourra arguer de l’opportunité de la ligne adoptée. Auquel cas, elle risquera fort de voir durablement sinon définitivement s’éloigner d’elle ceux qui jadis soutenaient son père et faisaient ses campagnes électorales.
L’extrême droite risquerait alors de retomber dans les affres historiques de la division. Elle a donné un avant-goût de cette stratégie, lors du débat qui l’a opposé a Macron, comme si elle anticipait sa défaite électorale. Pour Emmanuel Macron qui est la cible d’attaques numériques, qu’il s’agisse de piratage ou de propagation de fausses rumeurs, les choses sérieuses commenceront dès le lendemain de la victoire, qui scellera la recomposition de la classe politique française. Très vite celui qui serait au soir du  7 mai 2017 le plus jeune président de la République française nommera un Premier ministre dont il a tracé le portrait chinois: un homme d’expérience et de conviction. Des commentateurs ont aussitôt pensé au ministre de la défense de François Hollande, Jean-Yves Le Drian. Mais aussi à François Bayrou qui piaffe d’impatience et se verrait bien jouer les premiers rôles pour conduire le nouveau parti «En Marche !» à la bataille des législatives. Une bataille aussi importante que celle de la  présidentielle, car il s’agira de se donner une majorité. Ce qui n’est pas aisé, mais pas impossible pour un nouveau parti dont la  plupart  des candidats sont de nouvelles têtes avec de nouveaux ancrages. Faute de quoi Emmanuel Macron devrait composer pour avoir une majorité  présidentielle. Et même être contraint à la cohabitation en cas de majorité de députés et une  victoire aux législatives  de la Droite républicaine (LR).  L’ancien lieutenant de Sarkozy, Français Baroin qui  va diriger la campagne des législatives pour le parti des  Républicains (LR) se voit déjà  à l’hôtel Matignon, le siège du premier ministère en France.
Mokhtar Bendib