Marche des étudiants

46e MARDI DE MOBILISATION : Les étudiants ne décolèrent pas

Les annonces en faveur du dialogue, libération d’un grand nombre de détenus d’opinion et la désignation d’un exécutif composé essentiellement de jeunes et de cadres connus et reconnus du public, n’ont été finalement que la goutte qui a fait remonter à nouveau le niveau de colère des étudiants.

Le nombre important des portefeuilles ministériels (39 au total) crées dans le nouveau gouvernement d’Abdelaziz Djerad, considéré comme «une humiliation» par les Hirakistes à l’heure où le pays est en crise économique, a fait exploser la colère des milliers de manifestants qui se sont mobilisés hier dans plusieurs villes du pays. Ils ont appelé aussi à l’application des articles 7 et 8 de la Constitution, stipulant que le peuple est source de tout pouvoir. « Le peuple veut la restitution de son droit à gouverner son pays. Articles 7 et 8 », a écrit un manifestant sur une pancarte en plusieurs langues. À Alger, pour le premier acte de cette nouvelle année – 46ème depuis le 22 février 2019 – les étudiants, rejoints par un grand nombre de citoyens, se sont donnés rendez-vous à la Place des martyrs, à quelques pas de la station de métro de Tafoura (Alger-centre).
Les étudiants marquant ainsi leur retour des vacances de printemps. Le rassemblement qui s’est constitué dès le matin et la manifestation a été entamée vers 11 heures en empruntant les boulevards Bab Azzoune, Larbi Ben-M’hidi, Pasteur et Audin, avant d’arriver à la Fac centrale, pour signifier leur refus «au maintien» du système en place. Les forces de l’ordre ont été présentes en force pour encadrer l’itinéraire de la marche. Aucun incident n’a été signalé du reste. Des cordons de sécurités ont été dressés sur les ruelles menant à l’itinéraire de l’action, au moment où deux hélicoptères survolaient le ciel algérois.
Les manifestants ont entonné les traditionnels slogans : « 9olna L3issaba Truh ! », (On a dit que la bande parte !), « Attal9ou Lmassajine, Maba3och la cocaïne ! », (Libérez les détenus, ils n’ont pas vendu la cocaïne !) Présents dans la marche, beaucoup de détenus d’opinion, libérés récemment, ont rejoint la marche et appelé à la libération des autres détenus, à l’instar de l’étudiante Oggadi Noure El-Hoda, ainsi que Karim Tabbou, Fodil Boumala et Samir Belarbi. « Les Algériens Khawa Khawa, Rana Twahadna Yal Khawana ! », (Les Algériens sont des frères, nous sommes unis, n’en déplaise aux traitres !), a-t-on entendu sur place.
Des manifestants ont signifié leur rejet à tout dialogue avec le nouveau Président, élu en décembre dernier. « Le Hirak ne négociera qu’avec un président dignement élu », lit-on sur une pancarte brandie par un manifestant, alors qu’une autre manifestante brandit un carton rouge dans sa main.
Concernant le nouveau gouvernement, les manifestants se sont indignés du nombre des portefeuilles ministériels intégrés, allusion aux dépenses engendrées en conséquence alors que le citoyen paie les frais d’une dégradation du pouvoir d’achat. Un vieux retraité a soulevé cette pancarte : « Le nombre de ministres en Allemagne : 15. En Chine : 26. En France : 18. En Algérie : 39 ! » Il s’agit d’une humiliation pour des manifestants. « Vous croyez à cela ! Ils ont osé même créer un ministre pour le cinéma alors que même l’Amérique de Hollywood ne l’ont pas fait. Il ne restait que d’en créer un autre pour la patate », s’est indigné un citoyen, rencontré sur place.
En arrivant au boulevard Larbi Ben M’hidi, les manifestants ont crié : « Djaybine Lhorya. Hna Wlad 3mirouche, marche-arrière Manwalouche ! », (Jusqu’au recouvrement de la liberté. Nous sommes les dignes enfants d’Amirouche, pas de marche-arrière dans notre action !). Un message, on ne peut plus clair, sur la détermination et la mobilisation des étudiants et du Hirak. « Souriez, on va gagner », est-il écrit sur l’une des pancartes brandies par une dame, alors que d’autres manifestants écrivent : « Démocratie directe, pouvoir au peuple », « Quand les riches volent les pauvres c’est du business, et quand les pauvres se défendent c’est de la violence ».
Rassemblés dans le carré à l’avant-garde de la procession humaine, des étudiants et citoyens ont soulevé des affiches frappées toutes de signes : « # revendications du Mouvement populaire ». Parmi lesquelles, on notera : « Dissolution du FLN et du RND ainsi que les autres partis et syndicats de l’allégeance et l’accréditation de nouveaux partis et syndicats », « Une ouverture médiatique », «Séparation des pouvoirs », « Réduction des prérogatives du Président», « Un appel à l’organisation d’un congrès national populaire souverain rassembleur pour toutes les composantes de la société algérienne ».
On apercevra aussi : « Révision de toutes les lois adoptées en 2019 », « Poursuite de la lutte contre la corruption et l’interdiction de toute activité politique pour les symboles de l’ancien système », « Inviter les spécialistes de droit constitutionnel à présenter des explications adéquates ouvrant la porte à répondre convenablement aux revendications du Mouvement populaire, et ce à travers des chantiers élargis dans le but de modifier la Constitution », « Révision et amendement de la loi sur les élections, l’Autorité indépendante des élections, ainsi que les lois sur les associations, les partis politiques, les collectivités locales, les libertés individuelles et collectives… ».
Un vieux a soulevé cette pancarte : « Que de vaines promesses et de réponses, alors que dans la réalité rien ne l’est. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Pourquoi vos promesses sont restées lettres mortes ? Où Ça cloche ? On veut du concret ».
Vers 13H30, les manifestants ont entonné l’hymne national avant de se disperser dans le calme.
Hamid Mecheri