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APPELS ANONYMES À MANIFESTER : Des intellectuels algériens mettent en garde contre des dérapages

Dans une lettre rendue publique, jeudi, un collectif d’artistes, d’hommes de culture, créateurs et membres d’associations culturelles, ont exprimé leur inquiétude quant aux appels à l’adresse des citoyens de recourir à la rue pour exprimer leurs opinions politiques et ce sans tenir compte des risques majeurs et des déviations que cela implique. Ce collectif a appelé, dans sa lettre, toutes les franges du peuple algérien, notamment les jeunes, à se prémunir d’un sens élevé de vigilance et de responsabilité, en étant convaincu que le recours à la rue conduit à des dérapages et à l’atteinte aux personnes et aux biens et menace, notamment, la stabilité du pays. Les signataires de la lettre ont exprimé, cependant, leur attachement au droit légitime d’expression et de la liberté de manifester dans le calme et la quiétude à condition que cela ne soit pas en contradiction avec les libertés collectives et individuelles garanties par la Constitution algérienne. Selon eux ; «l’édification de l’état et la préservation de la cohésion sociale requièrent de la part de tout un chacun l’engagement, la patience, la sagesse, la retenue, ainsi que la valorisation des acquis pour surpasser les difficultés». Ils ont tenu à rappeler, à cette occasion, que pour le recouvrement de la paix et de la quiétude, «l’Algérie a réalisé d’importants acquis après une période sombre et difficile durant laquelle notre peuple a été lourdement mis à rude épreuve, où les institutions de l’état étaient menacées et ciblées, suscitant une culture de désespoir, de démoralisation et de peur de l’inconnu et où les indicateurs de croissance ont atteint les niveaux les plus bas ». «Nous gardons en mémoire cette période cruelle et douloureuse durant laquelle notre peuple, dont les Hommes de culture et les artistes avaient payé un lourd tribut pour préserver la pérennité de l’état », a-t-on relevé. Le même collectif a réitéré de ce fait son attachement aux vertus de la Concorde civile et de la Réconciliation nationale qui illustrent, selon lui, le génie algérien de promouvoir les valeurs de tolérance, de solidarité, de paix et de sécurité. Convaincus que les hommes de culture et les créateurs dont les auteurs, cinéastes, dramaturges, artistes plasticiens et musiciens… sont, sans nul doute, la frange qui est à l’avant-garde et dispose de la capacité d’exprimer les aspirations du peuple algérien et la plus attachée à faire de la culture un cadre de dialogue et d’expression libre loin de toute forme de violence et de confiscation de la parole, les signataires de la lettre estiment que l’échéance électorale présidentielle prochaine les met devant leurs responsabilités en tant qu’élite culturelle et intellectuelle nationale, pour en faire une nouvelle étape pour la valorisation des acquis enregistrés aux plans économique, social et culturel. « Cette démarche est à même de barrer la voie à tous ceux qui parient sur les mutations géopolitiques dans notre espace géographique immédiat et œuvrent à transposer les expériences destructrices et de discorde (fitna) qu’ont connues certains pays sous des appellations attrayantes mais dont le résultat était l’échec et les destructions », ont-ils rappelé.
Ania Nait Chalal