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Abdelmadjid Menasra, tête de liste de l’alliance MSP à Alger au «Courrier d’Algérie»  : «Sans fraude, nous aurons 30% des sièges à l’APN»

Dans cet entretien, le président du FC (Front du changement), Abdelmadjid Menasra, lequel est investi par l’Alliance MSP, candidat tête de liste dans la Capitale, revient pour détailler sa participation aux prochaines législatives. L’allié de Abderrezak Makri s’est exprimé également sur le spectre de l’abstension ainsi que le phénomène de fraude, qu’il dit ne point craindre. Preuve en est qu’il présage de bons résltats pour le MSP aux élections au 4 mai prochain.

Le Courrier d’Algérie : Nous sommes à mi-chemin de la fin de la campagne électorale avant d’aborder la phase cruciale des législatives 2017. Partagez-vous l’idée selon laquelle cette campagne est «morose» tant la mobilisation manque au rendez-vous?
Abdelmadjid Menasra : Je suis de ceux qui ne parlent que de ce qu’ils constatent sur le terrain. Jusqu’ici, nous avons mené une campagne électorale très réussie. Car, nous sommes entrés en contact direct avec les citoyens. Nous sommes allés à la rencontre des gens dans différents endroits pour toucher les communes isolées et éloignées du centre de la Capitale où celles se trouvant dans la périphérie algéroise. Mais, tout de même, nous avons relevé un sentiment d’appréhension chez les citoyens, très inquiétés et stressés. Ils expriment clairement leurs inquiétudes et de façon immédiate. Ce désarroi de la population doit son origine aux dernières décisions adoptées par le Gouvernement. Des politiques économiques, sociales et financières qui ont engendré un contexte social difficile, caractérisé par la dégradation du pouvoir d’achat, l’amenuisement des chances d’accès aux postes de travail, une distribution inéquitable des logements ou encore l’absence des infrastructures socioculturelles dans les collectivités éloignées. C’est le cas de le dire, puisque pas loin qu’hier (dimanche, ndlr), et pour exemple, nous étions en déplacement dans la commune des Eucalyptus, où nous avons constaté un manque criard en matière d’infrastructures de base. Pas uniquement. Dans d’autres communes de la Capitale, parmi celles surtout qui ont connu des opérations de relogement, des milliers de familles ayant occupé les nouvelles cités se retrouvent sans infrastructures basiques, ni commodités pouvant leur assurer une vie paisible et digne de tout citoyen. Pour répondre à votre question, dire que le peuple est contre les élections ou contre les partis politiques est faux. En revanche, le citoyen s’oppose et se dresse contre les corrompus et les corrupteurs. Tout comme il est contre ceux qui prêchent dans le vent et donnent de fausses promesses. Le peuple est contre ceux qui ont failli à la gestion du pays et qui sont à l’origine des drames. Il est contre ceux qui lui ont rendu la vie pénible. En tout cas, c’est ce que nous avons constaté à travers nos campagnes de proximité. Nous avons décelé un intérêt particulier chez le citoyen. Un citoyen respectueux qui a un sens de dialogue et de concertation. Même si les gens ne sont pas forcément d’accord avec la ligne du parti, mais ils expriment leurs idées dans le respect et la compréhension. Telle est la nature du peuple algérien qui fait la part des choses, et il sait se montrer respectueux envers celui qui lui voue respect.

Si l’on revient aux élections. Sur quels moyens vous vous appuyez pour gagner l’estime et l’adhésion du peuple ?
Nous avons adopté des moyens variés dans l’animation de notre campagne, entre sorties de proximité et contact immédiat avec les citoyens. Mais, aussi, nous comptons sur l’aspect symbolique et privilégions les rencontres à caractère historique. D’ailleurs, nous avons déjà visité la tombe de défunt Mahfoud Nahnah, pour confirmer notre approche, qui est une méthode réformatrice. Il s’agit aussi par une telle action, de rappeler notre unité au sein de l’Alliance et notre choix d’aller en commun vers les élections législatives. Au plan historique, nous avons visité la maison de Lyès Deriche à El-Madania, et lequel révolutionnaire à a abrité, dans cette villa, la réunion du Groupe des 22, le CRUA (Comité révolutionnaire d’unité et d’action) qui a déclenché le processus de la glorieuse Révolution de Novembre. Nous sommes allés aussi parler avec sa femme et l’un de ses enfants. Nous avons entamé notre visite de Square Port-Saïd pour appeler ainsi au respect l’économie du pays et la monnaie nationale. Nous avons procédé aussi à l’implantation de 26 arbres dans la forêt de Ben-Amar, à Kouba. Une action symbolique pour attirer l’attention de tous sur la nécessiter de protéger l’environnement, mais surtout pour faire face à la bétonisation des espaces verts et le squat des terres agricoles pour l’installation de constructions illicites. Un phénomène, du reste, qui a impacté gravement la Capitale.

Beaucoup de médias ont fait état d’un supposé retour en force d’Aboudjerra Soultani pour s’impliquer dans les activités de l’Alliance. Les rumeurs l’ont même annoncé pour occuper des postes plus huppés. Qu’en est-il réellement?
-Aboudjerra Soultani prend part aux activités menées dans le cadre de la campagne électorale du parti en tant que militant de sa formation politique. Pour preuve, il a participé à l’opération de don de sang que nous avons organisé à Delly Brahim. Il participe régulièrement dans les actions que nous menons à travers les autres wilayas du pays. Ce qui est tout à fait normal et des plus ordinaires. Je ne comprends pas dès lors les interrogations sur le rôle que joue ou celui que devra jouer de Soltani.
-Vous avez déclaré récemment que l’abstention ne vous fait pas peur. Quels sont vos pronostics concernant les résultats des urnes et quelles sont les attentes de votre Alliances en la matière?
Oui ! L’abstention ne me fait pas peur. Car, le peuple algérien est libre dans son choix de participer ou de non aux prochaines législatives du 4 mai. Je respect son choix. Mais, sachez que nous sommes rassurés par base militante du parti. Et, si les élections prochaines se tiennent dans un climat de transparence sans qu’elles soient entachées de fraudes, nous gagneront plus de 30 % des sièges à la prochaine législature.

D’où tenez-vous ces assurances, celles de rafler la mise dans la prochaine composante Parlementaire ?
À l’Alliance MSP, nous augurons un taux de réussite situé entre de 30 à 40 % et j’espère que ce taux serait plus important. Néanmoins, je ne peux m’immiscer dans le choix des électeurs dans les prochaines législatives. Seulement, je me contente d’appeler les citoyens à voter. Je ne croie pas que le nombre de l’électorat abstentionniste serait plus important que celui des participants. Certes, il y a des gens qui ne participent pas au vote, mais un taux moins important considère que les prochaines législatives ne changeraient en rien la situation dans le pays. C’est cette même catégorie qui considère que les élections ne servent à rien car ne pouvant opérer un changement du statu quo, pense-t-elle. Au sein de l’Alliance MSP, nous appelons au vote et nous appuyons le choix de participer au vote pour avoir une majorité et arriver au pouvoir.

Considérez-vous qu’il y a assez de garanties de la part de l’administration pour assurer des élections libres et transparentes ?
Nous sommes décidés à combattre toute forme de fraude de la part de l’administration en recourant à tous les moyens dont nous disposons. Nous avons remarqué quelques facteurs qui nous laissent présager une probable fraude, notamment chez certains présidents d’APC. Ces maires sont généralement de la majorité (les partis du pouvoir, ndlr). Ce sont ceux-là qui prennent la charge de désigner les encadreurs dans les bureaux et centres de vote. Les critères de leur choix sont strictement partisans en rapport avec l’appartenance de ces P/APC pour en recourir facilement à la fraude. Mais, nous croyons en les engagements et promesses de président de la République quant à la transparence des prochaines élections. Nous considérons que la conjoncture actuelle ne supporte plus de fraude et le maintien des mêmes personnes aux centres de décisions.

Quelle lecture faites-vous des dernières déclarations du chef du FLN qui prétend avoir encore une fois la majorité et maintenir la position de son parti au Parlement ?
Le discours de Ould Abbès n’aide pas dans la réussite du prochain rendez-vous électoral. C’est un discours qui fait accentuer encore le désintérêt des citoyens d’aller voter. On ne peut pas adopter de tels discours pour inciter les gens à aller voter, car les gens ne vont pas accomplir l’acte citoyen pour maintenir les mêmes personnes. Par contre, ils votent pour aspirer au changement. Vouloir imposer son hégémonie c’est, à mon sens, aller à contre courant des objectifs des élections. Mais, cela étant, le SG de FLN a droit d’exprimer les attentes de son parti pour l’issue finale de ce scrutin.

Qu’en-est-il de votre avis sur les déclarations interposées entre le même responsable politique et son alter égo du RND ?
Ce sont des déclarations de frères ennemis. Il est regrettable que ces partis ne se disputent pas pour convaincre le peuple dans le choix d’aller voter ou dans la compétition pour gagner des voix. Leurs rivalités s’inscrivent dans l’objectif de gagner, chacun d’entre eux, le plus d’estime du pouvoir. Des polémiques verbales qui ne signifient rien d’autre chose.

Dans le cas où vous obtiendrez la majorité au sein de futur Parlement. Seriez-vous prêts à intégrer le futur gouvernement, voire… le poste de Premier ministre ?
-Si le peuple nous offre une majorité au sein de futur Parlement, nous sommes partants pour composer le gouvernement. Un gouvernement que nous allons ouvrir à l’ensemble des forces politiques du pays. Notre vision est d’adopter un consensus national incluant tous les partis politiques. Nous considérons que la conjoncture, difficile à laquelle fait face le pays, impose de chacun de nous de se concerter et d’unir notre voix pour dépasser une phase difficile sur tous les fronts, y compris à l’international. Nous sommes ouverts sur tout les partis politiques sans exclusion aucune.
Entretien réalisé par Hamid Mecheri