Tahar Hadjar

Appels à la grève dans les universités : Hadjar «clashe» les syndicalistes

Rien ne va plus entre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et le Conseil national des enseignants du supérieur (CNES). Mieux, aucun signe n’augure un probable rapprochement sur la base de dialogue entre les deux parties, en conflit depuis plusieurs années.

Intervenant hier, lors d’un point de presse organisé en marge de la rencontre qu’il l’a regroupée avec les représentants des organisations estudiantines agréées, Tahar Hadjar a fermé les portes du dialogue devant le Cnes, qu’il qualifie de syndicat «illégitime» du fait qu’«il ne dispose pas» d’agrément d’activité. Dans le fond, le ministre affirme que son département est prêt à dialoguer avec tous les enseignants. Quant à la forme, et pour ce qui est des organisations syndicales, celles qui ne disposent pas d’autorisation d’exercice sont désormais persona non grata pour Tahar Hadjar. «Nous accueillons tous les enseignants universitaires et nous sommes prêts à dialoguer avec eux, mais nous n’allons en aucun cas les accueillir en tant que syndicat étant donné qu’ils ne sont pas agréés», a tranché le ministre. Tout en réitérant que son département n’a en aucun cas fermé les portes du dialogue avec les syndicats des enseignants universitaires, le ministre a rappelé que le problème au sein du Cnes est «interne». À cet effet, il rappellera que deux ailes se sont créées au sein du Cnes et chacune d’entre elles se proclame légitime. «Le ministère du Travail fait état du non-respect des procédures réglementaires dans l’organisation des congrès des deux ailes du syndicat. Comment vais-je dialoguer avec une partie ou une autre», s’est-il interrogé, tout en précisant que le département qu’il dirige n’a exclu aucune entité agréée. D’ailleurs, Tahar Hadjar a menacé toute personne non habilitée s’exprimant au nom des étudiants et au nom des enseignants, de poursuites administratives et ce, dès aujourd’hui (dimanche, Ndlr). Selon lui, seules les organisations estudiantines et les syndicats des enseignants agréés peuvent parler au nom de ces deux corporations. D’un doigt accusateur, il pointe le représentant de l’organisation nommée à la tête de l’Ugel. «Le président d’une organisation estudiantine n’est même pas étudiant. Il ne sait pas ce qui se passe à l’université. Comment peut-il alors s’exprimer au nom des étudiants ?», a-t-il posé davantage comme souci pour engager un dialogue avec la famille universitaire.
Ainsi, Hadjar met en garde tous les «intrus» se réclamant représentatifs de la corporation des étudiants ou d’enseignants. Ne mâchant pas ses mots, il accuse même certains de faux et usage de faux ou encore d’usurpation d’identité, en évoquant l’utilisation de «faux cachets». Cette déclaration du ministre intervient suite à la menace de plusieurs organisations de paralyser l’université. Réunis en décembre denier, le Conseil national des enseignants du Supérieur (Cnes), l’aile d’Abdelhafid Milat, de l’Ugel, de Safap, de l’Unja et des différentes coordinations des étudiants ont décidé de paralyser, à partir du 14 janvier prochain, tous les établissements de l’enseignement supérieur du pays et de boycotter les examens du premier semestre. Les initiateurs de cette grève veulent dénoncer à travers leur action le «laxisme» du ministère de tutelle et son refus d’ouvrir les portes du dialogue avec les partenaires sociaux pour trouver des solutions aux problèmes que vit l’Université algérienne. Par ailleurs, il y a lieu de noter que l’autre aile du Cnes a appelé, de son côté, à une grève de trois jours les 17, 18 et 19 janvier prochain, pour exiger l’ouverture des portes du dialogue avec les partenaires sociaux, l’arrêt des décisions qui entravent le bon fonctionnement des activités pédagogiques, l’abandon des poursuites judiciaires contre les enseignants et les syndicalistes. Dans sa plateforme de revendications, ce syndicat demande la révision du statut particulier de l’enseignant-chercheur, l’accélération des projets de construction de logements et l’amélioration des conditions socioprofessionnelles des enseignants. Reste à savoir maintenant qu’elle sera la réaction de ces organisations. En attendant, à s’interroger aussi si l’université algérienne va droit à l’explosion ? Devant la menace qui pèse sur le secteur, Hadjar passe à l’offensive et dénie le droit aux syndicats de représentativité. Autrement, tenter de désamorcer une bombe à retardement.
Lamia Boufassa