Activités privée parallèles des salariés de l’éducation et de la santé : Pourquoi les syndicats ne dénoncent-ils pas ces pratiques «informelles» ?

Il est une pratique incongrue, voire carrément illégale, qui consiste à travailler pour les salariés des secteurs étatiques « en privé », parallèlement à leurs fonctions pour lesquelles ils sont payés. Depuis le début de la grève des enseignants, et qui a duré plusieurs mois, des enseignants, tout en revendiquant leurs salaires intégralement, malgré leur débrayage, donnaient des cours privées soit dans des écoles privées, soit chez eux, doublant ainsi leur rémunération mensuelle. Cette pratique « très algérienne », qui se débarrasse en réalité du dernier sentiment de pudeur et d’honnêteté, s’est encore amplifiée dans le secteur de la Santé, où, on l’a constaté, des médecins payés pour être dans les hôpitaux, se retrouvent dans des cliniques privées, soignant des patients ou procédant à des diagnostics et à des visites médicales. On ne parle pas ici des petits soins prodigués chez eux à titre très privé, en faisant par exemple des injections à des malades, et malgré le fait que ces « plus » sont rémunérés, ils restent minoritaires et s’opérant en cercle restreint. Nous ciblons le travail fait à des heures de la journée chez les privés, alors que dans le même temps ils sont censés être dans les hôpitaux. C’est cette pratique qui est illégale et qui interpelle aussi bien les pouvoirs publics que les syndicats de corporations, très au fait de ces pratiques illégales. Que l’éthique, la déontologie et le serment d’Hippocrate soient bafoués de la sorte, il y a longtemps que la chose est rentrée dans le domaine de la « normalité », mais que des médecins, éducateurs, enseignants, architectes ou paramédicaux piétinent les lois de la République, les pouvoirs publics ont le devoir de réagir. Le problème n’est pas que technique, il est aussi anthropologique et humain, car la nouvelle génération est entrain de grandir dans les normes de « l’argent avant tout », le gain à tout va, ici et maintenant, générant jour après jour un déni de la valeur civilisationnelle de l’effort et du travail, un rejet de la société besogneuse et travailleuse, honnête et intègre, au profit de réseaux générateurs de profits.
Heureusement, le mal n’est pas aussi général qu’il ne donne l’impression ; des hommes dénoncent leurs confrères avec courage. Mais en tout état de cause, les syndicats, toujours prompts à dénoncer les irrégularités et les déviations socioprofessionnelles, n’en soufflent pas un seul mot. La solidarité, là, fait force de loi. Pourtant, le Pr Abdelouahab Bengounia, chef de service épidémiologie au CHU de Mustapha Pacha, dénonce cet état de fait, mais tout en imputant une bonne part de responsabilité au gouvernement, « qui laisse faire », et « qui ne balise pas le parcours cahoteux des enseignants, comme des médecins», avides de se remplir les poches en l’absence de couloirs de surveillance clairs.
Rachid Malaoui, président du Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique, invité au «Courrier d’Algérie», il y a trois jours, a eu le courage de dénoncer aussi bien les enseignants et médecins « informels », que les syndicats qui sont au courant de ces faits et qui ne le dénoncent pas.
Autres temps, autres mœurs ; faut-il revoir la grille des salaires de certaines fonctions, qui poussent à un « travail au noir » pour boucler les fins de mois ? Faut-il mettre en avant des lois claires et applicables et réprimer les contrevenants ? Aux autorités de mettre un terme à des situations qui ne présagent pas l’avenir dont rêvent les Algériens honnêtes…
F.O.