AHMED BENSAADA

AHMED BENSAÂDA, ENSEIGNANT ET CHERCHEUR UNIVERSITAIRE : «Le Hirak est positif, il pose des problèmes sérieux de démocratie…»

S’exprimant, hier, sur les ondes de la radio nationale chaîne III, Ahmed Bensaâda, qui est également chercheur à l’école polytechnique de Montréal, a relevé, à travers les manifestations populaires observées en Algérie, un « aspect positif » pour le pays. Pour lui, s’il y a des manifestations c’est qu’il y a des problèmes sérieux de démocratie, d’égalité de chance, et de hogra.
Soulignant dans son intervention que les revendications du mouvement populaire sont « justes », et « bénéfiques » pour le pays, Bensaâda a estimé toutefois que celui-ci « fait l’objet d’une manipulation d’officines, comme c’était le cas pour nombre de pays arabes ». Il a déclaré, à ce propos, que pour qu’une révolte aboutisse, il faut qu’elle soit absolument «intrinsèque», «c’est-à-dire nos problèmes doivent être réglés entre nous». En relevant certaines similitudes entre le mouvement du 22 février avec les révoltes en égypte et la Tunisie en 2011, et même les révolutions colorées survenues en Géorgie, l’Ukraine ou le Kirghizistan, il dit voir dans ces révolutions une manière visant à changer les régimes pacifiquement, en utilisant la technique de «la non-violence».
Pour le chercheur, ces méthodes sont enseignées par des organismes étrangers spécialisés. Il a expliqué, dans ce sens, que des officines basées aux états-Unis et en Europe financent et forment différents organismes et associations à travers, notamment, des cyberactivistes pour déclencher des révoltes populaires dans ces pays. Selon lui, les états-Unis avaient décidé de provoquer des changements radicaux dans les pays arabes, et se sont alors donnés les moyens pour le faire. à travers les réseaux sociaux, ces derniers mettent en œuvre leur stratégie, en planifiant les manifestations, en donnant des directives concernant les lieux de rassemblement, les idées sur les slogans, par exemple. «Mais nous n’avons pas besoin de financement étranger qui va nous pousser à nous entretuer», et le peuple algérien « n’a pas besoin de revivre l’expérience de la décennie noire», a-t-il fait savoir.
«Si nous suivons ce que nous dictent les agendas étrangers, nous irons directement droit au mur », a-t-il mis en garde, en rappelant que le député européen, Raphaël Glucksmann, qui est à l’origine de la Résolution du Parlement européen sur la situation en Algérie, fait partie du Cercle de l’oratoire, un cercle de réflexion français « néoconservateur, qui était pour l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan et la destruction de la Libye ». « Nous souhaitons un réel printemps en Algérie, régler nos problèmes entre nous, avoir un pays démocratique sans qu’il y ait une ingérence étrangère», a-t-il insisté, mettant en avant le fait que « jamais notre pays ne reviendra à avant le Hirak ». «Nous ne pouvons plus revenir en arrière, sauf que donnez-nous la chance d’avoir un pays qui est tenu par les Algériens et par des agendas purement algériens, et non pas des agendas étrangers », a souligné Bensaâda.
L’auteur de «Arabesque américaine» a suggéré de s’éloigner de « l’arrogance, l’entêtement et l’obstination» qui sont, selon lui, «de très mauvais conseillers dans cette période», appelant à faire en sorte que ce soulèvement populaire « soit un vif succès pour une Algérie nouvelle, apaisée, pleine de promesses pour un peuple qui a tant espéré».
Ania Nait Chalal