AmZik

Alliant patrimoine et universalité : AmZik, entre quiétude et inquiétudes

Pour sa première tournée en Algérie, le groupe de music AmZik, qui allie airs du patrimoine et sonorités universelles, « repart satisfait après avoir fait bonne impression » auprès de son public, affirment, unanimes, ses membres rencontrés mardi à Tizi-Ouzou.

Largement suivi sur les plates-formes numériques et les réseaux sociaux, le groupe a, pour ainsi dire, juste « retrouvé son public qu’il rencontre pour la première fois », lors de ses trois concerts à guichets fermés, organisés à Tizi-Ouzou, au théâtre régional Kateb Yacine, la maison de la culture d’Azazga et la cinémathèque de Boghni. AmZik, littéralement, « Comme avant », le groupe fondé en 2015 par 3 mélomanes endurcis expatriés en France, Khireddine Kati et les frères jumeaux Belkadi, Abdenour et Karim, compte aussi des musiciens étrangers qui apportent, chacun, sa touche.
Nourris aux sources de la musique ancienne, les jeunes mélomanes sont, également, bien intégrés et en phase avec l’évolution de celles d’aujourd’hui, d’où l’originalité de leur travail qui fait revivre le patrimoine en y introduisant des sonorités universelles.
L’un des objectifs du groupe est « d’apporter de nouvelles sonorités à l’âme de ce patrimoine musicale pour l’introduire dans l’universalité », affirme Khireddine, surnommé Didine, le maestro de la mondole du groupe. Pour lui, AmZik c’est, d’abord, « une quête ». « La quête d’une quiétude que reflètent les anciennes chansons, d’une existence et d’une ambiance de vie paisible souvent rompue par la déchirure de l’exil ». L’exil, le déracinement, une déchirure qui impose poids dans leur travail et rythme leur quête et qui est affirmé avec force, entre autre, dans l’une de leurs chansons phare « Yemmas ou g’aghriv » (La mère de l’exilé). AmZik, c’est aussi, « faire connaitre aux gens quelque chose qui manque, projeter l’image d’une époque paisible et comment, au même temps, les gens ont affronté les difficultés », en remettant au gout du jour ce patrimoine musical, poursuit-il.

Quiétude et inquiétudes
Tout « fascinés » qu’ils sont par ce temps ancien, les 3 mélomanes n’en demeure pas moins interpelés par le monde contemporain.  » Se reconnaître dans les valeurs des temps anciens, il y avait une élégance de vie malgré le dénuement, ne nous empêche pas d’être de notre temps », tranche encore Didine. « Nous ressentons comme tout le monde la lourdeur de la vie d’aujourd’hui, avec son développement et ses inquiétudes et nous sommes sensibles à la réalité et aux espoirs de la jeunesse d’aujourd’hui qui n’aspire qu’à avoir une vie paisible », poursuit-il.
Un engagement qui se traduit dans leur 2 ème album sorti en 2021 « Atas » (beaucoup), où ils décrivent l’état du monde et se font les portes voix de cette jeunesse qui a envie de dire « beaucoup » de choses et où le groupe aborde des sujets contemporains. « La chanson ancienne est ancrée dans son époque. Elle a abordé des thématiques propres à l’époque de ses chanteurs tout en exprimant leur vision de leur société d’alors, et comme elle, nous sommes accrochés par des sujets contemporains tel l’écologie, l’enfance, le devenir du monde, qui s’imposent comme des tendances » précise-t-il. Musicalement, le groupe est aussi en « quête permanente de nouveauté et de sonorités accrocheuses » et travaille toujours à « élargir son public et durer, en transcendant le temps ». Ce qui est « un autre exercice de travail », avoue Didine. La mandoline côtoie la basse, la guitare électrique et la clarinette, qui est introduite pour la première fois dans la chanson kabyle. « Un mélange d’instruments et de touches s’accompagne d’un grand travail d’arrangements et d’harmonisation que permettent le choix des musiciens et les moyens technologiques », soutient Noureddine Belkadi, l’un des percussionnistes et parolier principal du groupe. « Rester attaché à ses racines et sa culture n’empêche pas l’ouverture sur d’autres horizons, d’autres cultures, et du coup, revendiquer, affirmer, faire connaître et apporter notre part d’humanité », soutient-il, en soulignant que toutes les cultures ont, à la base, « socle commun » qu’est l’humanité.
Un avis partagé par le clarinettiste du groupe, Hugo Proy, qui s’est retrouvé embarqué dans l’aventure « grâce à la musique qui est une langue universelle même si on vient de cultures différentes » dit-il. La musique du groupe, dit-il, « me parle beaucoup, et à travers elle j’arrive à toucher d’autres sonorités, d’autres couleurs et à ressentir ces maux que sont l’exil et le déracinement, quelles que soient leurs raisons ». « La culture algérienne possède un riche héritage musical en tout genres dont il est intéressant de ressusciter l’âme et leur donner du sang neuf en les embellissant des sonorités contemporaines que permettent les instruments moderne tout en gardant intacte cette âme », renchérit Belkadi.
Refusant de parler de musique traditionnelle, mais juste « un peu ancienne ou d’une autre époque », il ajoute que le groupe « n’est pas dans imitation, mais, dans le développement et l’ouverture sur d’autres influences », faisant remarquer qu’aux états-Unis par exemple, le blues ou le Jazz ont toujours leur place. « C’est même un travail qui n’est pas de tout repos de puiser dans le patrimoine et de donner une nouvelle vie à ces chansons en remplaçant le son lourd des instruments de l’époque par des sonorités accrocheuse d’aujourd’hui », souligne-t-il.