Abdelouahab Derbal

Abdelwahab Derbal, hier, à Alger : «Je respecte le boycott comme choix politique»

Le président de la Hiise (Haute instance indépendante de surveillance des élections), Abdelwahab Derbal, à travers sa sortie, hier, sur les ondes de la Chaîne 1, a choisi cette période de trêve électorale, entre la fin de la campagne et le jour du vote, pour faire part de l’évaluation de la campagne des législatives. Qualifiant cette campagne de «calme», et le discours des candidats de «responsable», Derbal a minimisé de poids de l’abstention auguré, lors des élections de jeudi prochain, et a tenu, surtout, à dénoncer des candidats qui n’hésitent pas de faire de cette campagne «une tribune de publicité et de chantage». Derbal, en très bon locuteur, a insisté d’abord pour faire la part des choses en clarifiant devant la presse des concepts qui ne semblent pas encore maîtrisés, selon lui, par certains des prétendants à la prochaine législature. Ainsi, l’invité du Forum de la Radio nationale a, d’emblée, fait savoir que l’abstention est en premier lieu causée par des raisons sociales et culturelles et même civilisationnelles, alors que le boycott est «un choix politique émanant d’an avis politique d’individus sur l’action ou le programme du Gouvernement». De ce fait, Derbal a affirmé à propos du boycott : «Je respecte le boycott comme un choix politique de la part d’individus qui ne sont pas satisfaits de l’action du Gouvernement, mais c’est un choix et une vision que je ne partage pas, forcément, avec eux». En revanche, il estime que «parler de boycott pour les prochaines élections est un nonsens » vu le nombre «très insignifiant» des appelants au boycott représentés par deux partis politiques. L’autre «amalgame», dont souffre la presse, selon Derbal, est de confondre entre les concepts de «la transhumance politique», ou le nomadisme politique, et «le changement de parti politique ». Selon Derbal, le changement par un militant de parti politique, s’il est motivé par des convictions politiques, n’est pas de «transhumance politique». Mais, une démission avec laquelle le militant exprime son désacord avec son ancien parti, at- il expliqué. À titre d’exemple, Derbal cite le cas d’un militant qui entame la campagne électorale avec un programme pour changer son fusil d’épaule prêt être élu. Telle est l’explication de Derbal à propos du nomadisme politique. Sur la transparence des élections et le rôle de son instance lors du rendez-vous du 4 mai à venir, Derbal a reconnu que la pratique politique et son ancrage dans la société nécessite encore du temps, estimant que les Algériens «souffrent de la persistance de deux mentalités». Pour lui, il est temps de changer ces mentalités, selon lesquelles, un responsable est fait pour s’en servir et non pas pour servir. Par contre, l’orateur a dénoncé le comportement de quelques candidats qui n’«hésitent pas à faire des reproches à l’Hiise» lorsque celleci ne prend pas en considération leurs requêtes, alors que ces mêmes candidats «ne se conforment pas aux avertissements de l’Instance». Selon Derbal, des candidats ont même «jeté par terre des avertissements écrits» donnés par la Hiise, ce qui démontre, pour lui, le degré de respect de la loi chez eux. D’autre part, s’agissant de l’exploitation des espaces réservés à la campagne électorale, il a fait remarquer que l’État a dépensé des sommes colossales dans la rénovation et la préparation des salles à cet effet, mais le taux d’occupation durant toute cette période n’a pas dépassé les 45%. Plus graves encore, ajoute Derbal, des wilayas avec une population assez importante n’ont enregistré au maximum qu’entre 3% et 3,5% d’occupation des espaces. Ceci renvoie, selon Derbal, aux «gâchis engendrés par l’attitude de quelques partis politiques». Concernant les créneaux de passage sur les antennes de la Radio nationale et de la Télévision publique, Derbal a noté que ce taux est de 40% pour la première, avec une baisse dans la dernière semaine; pour la seconde, le taux est situé à 73%. Évoquant le constat fait par la Hiise durant la campagne électorale, Derbal a noté «beaucoup de vide juridique»; mais, pas en nombre important pour «hypothéquer le processus électoral», estimant que ce sont dans la plupart des fautes commises par des individus et non pas des agissements délibérés de partis ou d’institutions de l’État. Il en veut pour preuve, le formulaire de collecte de parrainages pour les candidatures, lequel étant de même forme aussi bien pour les partis politiques qu’aux indépendants. Derbal qui a souligné avoir pris la décision, sur proposition d’un parti politique, de revoir la procédure à l’avenir. Par ailleurs, le chef de la Hiise a estimé que son instance a reçu 287 requêtes de la part de partis politiques sur des cas de dépassement, dont 190 cas durant la campagne électorale. Aussi, la Hiise a émis 435 alertes sur un signalement de dépassements pour les candidats, des alertes qui ont été accompagnées de justificatifs et d’appuis sur des faits en rapport avec l’utilisation d’espaces publics non prévus pour la campagne. En outre, il a déploré l’affichage anarchique des portraits de candidats, et l’utilisation des symboles de l’État, en guise de slogans aux élections.

Hamid Mecheri