Menasra

Abdelmadjid Menasra (MSP) : «Il n’y a pas de vacance du pouvoir»

Le MSP estime que le défi pour les 5 années à venir serait de sauvegarder le front social. Pour son président Menasra, le gouvernement ne pourrait pas relever ce défi avec des décisions «unilatérales», mais plutôt en impliquant les forces politiques dans un dialogue franc et sincère.
Plan d’action du Gouvernement, financements non conventionnels, effondrement du FRR (Fonds de régulation des recettes) et flambée du pouvoir d’achat, ce sont les questions qui ont marqué le forum organisé, hier, par le parti islamiste pour faire sa rentrée politique. D’emblée, le président du parti a indiqué que le Gouvernement n’a pas intérêt à ouvrir de nouveaux fronts de contestation sur lui, estimant que la rentrée sociale et scolaire revêt un caractère «très spécial».
« Si le Gouvernement n’en finisse pas avec ces décisions provocatrices, l’explosion sociale risque de se déclencher à partir de l’école et non pas des usines et des zones industrielles», dira-t-il pour tacler la ministre de l’Éducation Benghebrit. Menasra a ensuite tourné son viseur pour cibler le Gouvernement, qui, selon lui, «développe une phobie maladive».
En cause, le dernier Conseil des ministres «a présenté une situation du pays contraire à la réalité», a laissé entendre le conférencier. À contrario, le MSP s’avère défendre «une rentrée sociale apaisée malgré les circonstances très difficiles». Il considère ainsi que la crise est certes dure mais n’est pas semblable à celles des années 80 ou 90, d’autant que les 104 milliards en réserves de change sont largement suffisants comparativement à d’autres pays.
Ceci, comme pour dire que la situation financière n’est pas aussi inquiétante qu’on la présente. Abordant l’endettement extérieur, Menasra ne s’oppose pas à un recours auprès des institutions monétaires internationales pour solliciter des emprunts. Car, le fait que l’Algérie soit un pays «solvable» évacue le problème du surendettement. «Le grand défi pour le gouvernement est de maintenir le seuil des dépenses actuelles dirigées vers le domaine social malgré le recul des recettes pétrolières. Une preuve qui confirme qu’il est disposé à calmer la colère citoyenne», a recommandé le chef du MSP.

Le plan d’action porte «de gros risques»
Quant au plan d’action d’Ouyahia, «c’est une solution partielle et il renferme des risques imminents», a estimé Menasra, notant que les décisions prises vont induire à l’inflation et en conséquence à l’érosion du pouvoir d’achat des citoyens. En guise de solutions, il appelle les pouvoirs publics à réunir les conditions nécessaires pour instaurer un débat et un dialogue inclusif. Il invite également le Gouvernement à offrir de nouvelles garanties pour assurer plus de transparence aux élections locales prochaines pour gagner la confiance du peuple. Interrogé sur sa position quant à l’appel portant application de l’article 102 contre le président Bouteflika, Menasra a indiqué qu’il ne constate «aucune vacance du pouvoir au poste de président de la République», qualifiant les partisans de l’appel de «déstabilisateurs visant à saborder les élections locales». Lui emboitant le pas, Aboujarra Soltani a intervenu pour adouber la position défendue par le chef du MSP. Ainsi, l’ancien ministre a déploré la disparition de la couche moyenne en Algérie, la hausse du taux de pauvreté, de 8 à 14 % (chiffres ONS), et la réticence des pouvoir publics quant à l’application des standards internationaux, en matière de transparence dans la distribution de la rente et la richesse du pays. Il estime que le gouvernement n’a pas retenu la leçon d’octobre 1988, car «l’abondance financière a fait oublier au pouvoir sa raison», en critiquant la politique sociale du Gouvernement. S’agissant de la prochaine loi de finances, il anticipe sur un texte difficile à élaborer compte tenu du recul des réserves de change. D’ores et déjà, il conseille le gouvernement de ne pas opter pour des mesures allant dans le sens de toucher aux acquis sociaux des Algériens. En exemple, il estime qu’il est impossible d’appliquer la mesure portant ciblage dans les transferts sociaux. Autrement, «les statistiques sont erronées» pour pouvoir définir qui est plus pauvre que l’autre, explique Soltani.
Hamid Mecheri